Pour un élève, une connexion qui coupe au milieu d’une recherche en ligne n’est pas un outil pédagogique fiable. À Lusaka, l’installation de l’Internet satellitaire dans 18 écoles remet au centre une question plus large en Zambie : comment transformer l’accès au réseau en apprentissage régulier, partout dans le pays ?
À Lusaka, une solution ciblée dans 18 établissements
Le 15 octobre 2026, Paratus Zambia a annoncé avoir achevé en deux semaines l’installation de terminaux Starlink dans 18 écoles gérées par Family Legacy. Cette organisation accompagne plus de 10 000 enfants en Zambie. Elle indique que les connexions précédentes subissaient des coupures fréquentes. Le nouvel accès doit faciliter les activités en ligne des élèves et des équipes éducatives, notamment la recherche de ressources pour les cours de technologies de l’information et de la communication.
Le déploiement est rapporté par Paratus, opérateur chargé de l’installation. Son annonce, publiée dans un espace de contenu sponsorisé par l’entreprise, ne constitue pas une évaluation indépendante des performances du réseau. Le nombre d’écoles et la durée des travaux doivent donc être compris comme des informations communiquées par l’opérateur. Le résultat concret dépendra aussi de l’usage quotidien des équipements et de leur maintenance.
Ce projet privé s’inscrit dans une dynamique éducative plus vaste. Depuis 2024, le ministère zambien de l’Éducation, l’UNICEF et Airtel travaillent à connecter des établissements et à développer l’apprentissage numérique. En juillet 2026, l’UNICEF faisait état de 300 écoles connectées dans les dix provinces, de 4 930 enseignants formés et de plus de 292 000 élèves ayant accès à des ressources numériques. Le bilan publié par l’UNICEF en Zambie souligne également le rôle de la plateforme Learning Passport, qui propose des contenus pédagogiques accessibles en ligne.
La couverture ne garantit pas un usage en classe
La différence entre Internet pour l’administration et Internet pour enseigner reste importante. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation, repris dans une publication de référence sur le secteur, 8 239 écoles sur 13 987 disposaient en 2025 d’un accès destiné à des tâches administratives. En revanche, 5 487 utilisaient Internet pour l’enseignement et l’apprentissage. Seules 3 276 déclaraient bénéficier d’une connexion stable. Ces données montrent que la présence d’un abonnement ne suffit pas à assurer des cours numériques continus.
Le nombre d’abonnements nationaux progresse pourtant. Les données attribuées à l’Autorité zambienne des technologies de l’information et de la communication (ZICTA), présentées sur le portail public de suivi des résultats, comptabilisent 14,7 millions d’abonnements mobiles à Internet fin 2025, contre 13,3 millions fin 2024. Cette hausse indique une expansion du marché, mais ne renseigne pas, à elle seule, sur la qualité du signal dans une école, le coût des données ou la disponibilité des appareils.
La question de l’électricité est tout aussi concrète. La publication disponible sur les statistiques scolaires indique que 5 812 établissements n’avaient pas d’alimentation électrique en 2025. Dans ces écoles, une connexion satellitaire ne peut fonctionner durablement sans solution énergétique adaptée. Plus largement, les dépenses de maintenance, la formation des enseignants et l’accès des élèves aux ordinateurs ou aux tablettes déterminent si le réseau devient un outil de cours ou reste un équipement peu utilisé.
Des modèles différents, un même enjeu de continuité
Le projet de Lusaka repose sur un opérateur privé et une organisation qui intervient dans ses propres établissements. Le partenariat UNICEF–ministère–Airtel, lui, vise une couverture dans les dix provinces et associe la connexion à la formation des enseignants. Ces démarches ne sont pas directement comparables par leur taille ou leurs objectifs. Elles montrent néanmoins que l’équipement technique n’est qu’une étape : le contenu pédagogique, les compétences et la prise en charge des coûts comptent aussi.
Pour les élèves et les enseignants, une connexion plus régulière peut faciliter l’accès aux manuels numériques, aux plateformes de recherche et aux ressources de révision. Pour les directions, elle peut soutenir certaines tâches administratives. Mais les bénéfices ne seront pas identiques d’un établissement à l’autre. Les écoles déjà équipées et électrifiées peuvent intégrer plus vite les outils numériques ; celles qui manquent d’électricité ou de matériel risquent de rester à l’écart, même lorsque la couverture nationale s’améliore.
La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), organisation régionale de coopération économique et politique. L’enjeu de la connectivité scolaire dépasse donc Lusaka : dans la région comme ailleurs sur le continent, les autorités cherchent à étendre l’éducation numérique sans creuser les écarts entre villes et zones moins bien desservies. Le nombre d’écoles connectées reste un indicateur utile, mais il ne dit pas si les élèves peuvent effectivement suivre un cours en ligne, ni à quelle fréquence.
La prochaine étape sera de mesurer la continuité du service et son intégration aux apprentissages, au-delà de l’installation. Les résultats du programme UNICEF–Airtel et l’évolution des statistiques scolaires permettront de mieux apprécier la portée des initiatives. Pour les 18 établissements de Lusaka, l’enjeu immédiat est désormais de faire d’une connexion annoncée comme plus stable un accès durable aux ressources éducatives.