Pour les mineurs artisanaux de la République démocratique du Congo, la formalisation ne se joue pas seulement dans les textes. Elle dépend aussi de l’accès à des sites aménagés, à des équipements et à des débouchés capables de rémunérer le travail dans des conditions plus sûres. À Kinshasa, le gouvernement cherche désormais des partenaires financiers et techniques pour faire avancer cette transformation.
Des zones légales, mais encore à aménager
Le projet porte sur 64 zones d’exploitation artisanale (ZEA), des périmètres officiellement réservés à l’activité minière artisanale. Elles sont prévues dans les provinces du Lualaba et du Haut-Katanga, au sud-est du pays, où se concentrent d’importants gisements de cuivre et de cobalt.
Le Service d’assistance et d’encadrement de l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE), l’organisme public chargé d’accompagner ces exploitants, a annoncé ces 64 zones en mai 2026. Le 14 juillet, il a lancé les travaux de découverture et de viabilisation de la ZEA 786 de Kasulo, dans le Lualaba. Ce site pilote doit notamment préparer le terrain à une activité mieux organisée. Les informations publiques disponibles ne donnent toutefois pas un bilan complet de l’aménagement des 64 zones ni du nombre de coopératives déjà installées. Radio Okapi a rapporté l’annonce des 64 zones, tandis que le SAEMAPE a documenté le démarrage à Kasulo.
À l’African Mining Week, organisée au Cap, en Afrique du Sud, du 14 au 16 octobre, Marc Watum, chargé de mission spéciale au ministère congolais des Mines, a présenté cette démarche aux investisseurs. Le 15 octobre, il a sollicité des financements et des partenariats techniques pour développer et moderniser les sites. Parmi les interlocuteurs cités figuraient des institutions américaines, dont le Millennium Challenge Corporation et l’International Development Finance Corporation, ainsi que l’institution panafricaine Africa50. Aucun montant nécessaire à la mise en œuvre n’a été communiqué. Le calendrier officiel du forum confirme sa tenue au Cap à ces dates.
Formaliser sans écarter les coopératives
L’exploitation minière artisanale et à petite échelle, souvent désignée par le sigle EMAPE, fait vivre de nombreux ménages congolais. Les estimations citées dans les informations disponibles évoquent environ deux millions de personnes concernées en RDC. Ce chiffre doit être lu comme une estimation, et non comme un décompte récent vérifié par un recensement indépendant.
Le secteur reste difficile à encadrer. L’activité peut se dérouler hors des zones prévues, tandis que les mineurs artisanaux et les entreprises industrielles peuvent se retrouver en concurrence sur les mêmes espaces. Des sites définis par l’État pourraient clarifier les droits d’accès et faciliter le suivi des minerais. Mais une zone légale ne suffit pas à elle seule : il faut aussi des routes praticables, des équipements, des règles compréhensibles et un contrôle effectif.
L’enjeu est donc de rendre la formalisation utile aux coopératives, plutôt que de la réduire à une obligation administrative. En juillet, le directeur général du SAEMAPE, Jean-Paul Kapongo Kadiobo, avait défendu le financement de la mécanisation comme un moyen d’accompagner le passage de l’artisanat vers la petite mine. Cette évolution suppose des investissements, mais aussi une répartition claire des responsabilités entre les autorités, les coopératives et les opérateurs privés.
Les effets ne seront pas identiques pour tous. Les coopératives capables de respecter les nouvelles procédures pourraient accéder plus facilement aux sites aménagés et aux circuits commerciaux formels. À l’inverse, les mineurs qui travaillent loin des zones retenues ou qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour se regrouper risquent de rester à l’écart. Les communautés riveraines, elles, auront intérêt à ce que l’aménagement s’accompagne de règles sur la sécurité, l’eau et les retombées locales.
Un partenariat minier sous surveillance
La recherche de financements s’inscrit dans un contexte de compétition internationale autour des minerais critiques. Le 4 décembre 2025, la RDC et les États-Unis ont signé un partenariat stratégique qui prévoit notamment une coopération sur la formalisation de l’activité artisanale. Kinshasa présente cet accord comme un cadre de coopération, et non comme une cession de mines. La mise en œuvre concrète et les retombées pour les acteurs congolais restent des points à suivre. Le ministère congolais des Affaires étrangères en a détaillé les orientations.
Des organisations congolaises ont également examiné les conséquences de cet accord. Le réseau Le Congo n’est pas à vendre et la Coalition africaine sur les minerais verts ont notamment relevé la place accordée à la transformation locale, à la formation et au transfert de compétences. Ces attentes rappellent que l’enjeu ne concerne pas seulement l’approvisionnement des marchés étrangers : il porte aussi sur la valeur ajoutée créée en RDC et sur la part qui revient aux travailleurs et aux communautés. L’Agence congolaise de presse a rendu compte de leur position.
À l’échelle régionale, les provinces minières du sud-est congolais sont liées aux circuits de transport et de commerce de l’Afrique australe. Des minerais mieux tracés peuvent renforcer la confiance des acheteurs, mais la traçabilité dépend de contrôles crédibles et de revenus qui incitent les coopératives à rester dans les circuits officiels. Sans cela, les règles risquent de déplacer l’activité plutôt que de la formaliser.
La prochaine étape sera donc moins l’annonce de nouveaux partenariats que la preuve de leur application : financement mobilisé, travaux achevés, coopératives effectivement accueillies et mécanismes de suivi accessibles. Pour les mineurs du Lualaba et du Haut-Katanga, la réussite du projet se mesurera d’abord à des changements concrets sur les sites. Pour la RDC, elle pèsera aussi dans sa capacité à négocier des chaînes d’approvisionnement qui associent attractivité minière, contrôle public et bénéfices locaux.