Un traitement peut répondre à un besoin médical et rester hors de portée pour une grande partie des patients. En Afrique du Sud, les médicaments GLP-1 contre le diabète et l’obésité gagnent du terrain. Mais leur diffusion ailleurs sur le continent dépendra autant des prix, des autorisations et de la qualité des circuits de vente que de la demande.

Un marché qui se construit pays par pays

Les médicaments GLP-1, comme le sémaglutide et le tirzépatide, agissent notamment sur l’appétit et la régulation de la glycémie. Ozempic est destiné au diabète de type 2. Wegovy vise la prise en charge de l’obésité. Mounjaro est autorisé contre le diabète et, selon les pays, pour la gestion du poids. Leurs indications ne sont donc pas interchangeables.

L’Afrique du Sud concentre aujourd’hui l’essentiel de leur présence commerciale sur le continent. Aspen, qui distribue Mounjaro dans le pays, a indiqué que le marché local des traitements GLP-1 avait presque doublé, pour atteindre 2,8 milliards de rands — environ 170 millions de dollars — sur l’exercice clos fin juin 2026. Ce chiffre couvre les usages contre le diabète et pour la gestion du poids.

Les laboratoires cherchent désormais à élargir leur implantation. Novo Nordisk a lancé Ozempic et Wegovy au Kenya en septembre 2026, selon le quotidien kényan The Star. Le fabricant dispose aussi d’une homologation de Wegovy en Égypte. De son côté, Aspen a déposé des demandes d’enregistrement de Mounjaro au Kenya et au Nigeria, selon les informations communiquées pour l’entreprise.

Le directeur général d’Aspen, Stephen Saad, a déclaré que le Kenya et le Nigeria pourraient contribuer à dépasser deux milliards de rands de chiffre d’affaires au cours de l’exercice 2027. Il s’agit d’une prévision commerciale, pas d’une vente déjà réalisée. Dans chaque pays, une demande d’autorisation doit encore aboutir avant qu’un produit puisse être effectivement proposé.

La progression de l’obésité ne suffit pas à garantir l’accès

La demande potentielle s’inscrit dans une évolution sanitaire documentée. Dans la Région africaine de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la prévalence de l’obésité chez les adultes est passée de 8,64 % en 2010 à 12,08 % en 2022, selon l’observatoire de santé de l’OMS pour l’Afrique. Cette région de l’OMS ne correspond pas exactement à l’ensemble géographique du continent.

Ces chiffres décrivent un enjeu de santé publique, pas un marché automatiquement accessible. Les changements alimentaires et la sédentarité associés à l’urbanisation peuvent contribuer à l’évolution des risques, mais les situations varient fortement entre pays, villes et zones rurales. La prévention, le diagnostic et le suivi médical restent essentiels, au-delà de l’accès aux médicaments.

Le coût constitue un obstacle immédiat. En Afrique du Sud, la dose la plus élevée de Wegovy était affichée à 3 746 rands pour quatre semaines, après deux baisses de prix annoncées en mars, selon les données citées dans la matière de départ. À ce tarif, le traitement représente une dépense importante pour un ménage rémunéré au salaire minimum. Une couverture par assurance ou par un système public peut modifier l’accès, mais elle ne concerne pas tous les patients de la même façon.

Cette contrainte ne se limite pas aux pays africains. Une enquête américaine publiée en novembre 2025 par KFF indique que 56 % des adultes ayant utilisé des GLP-1 ont rencontré des difficultés pour les payer, y compris parmi les personnes assurées. Le prix et les modalités de remboursement pèseront donc aussi dans les décisions des gouvernements, assureurs et professionnels de santé africains.

Réguler sans ouvrir la porte aux produits douteux

La concurrence ne vient pas uniquement des grandes entreprises pharmaceutiques. En Afrique du Sud, un sémaglutide générique a été lancé en juillet pour le traitement du diabète de type 2, d’après les informations fournies. Son autorisation ne signifie pas automatiquement qu’il peut être prescrit pour perdre du poids. L’indication approuvée par le régulateur demeure déterminante.

Le débat porte aussi sur les préparations dites personnalisées, réalisées par des pharmacies pour un patient particulier. En Afrique du Sud, l’Autorité de réglementation des produits de santé (SAHPRA) a annoncé un durcissement visant les préparations de GLP-1 produites ou vendues en dehors des règles prévues. La réglementation permet une préparation répondant à un besoin individuel, mais ne l’autorise pas à devenir une fabrication commerciale destinée à une clientèle générale. La SAHPRA avait déjà alerté sur des produits falsifiés, préparations non conformes et ventes via des canaux informels dans sa mise au point sur les médicaments GLP-1.

Les autorités doivent ainsi tenir deux objectifs ensemble : préserver l’accès à des traitements autorisés et empêcher la circulation de produits dont la qualité, la composition ou les conditions de conservation ne sont pas garanties. En Afrique du Sud, la publication de nouvelles normes est annoncée pour mars 2027. Leur contenu précis aidera à clarifier les limites imposées aux pharmacies et aux préparations personnalisées.

Le risque de falsification concerne également d’autres marchés. Au Nigeria, l’agence nationale NAFDAC a signalé en mai 2023 un lot de stylos Ozempic falsifiés. Elle a publié une alerte sur ce lot, et le régulateur sud-africain a lui aussi mis en garde contre les faux produits. Ces alertes rappellent que l’enregistrement d’un médicament et la surveillance de sa distribution sont deux étapes distinctes.

Des décisions nationales aux enjeux régionaux

Pour les patients, l’expansion annoncée ne se traduira pas partout de la même manière. Les habitants des grandes villes peuvent être plus proches des spécialistes et des pharmacies habilitées. Dans les zones éloignées, l’accès dépend aussi de la disponibilité des professionnels, de la chaîne d’approvisionnement et du suivi nécessaire. Dans le secteur informel, enfin, le prix peut attirer vers des produits non vérifiés, avec des risques sanitaires.

Les trajectoires du Kenya, du Nigeria, de l’Égypte et de l’Afrique du Sud illustrent des marchés distincts, avec leurs propres autorités et procédures. Une homologation dans un pays ne vaut pas autorisation dans un autre. À l’échelle régionale, les mécanismes africains d’harmonisation réglementaire peuvent faciliter le travail des agences, mais ne remplacent pas leurs décisions nationales.

Les prochains repères seront concrets : l’entrée en vigueur des règles sud-africaines annoncées pour mars 2027, l’issue des demandes déposées au Kenya et au Nigeria, et les prix réellement pratiqués après autorisation. Ils permettront de distinguer les annonces commerciales d’une amélioration effective de l’accès. Pour les systèmes de santé, l’enjeu est de répondre à l’obésité sans réduire sa prise en charge à un médicament coûteux, ni laisser les patients face à des produits dont la qualité n’est pas contrôlée.