Une raffinerie qui redémarre ne garantit pas encore un approvisionnement régulier. Pour le Ghana, l’enjeu est désormais de transformer la reprise de la Tema Oil Refinery (TOR) en activité durable, sans reporter sur l’État les coûts d’un nouveau sauvetage.

Du redémarrage à la consolidation

Installée à Tema, près d’Accra, la TOR est une raffinerie publique essentielle à la stratégie énergétique ghanéenne. Elle a repris le traitement du brut en juin 2026, après des années d’interruption et des travaux de maintenance sur son unité principale. Sa capacité nominale atteint 45 000 barils par jour, mais le retour à ce niveau dépend notamment de la fiabilité des équipements, des capitaux disponibles et de l’accès au brut.

Le défi dépasse l’entreprise. Le Ghana produit du pétrole brut au large de ses côtes, mais importe encore une grande partie des carburants consommés dans le pays. Transformer davantage de brut localement pourrait retenir une plus grande part de la valeur dans l’économie nationale et réduire l’exposition aux achats de produits raffinés à l’étranger. Toutefois, une raffinerie relancée ponctuellement ne suffit pas : elle doit fonctionner de manière prévisible.

Cette question s’inscrit aussi dans un marché ouest-africain où les capacités de raffinage évoluent. Au Nigeria, la montée en puissance de Dangote modifie les flux régionaux de carburants. Pour les pays de la CEDEAO — la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest —, la disponibilité de plusieurs fournisseurs peut élargir les choix d’approvisionnement, mais elle ne supprime ni les risques logistiques ni la concurrence entre producteurs.

Une cotation envisagée, pas encore décidée

Le 25 octobre, le directeur général de la TOR, Edmond Kombat, a évoqué auprès d’une délégation du Fonds monétaire international la possibilité d’introduire l’entreprise à la Bourse du Ghana. Selon des propos rapportés par la presse ghanéenne, cette option permettrait à des investisseurs institutionnels et privés d’acheter des parts et d’apporter de nouveaux capitaux. Il s’agit d’une piste à l’étude : aucune décision de cotation ni calendrier n’a été annoncé.

Une entrée en Bourse pourrait ouvrir une source de financement au-delà des crédits publics. Elle imposerait aussi davantage de transparence sur les comptes, les risques et les objectifs de la société. Pour être crédible, l’opération devrait clarifier les engagements historiques de la raffinerie et préciser comment les fonds levés serviraient à l’entretien, aux opérations ou à une éventuelle expansion.

La dette héritée reste au cœur de cette discussion. Edmond Kombat l’a évaluée à environ 517 millions de dollars, dont près de 120 millions dus à l’État. Mais le chiffre de 517 millions décrit une dette accumulée, pas nécessairement le montant encore exigible aujourd’hui. Le 26 octobre, l’agence Ghana News Agency a rapporté que le directeur général faisait état d’un encours ramené à environ 300 millions de dollars grâce à un programme de restructuration. Ces montants renvoient à des périmètres ou à des étapes de restructuration différents ; ils ne doivent pas être confondus.

La dette publique envers la raffinerie pose une question de gouvernance : comment distinguer les obligations commerciales de TOR des créances liées aux politiques de l’État ? Les discussions annoncées sur les 120 millions de dollars dus par le gouvernement pourraient aider à assainir les comptes. Elles devront toutefois s’accompagner d’informations détaillées, afin que les contribuables et les futurs actionnaires puissent évaluer qui supporte les pertes et les nouveaux investissements.

Le brut local, condition d’une reprise régulière

La disponibilité du pétrole brut est l’autre condition décisive. Le 27 mai 2026, la TOR a reçu un million de barils de brut Bonga, venu du Nigeria, puis a recommencé à raffiner le 3 juin. En juillet, elle a également reçu un million de barils de brut Jubilee produit au Ghana. Ces cargaisons confirment une reprise d’activité, mais ne garantissent pas à elles seules un approvisionnement continu.

Le gouvernement mise sur une hausse de la production locale et sur l’expansion des capacités. En juillet, le ministre de l’Énergie a estimé que les projets de développement de la TOR et de la raffinerie privée Sentuo pourraient, une fois achevés, couvrir environ 70 % de la demande nationale en produits raffinés. Cette projection dépend de la réalisation des investissements et d’un fonctionnement régulier des installations ; elle ne décrit pas la situation actuelle.

La différence est importante pour les ménages et les entreprises. Une production locale plus stable pourrait réduire la dépendance aux cargaisons importées et aux besoins en devises associés. Mais les automobilistes, les transporteurs et les activités informelles ne bénéficient pas automatiquement d’une raffinerie en activité : l’effet sur les prix dépend aussi du coût du brut, du transport, du financement et de la distribution.

La Chambre des sociétés de commercialisation des produits pétroliers a signalé une forte hausse des importations de produits raffinés en 2025 : environ 6,92 millions de tonnes, contre 5,06 millions en 2024. Ce chiffre rappelle l’ampleur du marché que les raffineries nationales cherchent à servir. Il ne permet cependant pas, à lui seul, de prévoir la part que la TOR pourra fournir, car les volumes dépendent de ses arrêts, de ses approvisionnements et de ses rendements.

Un test pour la politique énergétique ghanéenne

Le dossier de la TOR met donc à l’épreuve plusieurs choix publics : financer une entreprise stratégique sans alourdir durablement les charges de l’État, garantir l’accès au brut et maintenir des normes de transparence. Une cotation pourrait contribuer au financement, mais elle ne remplacera ni une stratégie industrielle cohérente ni une gouvernance financière solide.

À l’échelle régionale, le Ghana cherche à mieux valoriser ses ressources et à renforcer sa place dans les échanges énergétiques ouest-africains. La prochaine étape sera moins l’annonce d’une capacité théorique que la preuve d’une production régulière, accompagnée de comptes clarifiés et d’un approvisionnement prévisible. C’est à cette condition que la reprise de Tema pourra se traduire par une sécurité accrue pour l’économie ghanéenne, plutôt que par un simple redémarrage technique.