Une peine terminée ne suffit pas toujours à ouvrir les portes d’une prison. À Nkondengui, à Yaoundé, des avocats affirment que 22 détenus condamnés après les tensions postélectorales de 2025 restent incarcérés, alors qu’ils auraient purgé leur peine. Le désaccord porte désormais sur les documents nécessaires à leur sortie.
Un dossier postélectoral encore devant les tribunaux
Au Cameroun, les tensions ont suivi l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Le Conseil constitutionnel a proclamé Paul Biya vainqueur le 27 octobre, pour un huitième mandat. L’opposant Issa Tchiroma Bakary a contesté le résultat. Des manifestations et des arrestations ont ensuite eu lieu dans plusieurs villes. Human Rights Watch a rapporté des arrestations par centaines et des morts signalées dans ce contexte, en attribuant les informations disponibles.
Ces événements se sont inscrits dans un climat politique déjà tendu, marqué par des désaccords sur le scrutin et sa gestion. La crise a conduit des manifestants et d’autres personnes arrêtées devant le tribunal militaire de Yaoundé. Cette juridiction est au cœur d’un débat récurrent : des organisations de défense des droits humains critiquent le recours à la justice militaire pour juger des civils.
La question dépasse les détenus déjà condamnés. D’après le collectif de défense cité dans les informations disponibles, plus de 60 personnes attendaient encore leur procès devant le tribunal militaire. Les audiences annoncées pour la fin octobre pourraient donc prolonger le traitement judiciaire du dossier.
Peines purgées, formalités contestées
Le 8 octobre 2026, le tribunal militaire a rendu son verdict concernant un premier groupe de 66 personnes arrêtées dans le contexte postélectoral. Les comptes rendus disponibles indiquent que certains prévenus ont reçu des peines inférieures à la durée déjà passée en détention. Pour plusieurs d’entre eux, la sortie dépendait aussi du paiement d’une amende.
Parmi les personnes concernées, 22 étaient toujours détenues à la prison centrale de Nkondengui au moment des démarches de leurs avocats, selon la défense. L’avocat Ulrich Ngouana a déclaré que les détenus lui avaient confirmé avoir payé les amendes. Il estime que leur maintien en prison n’est plus justifié si les peines sont effectivement purgées et les paiements enregistrés.
La défense affirme avoir engagé les démarches auprès de l’établissement pénitentiaire. Elle dit attendre que les formalités nécessaires aboutissent. Toutefois, les responsables de la prison expliquent ne pas avoir reçu du greffe du tribunal militaire les pièces permettant d’ordonner les sorties, notamment les actes de levée d’écrou et les justificatifs de paiement.
Les deux versions décrivent donc un blocage administratif, mais ne permettent pas, à elles seules, de vérifier individuellement la situation des 22 détenus. Le nombre, le paiement des amendes et l’état des documents sont rapportés par les parties concernées. La libération effective dépendra de la transmission et de la validation des pièces par les services compétents.
Quand la procédure prolonge la détention
Cette situation met en lumière l’écart possible entre une décision de justice et son exécution. Une condamnation à une peine déjà couverte par la détention peut ouvrir la voie à une sortie, mais l’administration doit disposer des documents qui l’établissent. Si les services du tribunal et de la prison ne se transmettent pas rapidement ces pièces, la personne concernée peut rester enfermée après la durée prononcée.
Pour les détenus et leurs familles, l’attente signifie une incertitude supplémentaire après des mois de procédure. Pour l’administration pénitentiaire, la question est celle de la vérification formelle avant toute libération. Pour les avocats, elle porte sur l’exécution d’une décision judiciaire et sur la possibilité de contester un maintien en détention qu’ils jugent injustifié.
Le délai pèse aussi sur la confiance dans les institutions. Une décision compréhensible et rapidement appliquée permet aux familles de connaître la situation de leurs proches et aux autorités de montrer que la procédure suit son cours. À l’inverse, des versions divergentes sur la transmission des documents rendent difficile de savoir où se situe le blocage et qui doit le résoudre.
La détention de civils par une juridiction militaire ajoute un autre enjeu. Les critiques d’organisations de défense des droits humains ne se limitent pas à la durée des procès : elles concernent aussi le choix de la juridiction. Les autorités, elles, inscrivent ces poursuites dans le traitement judiciaire des incidents survenus après le scrutin. Ces positions ne répondent pas à la question immédiate de la libération, mais elles éclairent le débat sur les garanties accordées aux prévenus.
Un test pour la suite du dossier
Le Cameroun appartient à la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), qui réunit six pays autour d’institutions économiques communes. Le dossier relève d’abord de la justice camerounaise : la CEMAC n’a pas à décider de la libération des détenus. Mais la manière dont Yaoundé traite les suites d’une crise électorale peut retenir l’attention dans une région où la stabilité politique et la confiance dans les institutions restent des enjeux majeurs.
À l’échelle continentale, le sujet renvoie aussi aux principes de l’Union africaine sur les élections, l’État de droit et les droits fondamentaux. Il ne s’agit pas de confondre les situations nationales, mais d’observer comment les autorités traitent les contestations électorales et garantissent l’exécution des décisions de justice.
La prochaine étape concrète est la clarification du dossier administratif : le greffe a-t-il transmis les actes requis, les amendes ont-elles été vérifiées, et les libérations seront-elles exécutées ? Les audiences encore attendues devant le tribunal militaire constitueront un autre indicateur. Pour les détenus concernés, l’enjeu immédiat reste précis : que la durée de détention corresponde à la peine prononcée et que toute décision de sortie soit appliquée sans délai injustifié.
Les éléments relatifs au verdict du 8 octobre et aux 22 personnes encore détenues sont rapportés par des médias camerounais et des comptes rendus disponibles, tandis que les détails sur les démarches et les documents restent attribués aux avocats et à l’administration pénitentiaire. Les sources publiques consultées ne permettent pas de confirmer que les 22 personnes ont depuis été libérées.