Un an après que la rue a précipité la chute d’Andry Rajoelina, une question demeure à Antananarivo : la transition militaire fera-t-elle une place réelle aux jeunes qui ont contribué à son arrivée au pouvoir ? Les consultations annoncées et le calendrier électoral donnent un cadre à cette promesse. Mais la représentation politique, les libertés publiques et la confiance restent en jeu.

Une contestation sociale devenue crise de pouvoir

La mobilisation a commencé le 25 septembre 2025. Des jeunes dénonçaient les coupures d’eau et d’électricité, avant d’élargir leurs revendications à la gouvernance et au départ du président. Le 14 octobre, après le ralliement d’une unité militaire aux manifestants et la fuite d’Andry Rajoelina, le colonel Michaël Randrianirina a pris la tête de la transition.

Ce basculement s’inscrit dans une histoire politique où l’armée a déjà pesé sur l’alternance. Andry Rajoelina avait lui-même accédé au pouvoir en 2009, à l’issue d’une crise soutenue par des militaires. La rupture de 2025 a donc suscité à la fois des attentes populaires et des inquiétudes sur la répétition de transitions hors du cadre constitutionnel.

L’Union africaine a qualifié la prise de pouvoir militaire de changement anticonstitutionnel et suspendu la participation de Madagascar à ses activités. Elle a demandé une transition civile et des élections crédibles, en coordination avec la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), l’organisation régionale dont Madagascar est membre. Cette position rappelle que la reconnaissance populaire d’un mouvement et la légalité constitutionnelle sont deux questions distinctes.

Des consultations, mais quel partage du pouvoir ?

À l’approche du premier anniversaire du basculement, le chef de l’État a défendu les consultations citoyennes conduites avec l’appui du Conseil œcuménique des Églises chrétiennes de Madagascar, connu sous le sigle FFKM. Il a écarté l’idée d’une négociation politique destinée à redistribuer les responsabilités au sein du gouvernement. Le calendrier annoncé prévoit la fin des concertations avant décembre 2026, puis des échéances constitutionnelles et présidentielles en 2027.

Ces consultations ne sont pas seulement une étape administrative. Elles doivent contribuer aux règles électorales et aux réformes institutionnelles qui encadreront la sortie de transition. Leur crédibilité dépendra notamment de la diversité des participants, de la publication des propositions et de la manière dont les autorités y donneront suite. Le FFKM peut faciliter les échanges, mais la médiation ne remplace ni des garanties politiques ni des institutions acceptées par les différentes parties.

Le calendrier est serré. La consultation à l’échelle du pays suppose d’atteindre les régions au-delà de la capitale, puis de transformer les contributions en décisions. La SADC a indiqué en janvier 2026 que la réforme électorale figurait parmi les priorités discutées avec les autorités malgaches. Elle a également insisté sur l’inclusion et le dialogue national. Le respect des échéances annoncées sera donc un test concret de la transition.

La jeunesse entre participation et désillusion

La stèle inaugurée à Antananarivo le 25 septembre 2026 illustre le débat sur la place accordée aux jeunes. Elle représente des citoyens brisant leurs chaînes, sous la figure d’un militaire armé. Certains anciens manifestants y voient une mémoire qui ne met pas à égalité la population et l’armée. D’autres s’inquiètent plus largement de l’écart entre les promesses de renouveau et la place effective des contestataires dans les décisions.

La frustration n’efface pas les divergences au sein du mouvement. Une partie de ses membres a rejoint les institutions ou l’administration ; d’autres poursuivent leur mobilisation, tandis que beaucoup se sont éloignés de la politique organisée. Cette fragmentation complique la désignation de porte-parole et la capacité à peser dans les négociations. Elle ne signifie pas que les revendications ont disparu : services publics fiables, libertés d’expression et possibilités d’emploi restent au cœur des attentes.

Il faut aussi distinguer les concertations politiques nationales des échanges consacrés spécifiquement à la jeunesse. Selon l’UNESCO, des consultations de jeunes ont eu lieu entre mai et juin 2026 dans les vingt-quatre régions, avec des recommandations portant notamment sur la gouvernance, l’économie, le social et l’environnement. Cette démarche offre un canal de participation. La question décisive reste celle de sa traduction dans les politiques publiques et dans les règles du jeu politique.

Les effets d’une transition ne se vivent pas de la même manière partout. À Antananarivo, les débats politiques et les mobilisations sont plus visibles. Dans les autres régions, l’accès aux services essentiels et la possibilité de faire entendre des priorités locales comptent tout autant. Les jeunes des villes, ceux des zones rurales et ceux qui travaillent dans l’économie informelle ne disposent pas des mêmes moyens pour participer aux consultations. Une refondation crédible devra rendre ces écarts visibles, sans réduire la parole des citoyens à une cérémonie ou à un document final.

Le scrutin de 2027, prochain test régional

Pour Madagascar, l’enjeu dépasse la désignation d’une date électorale. Il s’agit de savoir si les réformes seront élaborées avec des acteurs politiques et sociaux suffisamment divers, puis appliquées par des institutions capables d’assurer une compétition équitable. La question d’une éventuelle candidature du chef de la transition alimente déjà les discussions, sans confirmation de sa part. Des règles claires sur la neutralité de l’administration et des organes électoraux seront essentielles.

La trajectoire malgache est également observée par l’Union africaine et la SADC, qui ont demandé un retour à l’ordre constitutionnel et accompagné les échanges sur la transition. Le scrutin annoncé en 2027 sera un indicateur important, mais pas le seul : l’ouverture du débat, le respect des libertés et la mise en œuvre des recommandations compteront aussi. Un an après la chute de Rajoelina, la jeunesse a obtenu une place dans le récit officiel de la transition. Reste à savoir si elle pourra peser sur ses décisions et sur la sortie du pouvoir militaire.

Pour approfondir les repères institutionnels, consulter le communiqué de l’Union africaine sur Madagascar, le point de la SADC sur le dialogue et les réformes, ainsi que les informations de l’UNESCO sur les concertations régionales de la jeunesse.