Une enquête financière ouverte en Belgique ramène au premier plan une question centrale pour la République démocratique du Congo : qui bénéficie réellement des revenus tirés du cuivre et du cobalt du Katanga ? Les perquisitions annoncées à Bruxelles donnent une suite judiciaire à des accusations portées par des organisations congolaises. Elles ne constituent toutefois pas une preuve de culpabilité.
Des accusations parties du Katanga
La démarche judiciaire prend racine dans les provinces du Haut-Katanga et du Lualaba, au sud-est de la RDC. Cette région, souvent désignée sous le nom historique de Katanga, concentre une part importante de l’activité congolaise liée au cuivre et au cobalt. Ces minerais alimentent des chaînes industrielles mondiales, notamment celles des batteries et des équipements électriques.
Le 8 juillet 2025, des organisations de la société civile katangaise et d’anciens responsables de la société minière publique Gécamines ont déposé une plainte auprès du parquet fédéral belge. Les plaignants allèguent des détournements liés aux ressources minières, puis le blanchiment de fonds en Belgique. Ces accusations restent à établir devant la justice. Le média congolais Opinion Info a rapporté le dépôt de la plainte. Des comptes rendus distincts, dont ceux de Le Monde et de Deutsche Welle, confirment cette étape de la procédure.
Les ONG soutiennent que des personnes proches du président Félix Tshisekedi auraient bénéficié de revenus miniers sans rapport avec leurs ressources déclarées. La présidence congolaise n’avait pas commenté l’affaire dans les informations disponibles. Les personnes mises en cause ne sont pas condamnées, et le dépôt d’une plainte ne suffit pas à confirmer les faits qu’elle décrit.
Ce que les perquisitions établissent — et ce qu’elles n’établissent pas
Des perquisitions à Bruxelles et dans sa périphérie ont été rapportées le 15 octobre 2026. D’après les comptes rendus disponibles, le parquet fédéral belge a confirmé des opérations dans le cadre d’une enquête pour blanchiment présumé, sans rendre publics les noms des personnes visées. Il n’a pas non plus confirmé que les lieux fouillés appartenaient à des membres de la famille présidentielle. Africanews rapporte la confirmation du parquet, tandis que Focus Actu relaie la réaction du collectif plaignant.
Cette distinction est essentielle : les informations publiques confirment que des actes d’enquête ont eu lieu, mais elles ne permettent pas de vérifier indépendamment l’identité des personnes concernées ni le détail des éléments saisis. Une perquisition sert à rechercher des preuves ; elle ne démontre pas, à elle seule, qu’une infraction a été commise. Le parquet n’a pas confirmé publiquement l’ensemble des affirmations formulées par les plaignants.
Les avocats Bernard Maingain et Hervé Diakese représentent le collectif, selon les comptes rendus de la procédure. Les plaignants affirment que certains des individus concernés auraient la nationalité belge ou résideraient en Belgique. Faute de confirmation judiciaire publique des identités, ces éléments doivent rester attribués à leurs auteurs, et non être présentés comme des faits établis.
Transparence minière et retombées locales
Pour les habitants des zones minières, l’enjeu ne se limite pas aux avoirs qui pourraient être retrouvés à l’étranger. Il concerne aussi la manière dont les contrats, les recettes publiques et les retombées économiques sont répartis sur place. Les accusations formulées par les ONG portent précisément sur un possible écart entre la valeur des ressources extraites et les bénéfices qui reviendraient à l’État et aux communautés locales.
La Gécamines, entreprise publique congolaise, occupe une place historique dans le secteur. Mais l’exploitation minière mobilise aussi des entreprises privées, des sous-traitants et des circuits commerciaux internationaux. Les travailleurs, les commerçants et les services locaux ne sont pas concernés de la même manière que les dirigeants des sociétés ou les responsables publics : les premiers vivent les effets concrets de l’activité, tandis que les décisions sur les concessions et les revenus se prennent souvent à d’autres niveaux.
Une enquête menée en Belgique peut examiner d’éventuels flux financiers ou biens situés sur son territoire, si les magistrats en réunissent les éléments. Elle ne remplace pas les contrôles congolais sur les contrats, les paiements et l’usage des recettes publiques. Pour que les accusations soient vérifiées dans leur ensemble, les investigations devront donc établir les liens entre l’origine présumée des fonds, leur circulation et les personnes qui en auraient bénéficié.
Une affaire suivie au-delà des frontières
Cette procédure se déroule dans un contexte politique tendu en RDC. Le pays fait face à l’insécurité persistante dans l’est, tandis que le débat intérieur porte aussi sur les institutions, l’opposition et les règles du pouvoir. Ces dossiers ne sont pas liés à l’enquête belge d’après les éléments disponibles. Ils contribuent néanmoins à rendre toute accusation visant l’entourage présidentiel politiquement sensible.
La dimension transfrontalière compte également. La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), deux ensembles régionaux qui rapprochent les pays sur les questions économiques et de sécurité. Le dossier belge rappelle qu’une partie de la chaîne minière congolaise se prolonge hors du continent : les revenus et les investissements peuvent traverser plusieurs juridictions, ce qui rend la coopération judiciaire importante, sans dispenser les institutions congolaises de leur propre travail de contrôle.
La suite dépendra des décisions du parquet et des éventuelles conclusions de l’instruction. À ce stade, les informations publiques ne font état ni d’une culpabilité établie ni d’une conclusion définitive. Le dossier met à l’épreuve deux exigences à la fois : vérifier sérieusement les accusations de la société civile et préserver la présomption d’innocence des personnes concernées.