Au Ghana, la question n’est pas seulement de produire assez d’électricité lors d’une journée ordinaire. Il faut aussi pouvoir remplacer rapidement une centrale arrêtée, absorber un pic de demande et acheminer le courant jusqu’aux foyers et aux entreprises. C’est cette marge de sécurité, appelée capacité de réserve, que le ministre de l’Énergie et de la Transition verte juge insuffisante.
Une réserve trop mince face aux imprévus
Le 12 octobre, à Ho, John Abdulai Jinapor a déclaré que le système de production ne disposait pas d’assez de capacités de secours pour garantir un approvisionnement fiable. Le ministre s’exprimait à l’ouverture de la revue annuelle du secteur énergétique. Il a dit vouloir acheter davantage d’électricité, tout en mettant en garde contre des décisions qui pèseraient sur les finances publiques. Ses propos ont été rapportés par plusieurs médias ghanéens, dont MyJoyOnline et GhanaWebbers.
Une réserve électrique n’est pas synonyme de capacité installée. Une centrale peut figurer dans les statistiques sans être disponible au moment où le réseau en a besoin, par exemple en raison d’une panne, d’un entretien ou d’un manque de combustible. Le chiffre utile est donc la puissance réellement mobilisable, et pas seulement la somme des équipements construits.
Cette distinction aide à comprendre les déclarations de janvier. Le ministre avait alors affirmé que le pays ne connaissait pas de déficit de production et qu’il n’y avait pas eu de délestage depuis plus de dix mois. Il attribuait les coupures signalées à Accra et Kumasi à des difficultés opérationnelles. La reconnaissance, en octobre, d’une réserve insuffisante ne contredit pas nécessairement cette affirmation : un réseau peut répondre à la demande habituelle tout en restant vulnérable à la perte soudaine d’une unité. Le Daily Graphic avait rapporté les propos de janvier.
Remettre en service les centrales et renforcer le réseau
Le gouvernement veut d’abord remettre en fonctionnement des centrales de la Volta River Authority (VRA), l’électricien public, et exploiter davantage le barrage d’Akosombo. Selon Jinapor, ces mesures doivent contribuer à répondre à la demande et à limiter le recours à une production privée qu’il estime coûteuse. Le ministre n’a toutefois pas précisé, dans les propos rapportés, quelles unités étaient concernées ni selon quel calendrier elles pourraient être disponibles.
Les données publiques rappellent l’importance d’Akosombo, sans suffire à établir sa disponibilité quotidienne. La centrale affiche une puissance installée de 1 020 mégawatts, mais sa capacité dite fiable, c’est-à-dire considérée comme mobilisable dans la planification, est évaluée à 900 mégawatts par la Commission de l’énergie du Ghana. À l’échelle du parc, cette différence montre pourquoi les capacités nominales ne disent pas tout sur la sécurité d’approvisionnement. Les chiffres figurent dans les statistiques énergétiques nationales.
La production ne constitue qu’une partie du problème. Il faut aussi transporter l’électricité des centrales vers les zones de consommation, puis la distribuer dans les villes et les régions. Jinapor a annoncé que le gouvernement travaillait avec le ministère des Finances pour mobiliser 500 millions de dollars en faveur du réseau de transport géré par Ghana Grid Company (GRIDCo). Il n’a pas détaillé les conditions de financement, les projets couverts ni le calendrier des investissements.
Le ministre a également fait état d’une amélioration de la stabilité après l’installation de transformateurs, dans le cadre d’un programme plus large. Ces équipements renforcent surtout la distribution locale. Ils ne remplacent donc pas les centrales de secours et ne règlent pas, à eux seuls, les contraintes du réseau de transport. Le ministère de l’Énergie distingue bien le rôle de GRIDCo dans le transport de celui des opérateurs de distribution.
Le prix de la fiabilité, un enjeu pour les ménages et les entreprises
Le choix entre produire davantage, acheter de l’électricité ou réhabiliter des installations existantes engage des dépenses différentes. Des achats supplémentaires peuvent aider à combler un manque ponctuel, mais leur coût dépend des contrats et des conditions d’approvisionnement. À l’inverse, remettre des centrales en service exige des travaux, du combustible et une maintenance durable. Le ministre n’a pas présenté de comparaison chiffrée entre ces options.
Les conséquences d’une réserve limitée ne sont pas les mêmes pour tous. Une interruption peut arrêter une petite activité commerciale ou perturber la conservation de produits, tandis qu’une grande entreprise peut parfois financer un générateur de secours. Les habitants des quartiers concernés par des défauts de distribution subissent également des coupures même lorsque la production nationale suffit. C’est pourquoi l’amélioration des transformateurs et des lignes doit accompagner toute hausse de la production.
La structure du secteur ajoute un enjeu financier. Les producteurs privés fournissent une part importante de l’électricité ghanéenne, tandis que la VRA conserve un rôle majeur dans la production publique. Rééquilibrer les achats au profit des centrales publiques pourrait réduire certains coûts, mais seulement si celles-ci sont techniquement disponibles et alimentées. Le défi est donc de concilier fiabilité, prix abordable et viabilité financière, sans présumer qu’une seule solution suffira.
Un dossier national qui compte aussi pour l’Afrique de l’Ouest
Le Ghana est membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui cherche à renforcer les échanges régionaux, notamment dans l’électricité. Les interconnexions peuvent offrir une source complémentaire en cas de tension, mais elles ne dispensent pas chaque pays d’entretenir ses centrales et ses lignes. Une réserve nationale trop faible peut ainsi limiter la capacité à importer au moment opportun ou à maintenir les échanges lorsque les réseaux voisins sont eux-mêmes sous pression.
Pour Accra comme pour les villes secondaires et les zones rurales, la prochaine étape sera moins l’annonce de nouvelles capacités que leur mise en service vérifiable. Il faudra suivre la disponibilité effective des centrales de la VRA, l’état d’Akosombo, la mobilisation annoncée des 500 millions de dollars et les travaux de GRIDCo. Ces éléments permettront de juger si le Ghana transforme son parc existant et ses projets de réseau en une réserve réellement mobilisable, sans alourdir excessivement le coût de l’électricité.