Les métaux stratégiques attirent les capitaux, mais une annonce d’investissement ne dit pas encore où l’argent sera dépensé ni qui en captera les retombées. Pour la Côte d’Ivoire, où un groupe local vient de reprendre la mine d’or de Tongon avec un financement d’Appian, la question est concrète : quelle place l’Afrique de l’Ouest occupera-t-elle dans la nouvelle course aux minerais critiques ?

Du financement aurifère aux minerais critiques

Appian Capital Advisory, société britannique spécialisée dans l’investissement minier, a annoncé le 13 octobre 2026 prévoir environ 2,5 milliards de dollars de capitaux de développement sur cinq ans pour son portefeuille mondial de minerais critiques. Ce montant correspond à des dépenses planifiées, et non à une enveloppe annoncée pour l’Afrique. La société n’a pas précisé quelle part serait consacrée au continent.

Le calendrier s’inscrit dans une compétition internationale pour sécuriser les matières premières nécessaires aux réseaux électriques, aux batteries et à certaines industries stratégiques. Mais les projets miniers sont longs à financer et à construire. Une annonce de capitaux ne garantit donc ni une décision finale d’investissement, ni une date de production.

En octobre 2025, Appian et la Société financière internationale (IFC), bras du Groupe de la Banque mondiale consacré au secteur privé, avaient annoncé un fonds pouvant mobiliser jusqu’à un milliard de dollars dans les marchés émergents. L’IFC a confirmé son rôle d’investisseur de référence, avec un engagement initial de 100 millions. Afrique et Amérique latine figurent dans son périmètre. Ce fonds et les 2,5 milliards annoncés cette semaine sont deux dispositifs distincts : il ne faut pas les additionner comme s’ils constituaient une seule promesse ferme.

En Côte d’Ivoire, Tongon change de propriétaire

La présence récente d’Appian en Afrique de l’Ouest passe surtout par le financement, plutôt que par la détention directe de mines. En décembre 2025, le groupe a accordé 150 millions de dollars à Atlantic Group pour soutenir le rachat de Tongon à Barrick. L’Agence ivoirienne de presse a rapporté la finalisation de la transaction après l’obtention des autorisations réglementaires. Le propriétaire est ivoirien ; le financement, lui, associe un investisseur international au projet.

Cette distinction compte. Un prêt peut permettre à un acteur local de reprendre un actif sans céder son contrôle à l’investisseur. En contrepartie, les modalités financières, le remboursement et l’accompagnement technique pèsent sur la rentabilité future. Le montant annoncé ne renseigne pas, à lui seul, sur la répartition des bénéfices, les emplois locaux ou la durée de vie de la mine.

Appian a également achevé en août 2025 un financement de 175 millions de dollars au bénéfice d’Asante Gold, qui exploite des mines au Ghana. Ce montage combinait dette, financement adossé à une partie de la production aurifère et prise de participation. Il illustre la diversité des outils employés par le groupe, au-delà de l’achat direct d’actifs.

Auparavant, Appian avait investi dans Roxgold, présente au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Sa participation a pris fin après le rachat de Roxgold par Fortuna en 2021. Cette séquence rappelle que les positions d’un investisseur peuvent évoluer rapidement : sa présence dans un pays ne signifie pas qu’il y conserve durablement le même portefeuille.

La Namibie, laboratoire des métaux de transition

La Namibie concentre désormais deux actifs importants d’Appian. Dans le sud-ouest du pays, la mine de zinc et de plomb de Rosh Pinah est en production. Son extension, baptisée RP2.0, vise à augmenter fortement le minerai traité. Fin juin 2026, les travaux étaient annoncés à plus de 95 % d’avancement. Les informations publiées sur le projet décrivent toutefois des objectifs de capacité qui varient selon les documents ; les performances effectives devront être évaluées après la mise en service et la montée en régime.

En mai 2026, Appian a aussi acquis 95 % du projet de cuivre d’Omitiomire, encore à développer, au nord-est de Windhoek. La société prévoit plus de 400 millions de dollars pour le conduire vers la production. Les estimations publiées évoquent environ 30 000 tonnes de cuivre par an sur une durée d’exploitation proche de quinze ans. Ce sont des projections de projet, pas une production déjà acquise.

Ces actifs offrent à Appian une exposition aux métaux de base recherchés par les infrastructures électriques. Ils placent aussi la Namibie face à des enjeux concrets : financement des équipements, accès à l’eau et à l’énergie, emplois, recettes publiques et gestion des impacts environnementaux. La réussite industrielle ne se mesure pas seulement au volume extrait, mais également aux retombées durables pour les travailleurs et les communautés proches des sites.

Une portée ouest-africaine, des retombées encore ouvertes

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu immédiat n’est pas de savoir si Tongon sera classée parmi les minerais critiques. C’est une mine d’or, tandis que les engagements récents d’Appian visent un portefeuille mondial comprenant plusieurs métaux. L’intérêt ivoirien tient plutôt à la capacité d’entreprises nationales à acquérir et exploiter des actifs, et aux conditions dans lesquelles elles mobilisent des capitaux extérieurs.

À l’échelle régionale, le financement d’Asante au Ghana et celui d’Atlantic Group en Côte d’Ivoire montrent que les investisseurs peuvent accompagner des opérateurs africains sans nécessairement prendre le contrôle des mines. Mais la part de valeur conservée localement dépendra des contrats, de la fiscalité, des achats auprès d’entreprises nationales et des compétences transférées. Ces éléments ne se déduisent pas des seuls montants de financement.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui réunit les pays d’Afrique de l’Ouest, constitue un cadre régional pertinent pour les autorisations et les échanges. La transaction de Tongon a notamment reçu l’aval des autorités ivoiriennes et de la CEDEAO, selon l’AIP. Reste à observer si les projets d’Appian en Afrique progresseront au-delà de ses positions actuelles, et quelle part de ses investissements annoncés sera effectivement dirigée vers le continent. Pour les pays africains, le défi est de transformer l’intérêt minier en financement prévisible, en emplois qualifiés et en valeur ajoutée, sans confondre promesses d’investissement et résultats déjà obtenus.