Dans l’est de la République démocratique du Congo, le nombre de cas ne dit pas tout. Les décès survenus hors des centres de soins et les difficultés à atteindre certaines communautés compliquent le suivi d’une épidémie qui a déjà dépassé les précédents foyers du pays.

Des chiffres qui mesurent aussi les limites du dépistage

Au 11 octobre, les autorités sanitaires congolaises comptabilisaient 9 066 cas confirmés et 4 381 décès. Le bilan fait état de 2 389 guérisons et d’un taux de létalité de 48,3 %. Ces chiffres, publiés dans un rapport sanitaire le mardi 13 octobre, ont également été rapportés par plusieurs médias, dont Al Jazeera. Ils ne couvrent toutefois pas nécessairement toutes les infections : selon les autorités citées dans leurs dépêches, les cas confirmés ne représenteraient qu’une partie des cas estimés.

Les décès enregistrés hors des centres de traitement sont un autre signal préoccupant. Ils peuvent refléter des retards dans le diagnostic ou l’accès aux soins, mais aussi rendre plus difficile l’identification des personnes ayant été en contact avec les malades. Les chiffres officiels restent donc essentiels, sans offrir à eux seuls une image complète de la transmission.

L’épidémie, déclarée en mai dans la province de l’Ituri, est due au virus Bundibugyo. C’est la 17e épidémie d’Ebola recensée en RDC depuis l’identification du virus en 1976, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Elle a touché des provinces du nord et de l’est du pays. Les autorités font état de 65 zones de santé affectées dans sept provinces.

Une souche pour laquelle les outils restent limités

Bundibugyo est l’une des souches du virus Ebola. Elle se transmet principalement par contact direct avec le sang ou d’autres liquides biologiques d’une personne infectée, ou avec des objets contaminés. À ce stade, aucun vaccin ni traitement spécifique n’est homologué contre cette souche. Le vaccin Ervebo, utilisé lors d’épidémies précédentes, cible la souche Zaïre et ne peut donc pas être présenté comme une protection établie contre Bundibugyo.

La situation contraste avec l’épidémie de 2018-2020 dans l’est de la RDC, causée par la souche Zaïre. Elle avait fait environ 2 300 morts sur quelque 3 500 cas signalés. Le foyer actuel a dépassé ce bilan. Il se distingue aussi par son ampleur : à l’échelle mondiale, seule l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016, qui avait touché la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone, a enregistré davantage de cas.

La recherche médicale avance, mais les essais ne constituent pas encore une réponse disponible à grande échelle. L’OMS et des partenaires travaillent à évaluer des candidats-vaccins et des traitements contre Bundibugyo. Un essai clinique doit produire des données sur leur sécurité et leur efficacité. Tant que ces résultats ne sont pas établis et les produits autorisés, la prise en charge repose sur le repérage précoce, l’isolement, les soins de soutien et la prévention des contaminations.

La riposte dépend de l’accès aux communautés

Dans les provinces touchées, les équipes sanitaires doivent souvent conjuguer distances, insécurité et ressources limitées. La présence de groupes armés dans certaines zones complique les déplacements des soignants et des équipes de surveillance. Elle peut également retarder les prélèvements, l’acheminement du matériel et le suivi des personnes exposées.

La confiance compte autant que la logistique. Lorsque les habitants se méfient des autorités ou des intervenants extérieurs, ils peuvent tarder à solliciter des soins ou refuser certaines mesures de santé publique. Les équipes doivent donc expliquer leurs interventions avec les relais communautaires et les soignants locaux. Une réponse efficace ne se limite pas à ouvrir des centres : elle suppose que les habitants puissent les atteindre et comprennent les mesures proposées.

Les effets ne sont pas les mêmes pour tous. Les familles proches des centres urbains ont davantage de chances d’accéder rapidement à un diagnostic. Dans les zones rurales ou difficiles d’accès, les déplacements et le suivi des contacts demandent plus de temps. Les travailleurs de santé, les personnes chargées des enterrements et les proches qui s’occupent des malades sont particulièrement exposés lorsque les précautions ne peuvent être appliquées ou comprises.

Un enjeu congolais, avec une vigilance régionale

Pour Kinshasa, l’épidémie met à l’épreuve la coordination entre les autorités sanitaires nationales, les provinces et les partenaires mobilisés sur le terrain. Pour les populations touchées, l’enjeu immédiat reste l’accès à des soins sûrs et rapides. Les données sur les infections et les décès hors des centres, ainsi que la capacité à retrouver les contacts, permettront de mieux mesurer si la transmission ralentit.

La dimension régionale est également à suivre. Les provinces de l’est congolais sont reliées à des espaces de circulation transfrontalière, notamment vers l’Ouganda. La RDC appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), deux organisations régionales aux côtés desquelles la coordination sanitaire peut faciliter le partage d’informations et la préparation aux alertes. Cela ne signifie pas que la maladie s’est propagée dans tous les pays voisins : chaque signal doit être vérifié et attribué aux autorités compétentes.

Le prochain indicateur décisif ne sera donc pas seulement le franchissement d’un nouveau seuil de cas. Il faudra observer l’évolution des décès, la part des infections détectées hors des structures de soins et la capacité des équipes à accéder aux communautés. Ces éléments diront si le dispositif de riposte parvient à reprendre le contrôle de la transmission, dans une crise où l’absence de vaccin homologué contre Bundibugyo laisse peu de marge à la prévention médicale.

Les données chiffrées ont été rapportées par Associated Press et recoupées avec Al Jazeera. Le contexte épidémiologique et médical s’appuie sur les informations de l’OMS pour l’épidémie en RDC.