Pour une famille de l’ouest de l’Ouganda, un rendez-vous spécialisé à Kampala peut signifier des heures de route, des frais de transport et parfois un hébergement. Le projet d’un centre d’oncologie à Mbarara vise à rapprocher les examens et les traitements des patients. Mais il dépend encore d’un emprunt soumis au contrôle du Parlement.

Un projet à examiner, pas encore un financement acquis

Le gouvernement ougandais demande l’autorisation d’emprunter 31,98 millions d’euros à la France pour construire et équiper le centre régional de Mbarara, dans le sud-ouest du pays. La proposition a été présentée au Parlement le 29 septembre 2026, puis transmise à des commissions pour examen. Le 14 octobre, le ministre d’État à la Santé Charles Ayume défendait encore le projet devant des parlementaires. Ces étapes ne valent pas, à elles seules, approbation définitive ni décaissement.

Le coût total annoncé atteint 33,58 millions d’euros. Le prêt français en couvrirait l’essentiel, tandis que l’État ougandais apporterait 1,6 million d’euros et prendrait en charge des dépenses connexes, notamment les taxes et le soutien administratif. Les conditions présentées sont une maturité de 25 ans, dix ans de différé de remboursement et un taux d’intérêt annuel de 0,347 %. Elles restent celles de la proposition soumise aux institutions ougandaises.

Le site envisagé se trouve sur le campus de Kihumuro de l’Université des sciences et technologies de Mbarara, à moins de cinq kilomètres de l’hôpital régional de référence. Le chantier comprendrait des salles d’hospitalisation, des locaux cliniques et des installations d’imagerie, dont un scanner. Le financement couvrirait aussi des équipements médicaux, du mobilier et des prestations de conception et de supervision.

Déconcentrer les soins depuis Kampala

Le centre doit répondre à un déséquilibre géographique : les soins spécialisés restent fortement concentrés à Kampala, où se trouve l’Uganda Cancer Institute (UCI), institut national de référence installé à Mulago. Les patients venant de districts éloignés doivent souvent supporter le trajet et les dépenses d’un accompagnant. Pour les ménages aux revenus modestes, ces coûts peuvent compliquer l’accès au diagnostic et la continuité des soins.

Les chiffres communiqués par les autorités illustrent la pression sur l’institut. En 2025, l’UCI aurait enregistré 8 764 nouveaux patients, plus de 67 043 journées de consultations externes et 90 732 journées d’hospitalisation. Son taux d’occupation des lits aurait dépassé 200 %. Le ministère ougandais des Finances indique également que le nombre de nouveaux cas de cancer a plus que doublé depuis 2015. Ces données sont attribuées aux autorités : elles décrivent l’activité de l’institut, mais ne constituent pas, à elles seules, un décompte exhaustif des besoins dans le pays.

La stratégie annoncée dépasse Mbarara. Le gouvernement prévoit un réseau de centres régionaux à Mbarara, Gulu, Arua et Mbale. Selon les projections présentées par les autorités, leur fonctionnement pourrait faire passer de 24 % à environ 85 % la part de la population ayant accès aux soins contre le cancer. Cette estimation est un objectif, non un résultat déjà observé. Elle dépendra notamment de l’achèvement des centres, de la disponibilité du personnel et des équipements, ainsi que de la capacité à assurer les traitements dans la durée.

Le prêt devra se traduire en services accessibles

Construire un bâtiment ne suffit pas à décentraliser l’oncologie. Un centre doit disposer de spécialistes, de médicaments, d’énergie fiable et de chaînes d’approvisionnement fonctionnelles. Il lui faut aussi organiser le parcours entre dépistage, diagnostic, traitement et suivi. Sans ces moyens, les patients pourraient encore devoir se rendre à Kampala pour une partie importante de leur prise en charge.

La proximité de l’hôpital régional de référence et de l’université peut faciliter les orientations médicales et les liens avec la formation. Toutefois, les documents rendus publics ne permettent pas encore d’établir le calendrier complet des travaux, le nombre de professionnels qui seront recrutés ni les coûts annuels de fonctionnement. Ces éléments pèseront sur l’accès réel des patients, en ville comme dans les districts ruraux de l’ouest.

La question financière compte également. À la fin de juin 2025, la dette publique ougandaise atteignait 32,33 milliards de dollars, soit 51,3 % du produit intérieur brut, selon le bulletin du ministère des Finances. Le ministère et le quotidien ougandais Daily Monitor ont rapporté des chiffres concordants. Le prêt proposé est assorti d’un taux bas et d’un différé, mais il reste un emprunt public : son intérêt sanitaire devra être évalué au regard de son coût total, de son exécution et des dépenses nécessaires au fonctionnement du centre.

Un enjeu aussi régional

Pour l’ouest ougandais, Mbarara pourrait devenir un relais entre les hôpitaux de district et l’institut national de Kampala. L’effet attendu dépendra de la coordination entre ces établissements et de règles claires d’orientation des patients. Le réseau est aussi suivi dans un contexte régional : l’Ouganda appartient à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), qui rassemble plusieurs pays voisins et encourage la coopération sur des enjeux transfrontaliers, dont la santé.

La prochaine étape immédiate est parlementaire : les élus doivent examiner les conditions de l’emprunt et les engagements de l’État avant toute approbation. Ensuite, les indicateurs décisifs seront concrets : début et achèvement des travaux, équipements installés, personnel disponible et patients effectivement traités hors de Kampala. C’est à cette échelle que se mesurera la portée du projet, au-delà du montant annoncé.