Une usine annoncée n’est pas encore une usine construite. À Tanger, le projet de Hangyu Technology pourrait ajouter une activité de forge de haute précision à l’industrie marocaine, mais plusieurs étapes restent à franchir avant le premier équipement installé.
Un projet réorienté vers Tanger
Le conseil d’administration du groupe chinois a décidé, le 8 octobre 2026, de déplacer au Maroc un investissement industriel d’abord prévu en Slovaquie. L’enveloppe maximale annoncée reste de 105 millions d’euros. Le site envisagé se trouve dans la Cité Mohammed VI Tanger Tech, près de Tanger.
Hangyu attribue ce changement aux procédures administratives supplémentaires intervenues en Slovaquie, qui auraient allongé l’examen du dossier et rendu son calendrier incertain. Cette explication est celle de l’entreprise. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à un blocage général des investissements dans ce pays.
Le groupe prévoit de porter le projet par une société marocaine appelée provisoirement Atlas Advanced Materials. L’usine fabriquerait des pièces forgées à partir de métaux difficiles à travailler, notamment pour les moteurs d’avion, les turbines et certains équipements du secteur énergétique. Hangyu compte parmi ses clients des industriels internationaux, mais aucun contrat d’approvisionnement depuis le futur site de Tanger n’est annoncé.
Le projet reste en préparation. Le groupe indique avoir signé un accord d’intention concernant le terrain, sans avoir conclu son acquisition définitive. La filiale marocaine n’est pas encore immatriculée et les autorisations nécessaires, au Maroc comme en Chine, restent à obtenir. Le montant annoncé est donc un plafond d’investissement, et non une dépense déjà réalisée.
Un maillon industriel à construire
Le choix de Tanger s’inscrit dans le développement d’une filière aéronautique déjà structurée au Maroc. En juillet 2026, le portail officiel marocain avançait plus de 155 entreprises, plus de 25 000 emplois et près de trois milliards de dollars d’exportations. Il évaluait aussi à 42 % le taux d’intégration locale, c’est-à-dire la part de valeur produite dans le pays au sein de la chaîne industrielle.
Cette base regroupe des activités variées : usinage de précision, assemblage, câblage, matériaux composites, maintenance et ingénierie. La formation technique fait partie de cet écosystème, avec notamment l’Institut des métiers de l’aéronautique. Ces capacités comptent pour les donneurs d’ordre, qui doivent contrôler la qualité, la traçabilité et la conformité des pièces destinées aux avions.
La forge de composants fortement sollicités pourrait compléter cette chaîne, si le groupe concrétise le projet et obtient les qualifications nécessaires. Une usine située au Maroc ne devient pas automatiquement fournisseur d’un motoriste : chaque site et chaque procédé doivent satisfaire aux exigences propres aux clients et aux programmes concernés.
Pour Tanger et sa région, l’enjeu concerne donc la profondeur des retombées, pas seulement le montant affiché. Les emplois, les achats auprès de sous-traitants marocains et la formation dépendront de la taille effective du site et de son rythme de montée en puissance. À ce stade, Hangyu n’a pas communiqué de chiffre vérifié sur les emplois attendus au Maroc.
La zone Tanger Tech dans une stratégie d’ouverture
La Cité Mohammed VI Tanger Tech s’insère dans la stratégie marocaine visant à attirer des activités industrielles tournées vers l’exportation. La proximité de l’Europe, les infrastructures portuaires et les accords commerciaux du Maroc avec plusieurs partenaires constituent des atouts. Mais l’accès préférentiel à un marché ne garantit ni la compétitivité d’une usine ni l’origine locale de ses composants : les règles commerciales et les critères de production restent déterminants.
Le projet illustre aussi la diversification des liens économiques entre le Maroc et la Chine, au-delà des échanges de biens. La concurrence entre territoires pour attirer des unités de production s’accompagne de décisions d’entreprises fondées sur les délais, les coûts, les compétences et l’accès aux marchés. Dans ce dossier, le motif du transfert vers le Maroc est avancé par Hangyu ; la réalisation effective permettra seule d’en mesurer la portée industrielle.
À l’échelle régionale, une activité supplémentaire à Tanger pourrait renforcer les capacités nord-africaines dans une industrie organisée autour de chaînes d’approvisionnement internationales. Cela ne signifie pas que l’usine servira automatiquement les marchés africains : les clients visés, les volumes et les destinations de production n’ont pas été précisés. Pour l’Union africaine, l’enjeu plus large est celui de la transformation locale et de la place des entreprises africaines dans des chaînes de valeur technologiques.
Les prochaines étapes à surveiller
Le dossier se jouera désormais sur des éléments concrets : immatriculation de la société, acquisition du terrain, permis de construire, autorisations d’investissement et calendrier des travaux. Hangyu indique que le financement reposera sur ses ressources propres et des fonds mobilisés par le groupe. Le rythme des versements dépendra de l’avancement du projet.
Deux vérifications seront particulièrement importantes : la confirmation des caractéristiques industrielles pour le site marocain, et l’annonce d’emplois ou de partenariats locaux. Les paramètres envisagés pour l’ancien projet slovaque ne peuvent pas être transposés à Tanger sans confirmation. Le Maroc dispose d’une filière aéronautique en croissance ; la question est désormais de savoir si cette annonce se traduira par une capacité nouvelle, durable et reliée aux compétences du pays.
Pour suivre les données sectorielles et les étapes du projet, consulter les indicateurs officiels marocains sur la filière aéronautique, l’avis de Hangyu Technology sur le changement de site et les risques restant à traiter et les éléments publiés au Maroc sur l’état préparatoire du projet.