Raccorder chaque village au réseau national n’est pas toujours la manière la plus rapide, ni la moins coûteuse, d’apporter l’électricité. Dans les régions éloignées, des panneaux solaires installés sur les toits ou regroupés dans de petits réseaux peuvent fournir une première réponse. Mais leur déploiement dépend autant des financements et des règles publiques que du prix des équipements.

Un accès qui ne se résume pas à tirer des lignes

En Afrique subsaharienne, l’écart reste immense entre les besoins des ménages et les moyens disponibles pour étendre les réseaux. Les zones rurales dispersées sont particulièrement difficiles à desservir : les lignes coûtent cher à construire, et parfois davantage à entretenir sur la durée. Dans les villes, l’accès au réseau ne garantit pas toujours un service régulier.

Deux solutions décentralisées répondent à des situations différentes. Un système solaire autonome alimente généralement un logement ou une petite activité sans être relié au réseau public. Un mini-réseau produit et distribue l’électricité à l’échelle d’une communauté. Il peut fournir davantage de puissance à des commerces, des ateliers ou des services collectifs.

Ces installations ne remplacent pas partout les réseaux nationaux. Elles peuvent toutefois compléter leur extension, surtout lorsque les localités sont éloignées ou que les raccordements tardent. Le choix dépend des distances, des usages attendus et de la capacité des habitants à payer le service.

Des scénarios ambitieux, mais pas encore des résultats acquis

Un chiffre de 401 millions de personnes susceptibles d’être desservies d’ici à 2030 par des mini-réseaux et des systèmes solaires autonomes circule dans la matière communiquée. Nous n’avons pas pu le recouper avec une publication accessible de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Il ne peut donc pas être présenté ici comme une prévision confirmée.

Une référence distincte aide cependant à mesurer la place prévue pour ces solutions. Dans son scénario d’accès universel à l’électricité en Afrique subsaharienne d’ici à 2035, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime qu’environ 45 % des ménages actuellement privés d’électricité seraient raccordés au réseau. Les solutions décentralisées couvriraient le reste. Il s’agit d’un scénario de planification, non d’une garantie de réalisation.

Le rapport de l’AIE évalue à près de 150 milliards de dollars l’investissement cumulé nécessaire pour atteindre cet objectif d’ici à 2035, soit environ 15 milliards par an. Il répartit les besoins entre l’extension des réseaux, les mini-réseaux et les systèmes solaires domestiques. Le résumé du rapport de l’AIE sur le financement de l’accès à l’électricité en Afrique souligne que les mini-réseaux et les kits solaires nécessitent des mécanismes de financement adaptés.

Cette ambition s’inscrit aussi dans Mission 300, initiative portée par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement. Son objectif est de connecter 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne à l’électricité d’ici à 2030. L’initiative associe extension des réseaux et solutions décentralisées. Elle ne signifie pas que ces technologies seront choisies de la même façon dans chaque pays.

Le coût du kilowattheure ne dit pas tout

Les coûts de production des mini-réseaux solaires ont baissé. Le programme ESMAP de la Banque mondiale rapporte un recul de 0,55 dollar par kilowattheure en 2018 à 0,38 dollar dans son estimation publiée. Ce chiffre concerne le coût de production, pas nécessairement le tarif final payé par chaque usager. Le raccordement, le stockage, la maintenance et les capacités de paiement locales pèsent aussi dans la facture.

La baisse des coûts rend certains projets plus envisageables, mais elle ne règle pas leur financement. Les entreprises doivent avancer des capitaux pour construire les installations. Dans les localités où les revenus sont faibles ou irréguliers, les recettes peuvent ne pas suffire à couvrir les dépenses sans appui public ou financement concessionnel. Les données d’ESMAP sur le coût des mini-réseaux solaires rappellent également que ces systèmes peuvent alimenter des équipements productifs, comme des réfrigérateurs ou des moulins.

Pour les ménages, l’enjeu dépasse l’éclairage. Une alimentation fiable peut prolonger l’activité d’un commerce, conserver des produits ou permettre à une structure de santé de faire fonctionner certains appareils. Les retombées dépendent toutefois de la puissance réellement disponible et de la continuité du service. Un petit kit domestique ne fournit pas les mêmes usages qu’un mini-réseau dimensionné pour les activités économiques.

Six pays cités, des besoins qui restent nationaux

Le Nigeria et la République démocratique du Congo figurent parmi les pays où les populations sans accès à l’électricité sont les plus nombreuses. L’Éthiopie, le Niger, le Soudan et la Tanzanie sont également cités dans les éléments communiqués comme des pays nécessitant des investissements importants. La liste donne une indication des besoins, mais ne suffit pas à comparer les situations ou à déterminer quelle technologie conviendrait à chaque territoire.

Les contextes sont différents. Au Nigeria, la taille de la population et les écarts entre espaces urbains et ruraux compliquent la planification. En RDC, les distances et la dispersion des communautés rendent l’extension du réseau coûteuse dans plusieurs zones. En Éthiopie, au Niger, au Soudan et en Tanzanie, les politiques énergétiques, les infrastructures existantes et les capacités de financement ne sont pas identiques. Les projets doivent donc s’appuyer sur des plans nationaux plutôt que sur une solution uniforme.

Les choix de gouvernance comptent aussi. Les autorités doivent définir les normes de sécurité, les règles tarifaires et les conditions d’interconnexion si le réseau public arrive plus tard. Sans cadre lisible, les opérateurs hésitent à investir. Sans contrôle adapté, les usagers risquent de payer un service insuffisant ou de perdre l’accès à leur installation en cas de panne prolongée.

Le prochain enjeu : transformer les projets en service durable

Le débat ne porte donc pas uniquement sur le nombre de panneaux posés ou de mini-réseaux construits. Il concerne la qualité du service après l’installation, la disponibilité des pièces, la formation des techniciens et la capacité des petites entreprises à utiliser l’électricité. Les autorités et les opérateurs devront aussi prévoir ce qui advient lorsqu’un mini-réseau rejoint un réseau national.

Pour les partenaires régionaux et continentaux, dont la Banque africaine de développement et l’Union africaine, l’enjeu est de soutenir des solutions adaptées sans affaiblir la planification publique. Les financements extérieurs peuvent accélérer les investissements, mais leur efficacité dépend des priorités définies par les pays et de la place accordée aux opérateurs locaux.

Les scénarios de l’AIE et les objectifs de Mission 300 placent l’accès à l’électricité parmi les chantiers majeurs de la décennie. Leur réalisation se mesurera à des résultats concrets : des raccordements utilisés, une alimentation suffisamment fiable et des tarifs compatibles avec les revenus des ménages. D’ici à 2030, les annonces devront être confrontées aux investissements effectivement mobilisés et aux services rendus dans chaque pays.