Pour les habitants des villages éloignés, quelques kilomètres de réseau peuvent changer l’accès aux appels, aux paiements mobiles et aux services en ligne. En République démocratique du Congo (RDC), les autorités misent sur des antennes de petit format pour desservir des localités que les équipements classiques atteignent difficilement.
Dans les zones peu denses, réduire le coût du dernier kilomètre
La difficulté est d’abord géographique et économique. Les populations sont dispersées sur un vaste territoire, tandis que les sites télécoms ont besoin d’électricité et d’une liaison de transmission. Quand peu d’abonnés vivent autour d’une antenne, les revenus attendus peuvent ne pas couvrir les dépenses d’installation et d’exploitation. Les opérateurs ont donc intérêt à concentrer leurs investissements dans les zones les plus peuplées.
Cette logique laisse de nombreuses communautés rurales à l’écart de l’internet mobile haut débit. Elle pèse aussi sur les petites villes et les périphéries, où la croissance des quartiers peut dépasser celle des infrastructures. La couverture ne signifie d’ailleurs pas automatiquement que chacun peut se connecter : le prix des téléphones et des données, la qualité du signal et les compétences numériques comptent également.
La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays d’Afrique australe et centrale autour d’objectifs de coopération régionale. Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse les télécommunications : relier les territoires facilite aussi les échanges, l’accès à l’information et certaines activités économiques. Mais la grande taille du pays rend l’extension du réseau particulièrement coûteuse.
Des microsites à l’essai avec plusieurs opérateurs
Le 8 octobre, le ministre des Postes et Télécommunications, José Mpanda Kabangu, a réuni le Fonds de développement du service universel (FDSU), des opérateurs mobiles et Africa Mobile Networks (AMN), entreprise qui propose ces équipements. D’après les informations rapportées par Scoop RDC, les échanges visaient à étendre à d’autres opérateurs une technologie déjà utilisée par Orange en RDC.
Le dispositif envisagé comprend 50 microsites pilotes, notamment pour Airtel, Vodacom et Africell. Il s’agit d’antennes compactes alimentées par des panneaux solaires. Les caractéristiques communiquées lors de la réunion font état d’une hauteur d’environ cinq mètres, d’une installation en moins de deux heures et d’un coût quatre fois inférieur à celui d’une antenne classique. Ces chiffres décrivent le projet présenté ; ils ne constituent pas encore un bilan d’exploitation indépendant.
Selon ces mêmes informations, chaque site pourrait couvrir un rayon de quatre à cinq kilomètres et desservir plusieurs villages. Le modèle vise en priorité des localités de 3 000 à 4 000 habitants. AMN indique pour sa part que la portée réelle varie selon le relief et que la capacité peut être renforcée en ajoutant des équipements. Une couverture annoncée ne garantit donc pas partout la même qualité de service ni le même nombre d’utilisateurs connectés simultanément.
Le lancement de sites pilotes permettra surtout de vérifier les performances sur le terrain : continuité du service, résistance des équipements, capacité en période de forte demande et coût de maintenance. Il faudra aussi savoir qui financera les réparations et le renouvellement des batteries ou des panneaux. Sans suivi durable, un site rapide à installer peut devenir difficile à exploiter.
Les chiffres donnent la mesure du chantier
Les données citées pour 2024 attribuent aux réseaux 2G, 3G et 4G une couverture respective de 75 %, 55 % et 45 % de la population congolaise. Autrement dit, environ 55 % des habitants n’étaient pas couverts par la 4G cette année-là. Le document statistique national publié par l’ARPTC, le régulateur congolais des télécommunications, présente également les niveaux de couverture par technologie à la fin de 2024. Ces indicateurs décrivent la présence d’un réseau, et non le nombre de personnes qui utilisent effectivement l’internet.
La cible annoncée par les autorités est de connecter 68 millions de personnes vivant en milieu rural d’ici 2035. La faisabilité dépendra du rythme de déploiement, des financements et de la coordination entre le FDSU et les opérateurs. Le fonds a un rôle important : soutenir les zones où le seul calcul commercial ne suffit pas à déclencher un investissement.
Une autre initiative illustre l’ampleur du travail, sans être nécessairement le même programme que celui des 50 microsites. En 2026, le FDSU a annoncé des conventions avec Airtel, Africell, Orange et Vodacom pour subventionner 40 sites pilotes. Cette annonce, publiée par le fonds lui-même, montre que plusieurs formats d’intervention sont à l’étude. Les annonces devront être distinguées des réalisations : les chiffres de sites financés, construits et effectivement opérationnels ne sont pas interchangeables.
À l’échelle du secteur, les coûts ne se limitent pas à l’antenne. Ils comprennent l’énergie, la transmission des données, la sécurité du site et l’entretien. La GSMA, association professionnelle du secteur mobile, souligne dans son rapport 2025 sur la couverture et les infrastructures que les dernières zones à connecter sont souvent éloignées des réseaux électriques. Ses estimations mondiales ne doivent toutefois pas être présentées comme un budget propre à la RDC.
La couverture ne sera qu’une première étape
Pour les opérateurs, les microsites peuvent réduire le coût initial et rendre certains déploiements envisageables. Pour les habitants, leur intérêt dépendra du prix des forfaits, de la stabilité du signal et de la disponibilité de téléphones compatibles. Pour les petites entreprises et les services locaux, un réseau fiable peut soutenir les paiements numériques et les échanges à distance, à condition que l’accès soit abordable.
La suite se jouera dans la mise en œuvre : localisation des 50 sites, calendrier, résultats des essais et partage des coûts entre l’État, le FDSU et les opérateurs. La RDC devra aussi mesurer séparément la couverture et l’usage réel. Le programme ne pourra réduire la fracture numérique que si les nouvelles antennes restent fonctionnelles et si les populations peuvent se servir du réseau.