Quand une mère dit avoir craint de faire du mal à ses enfants, il ne suffit pas de saluer son courage. Il faut aussi entendre ce que son récit révèle : l’isolement, les violences dans le couple et l’absence de soutien psychologique peuvent transformer une grossesse et un accouchement en épreuve durable.
Au Kenya, Catherine Mugure raconte une relation faite de séparations et de retours, puis l’abandon qu’elle dit avoir subi après la naissance prématurée de jumeaux. Son témoignage est personnel : les épisodes rapportés ne constituent pas, à eux seuls, un diagnostic médical ni une enquête sur la responsabilité de son ancien compagnon.
Une histoire de couple marquée par la dépendance et les ruptures
Catherine explique qu’elle a interrompu ses études après une première grossesse, alors qu’elle était âgée de 21 ans. Elle a ensuite vécu avec son compagnon. Selon son récit, les tensions ont notamment porté sur sa virginité, puis sur la paternité de leur premier enfant. Elle dit avoir subi des menaces lorsqu’elle évoquait la possibilité de partir.
Quand leur bébé avait environ six mois, elle a quitté le domicile sans prévenir son compagnon. Elle raconte avoir laissé une lettre et coupé son téléphone pendant trois mois. Elle dit avoir confié l’enfant à son père avant de partir, puis avoir trouvé refuge chez une amie. Sa famille, inquiète, l’aurait recherchée.
Après cette période de séparation, les deux adultes ont repris contact. Ils se sont remis ensemble, puis séparés de nouveau. Catherine affirme que son ancien compagnon continuait à contribuer aux besoins des enfants et qu’il pouvait ainsi leur rendre visite. Elle est ensuite tombée enceinte une troisième fois.
La grossesse s’est compliquée, selon elle, en raison du diabète, de l’hypertension et d’une fibrose. Elle rapporte que les médecins lui ont annoncé qu’elle attendait des jumeaux et que l’interruption de grossesse comporterait un risque important. Ces éléments médicaux n’ont pas été confirmés par un dossier clinique accessible.
La prématurité, le deuil et un père absent
À près de six mois de grossesse, Catherine dit avoir perdu les eaux. Une césarienne a été pratiquée. Elle affirme que son compagnon a contesté la paternité des jumeaux, puis ne s’est pas présenté à l’hôpital. L’un des nouveau-nés est mort le lendemain de sa naissance. L’autre a survécu, malgré un problème cardiaque que les médecins auraient jugé préoccupant.
Dans le témoignage, Catherine raconte avoir ensuite dû s’occuper de ses trois enfants sans le soutien de leur père. Elle décrit un état de détresse extrême et dit avoir craint de perdre le contrôle. Elle formule aussi une lecture spirituelle de sa survie. Ce récit mérite d’être rapporté avec respect, sans réduire cette mère à la souffrance qu’elle a traversée.
La prématurité et le décès d’un nouveau-né peuvent bouleverser toute une famille. Mais la détresse psychique après une grossesse ne se résume pas à un manque de volonté. Elle demande une écoute et, lorsque c’est nécessaire, une évaluation et des soins adaptés. Le témoignage de Catherine ne permet pas de poser un diagnostic rétrospectif.
La santé mentale maternelle, un enjeu de soins à part entière
L’Organisation mondiale de la santé rappelle que les services de maternité et de santé de l’enfant peuvent aussi repérer les difficultés psychologiques et orienter les femmes vers une aide appropriée. Son guide recommande une prise en charge respectueuse, sans stigmatisation, intégrée aux soins périnataux. Cette approche concerne les femmes pendant la grossesse et après l’accouchement, pas seulement en cas de crise visible. Le guide de l’OMS sur la santé mentale périnatale détaille ces principes.
Au Kenya, le ministère de la Santé a publiquement souligné la nécessité de mieux intégrer la santé mentale aux soins maternels. En 2025, il a également publié un guide national consacré à l’intégration de ces services dans les soins destinés aux adolescentes enceintes et aux jeunes mères. Ces orientations indiquent une évolution des politiques ; elles ne prouvent pas que le soutien soit accessible de façon égale dans toutes les régions ou structures de soins. Le ministère kényan de la Santé sur l’intégration des soins psychiques maternels.
La difficulté ne relève pas seulement de l’hôpital. L’accès aux soins, le coût des consultations, la disponibilité des professionnels et le poids du regard social influencent la possibilité de demander de l’aide. Les proches, les services communautaires et les professionnels de santé peuvent jouer un rôle complémentaire, à condition de ne pas culpabiliser la mère ni banaliser les menaces ou les violences dans le couple.
Au-delà d’un récit individuel
L’histoire de Catherine ne doit pas servir à généraliser sur les familles kényanes, ni à présenter l’abandon comme une fatalité. Elle met plutôt en lumière plusieurs responsabilités concrètes : protéger les femmes confrontées à des menaces, accompagner les grossesses à risque, soutenir les parents après une naissance prématurée et offrir un suivi après un décès néonatal.
Elle rappelle aussi que les enfants ne peuvent être laissés en dehors de ces enjeux. Leur sécurité, leur santé et la continuité des soins dépendent souvent d’adultes qui disposent eux-mêmes d’un soutien réel. Les dispositifs publics, les familles et les communautés ont des rôles distincts, mais aucun ne peut remplacer à lui seul un accompagnement médical et psychosocial.
Dans son témoignage, Catherine dit aujourd’hui consacrer son énergie à ses enfants. Son message d’espoir lui appartient. Il ne doit pas faire oublier l’autre leçon : demander de l’aide face à une détresse intense est une nécessité de santé, pas un échec personnel. Au Kenya comme ailleurs, l’enjeu sera de faire des soins psychiques une composante ordinaire du suivi maternel, et non une réponse tardive réservée aux situations les plus graves.