Une centrale solaire peut ajouter des mégawatts au système électrique zambien. Mais pour qu’ils alimentent les foyers, les commerces et les mines, il faut aussi des lignes capables de les transporter. C’est désormais le défi posé par la rapide montée du solaire en Zambie.

Un parc électrique qui change de composition

À Lusaka, le 7 octobre 2026, la vice-présidente Mutale Nalumango a lu un discours du président Hakainde Hichilema à l’ouverture du troisième Energy Forum for Africa. Les chiffres présentés marquent un changement rapide : la capacité électrique installée serait passée de 3 777 mégawatts (MW) en 2024 à 4 722,3 MW en 2026. La capacité solaire, elle, serait montée de 178 à 1 027,5 MW.

Ces données du gouvernement ont également été rapportées par les médias zambiens ZNBC et Lusaka Times. Leur comparaison indique que le solaire représente environ 90 % de l’augmentation nette de capacité depuis 2024, et près de 22 % du parc actuel. Il s’agit de puissance installée, pas d’électricité produite en continu : les panneaux ne fournissent pas la même quantité d’énergie à toute heure.

Le cap officiel de 1 000 MW de solaire pour 2026 est donc dépassé, selon ces chiffres. Le gouvernement vise aussi 10 000 MW de capacité électrique d’ici 2031. Mais atteindre ces objectifs sur le papier ne garantit pas, à lui seul, une alimentation stable dans toutes les régions.

La sécheresse a révélé le coût d’une forte dépendance à l’hydroélectricité

La diversification s’inscrit dans le sillage de la grave sécheresse de 2024. La baisse des apports en eau a réduit la production hydroélectrique, notamment autour du barrage de Kariba, partagé avec le Zimbabwe. Le Fonds monétaire international décrit alors une hausse du recours aux importations d’électricité et aux combustibles coûteux pour compenser le manque de production.

Cette fragilité s’est répercutée au-delà du secteur énergétique. Lorsque l’offre baisse, les entreprises doivent composer avec les coupures ou chercher des solutions de secours. Les ménages, les petits commerces et les producteurs n’ont pas tous les mêmes moyens pour absorber ces coûts. Les données nationales de capacité ne disent toutefois pas, à elles seules, comment les interruptions et les tarifs sont répartis entre villes, zones rurales et catégories de consommateurs.

Le solaire offre une source complémentaire qui ne dépend pas du niveau des réservoirs. Plusieurs projets de grande taille ont contribué à l’expansion, dont la deuxième phase de la centrale d’Itimpi, d’une puissance de 136 MW, inaugurée à Kitwe en mai 2026. Le ministère de l’Énergie cite aussi la deuxième phase du projet de Chisamba, d’une capacité de 100 MW. Ces installations illustrent la place croissante des producteurs et des investissements privés aux côtés des acteurs publics.

Produire davantage ne suffit pas

Le président a insisté sur un autre maillon : les réseaux de transport et de distribution. Les centrales peuvent augmenter la capacité disponible, mais une ligne saturée ou un raccordement insuffisant limite l’électricité qu’elles peuvent effectivement acheminer. Le problème se pose avec une acuité particulière lorsqu’une production nouvelle est éloignée des centres de consommation ou des grands sites industriels.

Pour les mines du Copperbelt, secteur central de l’économie zambienne, une alimentation prévisible est un enjeu de production et d’investissement. Pour les ménages et les petites activités, l’enjeu est plus quotidien : pouvoir compter sur le courant sans devoir financer des équipements de secours. Le renforcement du réseau doit donc accompagner les nouvelles centrales, sans quoi les bénéfices de la hausse de capacité risquent de rester inégalement accessibles.

Le solaire comporte aussi une limite connue : sa production varie selon l’ensoleillement et ne suffit pas à couvrir seule les besoins de nuit ou les périodes de forte demande. Le stockage, la gestion du réseau et la complémentarité avec l’hydroélectricité et d’autres sources deviennent essentiels. La diversification réduit l’exposition à une seule ressource, mais ne supprime ni les contraintes techniques ni la nécessité d’investir dans l’ensemble du système.

Un enjeu zambien, mais aussi régional

La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des pays de la région, et participe au Southern African Power Pool, le réseau régional d’échanges d’électricité. Cette interconnexion permet aux pays membres d’échanger de l’énergie lorsque les capacités et les lignes le permettent. La sécheresse de 2024 a cependant rappelé qu’un déficit régional peut réduire les possibilités d’importation au moment même où plusieurs pays en ont besoin.

Au forum de Lusaka, le gouvernement a également appelé à une coopération régionale plus étroite. L’idée d’un système électrique moins cloisonné dépendra de décisions concrètes : nouvelles interconnexions, règles de transit, financement des lignes et coordination entre fournisseurs. Les ambitions de « marché sans frontières » ne deviennent utiles aux consommateurs que si les infrastructures suivent.

La progression zambienne montre ainsi deux réalités à la fois : des capacités solaires peuvent être déployées rapidement, mais leur valeur dépend de la possibilité de les intégrer au réseau et de distribuer l’électricité. La prochaine étape à surveiller sera la concrétisation des investissements de transport et de distribution annoncés, en parallèle de l’objectif national de 10 000 MW d’ici 2031.

Sources consultées : ministère zambien de l’Énergie, ZNBC, Lusaka Times, présidence de la Zambie, Fonds monétaire international et SADC.