À Vêdoko, quelques minutes perdues dans les files de véhicules peuvent peser sur les trajets quotidiens, l’accès aux commerces et le transport des marchandises. Le nouvel accord entre le Bénin et le Japon ajoute des moyens au chantier. Il ne garantit toutefois pas, à lui seul, que la circulation sera plus fluide une fois l’ouvrage ouvert.

Un carrefour urbain au croisement des flux

Vêdoko se trouve à Cotonou, principal centre économique du Bénin. Le carrefour relie des déplacements locaux à des itinéraires empruntés par les véhicules de transport. À cette échelle, un ralentissement ne concerne pas seulement les automobilistes : il affecte aussi les conducteurs de deux-roues, les transports collectifs, les commerçants et les entreprises qui font circuler des biens.

Le projet est également présenté comme un maillon du corridor Abidjan-Lagos, axe routier ouest-africain qui relie plusieurs grands pôles économiques. L’amélioration d’un carrefour peut contribuer à faciliter ces circulations. Mais les effets à l’échelle régionale dépendront aussi des conditions de passage aux frontières, de l’état des autres tronçons et de la gestion du trafic dans les villes traversées.

Cette dimension rappelle que les infrastructures urbaines et l’intégration régionale sont liées, sans se confondre. La CEDEAO, organisation de coopération des États d’Afrique de l’Ouest, porte des projets de mobilité et de circulation régionale. Un ouvrage à Cotonou ne résout pas à lui seul les difficultés rencontrées sur l’ensemble du corridor.

Un accord pour construire le second passage

Le 9 octobre 2026, le Bénin et le Japon ont signé un échange de notes et un accord de don pour la deuxième phase de l’échangeur. Le gouvernement béninois a annoncé une enveloppe de 10,8 milliards de francs CFA. Elle doit financer un passage supérieur dans le sens Est-Ouest et des aménagements associés. La première phase, consacrée au passage Ouest-Est, est en cours.

Avec ce nouvel apport, le financement annoncé pour l’ensemble du projet atteint 26,228 milliards de francs CFA, soit environ 26,2 milliards. Le montant correspond à des financements mobilisés, et non à une mesure des dépenses déjà réalisées. L’accord a été signé par Oscar Hugues Lokossou, ministre délégué chargé de la mobilisation des ressources extérieures et de la gestion de la dette. L’ambassadeur du Japon, Hideki Uezono, et le représentant résident de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), Kazunao Shibata, étaient présents.

Le chantier avait été lancé le 28 octobre 2025. L’ambassade du Japon avait alors communiqué sur cette cérémonie et sur le projet. Le don annoncé pour la deuxième phase s’inscrit donc dans la continuité d’une coopération déjà engagée, plutôt que dans la mise en route d’un chantier entièrement nouveau. Le communiqué de l’ambassade du Japon sur le lancement des travaux situe cette première étape.

Les objectifs annoncés sont de réduire les congestions et de faciliter les déplacements des personnes et des marchandises. Aucun calendrier de mise en service n’a été précisé dans l’annonce du nouvel accord. En attendant, la circulation devra composer avec les travaux. Les bénéfices réels, notamment sur les temps de trajet, ne pourront être établis qu’après l’ouverture et l’observation du fonctionnement de l’ouvrage.

Le financement ne suffit pas à mesurer l’impact

Un échangeur sépare certains flux en les faisant passer à des niveaux différents. Ce dispositif peut réduire les conflits entre véhicules à une intersection, mais son efficacité dépend aussi des voies d’accès, des intersections voisines, des feux et de la sécurité des usagers. Si la congestion se déplace vers les rues adjacentes, le gain au carrefour peut être limité pour les personnes qui circulent dans les quartiers environnants.

Les données de circulation doivent donc être examinées avec attention. La matière disponible cite une étude antérieure selon laquelle les deux-roues représenteraient 82 % du trafic urbain à Cotonou, contre 17 % pour les voitures et 1 % pour les camions. Cette répartition souligne l’importance d’évaluer l’aménagement au-delà de la capacité pour les seuls véhicules à quatre roues. Les conditions de traversée et de raccordement des itinéraires comptent aussi pour les motocyclistes, les piétons et les transports collectifs.

Une étude environnementale et sociale de la JICA publiée en 2026 évoque une hausse possible du trafic au carrefour à l’horizon 2035. Il s’agit d’une projection, pas d’un résultat constaté. Elle met en évidence un enjeu de long terme : une nouvelle capacité routière peut améliorer les déplacements, mais elle doit être pensée avec la croissance de la demande et l’évolution des mobilités. La fiche environnementale et sociale de la JICA sur la deuxième phase présente le cadre d’évaluation du projet.

Les travaux et les emprises nécessaires ont également des effets immédiats. En juin 2024, le gouvernement béninois avait recensé 190 personnes affectées par la libération des terrains, selon les éléments communiqués dans le dossier. Ce chiffre mérite d’être suivi avec les mesures d’indemnisation et de réinstallation, car les impacts ne se répartissent pas de la même manière entre entreprises riveraines, ménages et usagers de passage.

Un test pour la mobilité de Cotonou et le corridor

Pour les autorités béninoises, le défi consiste maintenant à suivre l’exécution des deux phases et à rendre compte des délais, des coûts et des mesures sociales. Pour les habitants et les acteurs économiques, l’enjeu est plus concret : savoir si les trajets deviennent plus prévisibles, si l’accès aux activités reste possible pendant les travaux et si les ralentissements diminuent aussi autour du carrefour.

À l’échelle ouest-africaine, Vêdoko illustre une réalité souvent moins visible que les grands projets transfrontaliers : la fluidité d’un corridor dépend aussi de ses nœuds urbains. Le don japonais renforce le financement de l’ouvrage, mais son utilité se mesurera dans la durée, au quotidien et sur les différents itinéraires. Les prochaines étapes à surveiller sont l’avancement de la deuxième phase, la date de mise en service et les données de circulation après l’ouverture.