Pour la Zambie, l’enjeu n’est pas seulement d’afficher une croissance plus rapide. Il est de convertir l’activité des mines, des champs et des exportations en recettes publiques durables, sans alourdir les dépenses ni fragiliser le pouvoir d’achat.

Une prévision à manier avec prudence

Un accord préliminaire de financement avec le Fonds monétaire international (FMI) et une croissance estimée à 5,6 % en 2026 sont rapportés par des médias zambiens début octobre. Mais ces éléments appellent une réserve importante : les publications officielles du FMI consultées ne confirment pas encore ce nouvel accord ni cette prévision. En mai 2026, le Fonds avait au contraire ramené sa projection de croissance à 4,3 %, en évoquant notamment une production minière plus faible, la normalisation des récoltes après une année exceptionnelle et les contraintes énergétiques.

Le chiffre de 5,6 % doit donc être présenté comme une estimation rapportée, et non comme une prévision officiellement validée par le FMI. La différence avec les 4,3 % annoncés en mai est considérable. Elle pourrait refléter une mise à jour plus récente, mais les informations publiques consultées ne permettent pas d’en établir la méthode ni les hypothèses.

Une économie portée par les mines et l’agriculture

La croissance zambienne dépend fortement de secteurs exposés aux variations de production et aux marchés extérieurs. Le cuivre reste central pour les exportations et les recettes en devises. L’agriculture compte aussi dans les perspectives, mais ses résultats peuvent varier avec les conditions de production et les besoins du pays.

Cette structure crée un décalage possible entre activité économique et finances publiques. Une hausse des exportations ne se traduit pas automatiquement par des recettes fiscales suffisantes. Le rendement dépend notamment des prix, de la production, de la fiscalité et de la capacité de l’État à percevoir les impôts prévus.

Selon les informations rapportées sur les discussions avec le FMI, les rentrées de TVA et les taxes sur les carburants auraient été inférieures aux prévisions. Les dépenses de l’Agence des réserves alimentaires auraient, elles, dépassé les montants inscrits au budget. Ces éléments n’ont pas pu être recoupés ici dans une publication officielle récente : ils doivent donc rester attribués, plutôt que présentés comme un bilan définitivement établi.

Le budget, point de tension pour les ménages

Les mesures envisagées illustrent le choix difficile des autorités. Supprimer un allègement temporaire des taxes sur les carburants peut soutenir les recettes publiques, mais aussi renchérir les coûts de transport et certains prix. Les effets peuvent se faire sentir différemment selon les ménages, les entreprises et les régions, notamment là où les déplacements dépendent fortement de la route.

La réduction des investissements jugés non prioritaires vise à contenir les dépenses. Mais la composition de ces coupes compte autant que leur montant : les investissements qui améliorent l’accès à l’électricité, aux transports ou aux services peuvent soutenir l’activité à moyen terme. Les arbitrages budgétaires déterminent donc à la fois la trajectoire de la dette et les conditions concrètes de la croissance.

Les autorités viseraient un excédent budgétaire primaire de 3 % du produit intérieur brut en 2029. Ce solde compare les recettes et les dépenses publiques hors intérêts de la dette. L’objectif suppose d’augmenter les recettes nationales et de rationaliser les exonérations fiscales. Sa réalisation dépendra aussi de l’exécution budgétaire et de l’évolution des dépenses.

Inflation en baisse, mais pas synonyme de baisse des prix

Un indicateur, lui, est confirmé par une source statistique nationale : l’inflation annuelle a atteint 6,1 % en septembre 2026, contre 6,2 % en août, selon l’Agence des statistiques de Zambie. Cela signifie que le niveau moyen des prix était supérieur de 6,1 % à celui de septembre 2025. Cela ne signifie pas que les prix ont baissé.

Cette évolution se situe dans la fourchette cible de 6 à 8 % de la Banque de Zambie, également mentionnée par le FMI en mai. Les réserves internationales brutes de 6,1 milliards de dollars rapportées pour septembre n’ont toutefois pas été confirmées par une seconde publication indépendante consultée. Le montant reste donc attribué.

Un programme encore soumis à approbation

Les comptes rendus disponibles évoquent un accord au niveau des services du FMI pour une Facilité de crédit élargie de 36 mois, d’environ 1,47 milliard de dollars. Cette facilité est un mécanisme de financement destiné aux pays confrontés à des difficultés prolongées de balance des paiements. Un accord entre équipes ne vaut pas encore approbation : le programme annoncé resterait soumis à des mesures préalables et à la décision du Conseil d’administration du Fonds.

Le précédent programme, approuvé en 2022, a pris fin après son examen final par le Conseil du FMI en janvier 2026. Le Fonds indiquait alors que l’accord avait duré 38 mois. Ce passage d’un programme achevé à un éventuel nouveau financement rend la question de la continuité des réformes particulièrement importante. Les modalités définitives et le calendrier du nouvel accord restent à confirmer publiquement.

Un enjeu aussi régional

La Zambie est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des États de la région autour d’objectifs d’intégration économique et de développement. Ses exportations, ses corridors de transport et ses échanges miniers dépassent les frontières nationales. Une croissance mieux assise peut donc compter pour les échanges régionaux, mais les prévisions et les annonces de financement ne suffisent pas à mesurer ses retombées.

La prochaine étape à surveiller est la publication d’informations officielles confirmant ou précisant l’accord avec le FMI : montant, conditions, mesures préalables et calendrier d’examen par le Conseil. D’ici là, le taux de 5,6 % reste une estimation rapportée, tandis que les tensions budgétaires décrites invitent à distinguer la croissance attendue de la marge réelle dont dispose l’État.