Dans les régions minières du Ghana, une fuite de résidus ou une extraction hors permis ne s’arrête pas aux clôtures d’une exploitation. La qualité de l’eau, les terres agricoles et les revenus des communautés voisines sont aussi en jeu. Accra veut donc remplacer les contrôles espacés par une surveillance plus régulière, tout en renforçant la part de l’État dans les revenus de l’or.

Des contrôles qui visent plusieurs opérateurs

Fin septembre 2026, l’Autorité ghanéenne de protection de l’environnement (EPA) a adressé un préavis de fermeture à Cardinal Namdini Mining, filiale du groupe chinois Shandong Gold. Il ne s’agit pas d’un ordre de fermeture définitif : l’entreprise peut répondre avant que le régulateur ne décide des suites à donner.

Le préavis concerne notamment, selon Michael Ayamga, responsable adjoint des opérations de l’EPA, une canalisation de résidus miniers qui se serait désolidarisée. La fuite qui en aurait résulté n’aurait pas été signalée assez rapidement. À la date des déclarations rapportées, l’autorité n’avait pas rendu publics le volume déversé ni d’éventuels dommages environnementaux. Ces éléments restent donc à établir.

Le régulateur a aussi suspendu les activités d’Earl International Group, également détenu par des intérêts chinois, pour un problème de conformité lié à des activités d’extraction illégale. Un représentant de l’entreprise a affirmé que les préoccupations avaient été traitées et que la reprise avait été autorisée le lundi suivant, sous permis. Cette version n’équivaut pas à une conclusion indépendante sur les faits reprochés.

Les vérifications concernent aussi des groupes d’autres nationalités. L’EPA examine le rapport d’inspection de la mine de Tarkwa, exploitée par le sud-africain Gold Fields. Aucune conclusion n’a été rendue publique. L’entreprise a indiqué ne pas avoir reçu de résultats détaillés. Le régulateur a par ailleurs déclaré avoir infligé l’année précédente une amende à la mine d’Iduapriem d’AngloGold Ashanti pour des manquements environnementaux, sans en préciser la nature.

Une richesse nationale, des retombées locales en débat

Le Ghana est devenu un poids lourd aurifère africain. En 2024, le pays a produit environ 4,8 millions d’onces, selon la Chambre ghanéenne des mines, qui le situe au premier rang du continent cette année-là. Cette production recouvre des opérations industrielles et artisanales, aux enjeux de contrôle et aux retombées différents.

Mais le rang de premier producteur ne dit pas, à lui seul, quelle part de la valeur reste dans le pays ni qui en bénéficie. Les recettes publiques passent notamment par les redevances et les impôts. L’emploi, les achats auprès de fournisseurs ghanéens et les dépenses des entreprises comptent également. Dans les localités proches des sites, les effets se mesurent aussi à l’accès à l’eau, à l’état des terres et aux possibilités de subsistance.

Les autorités ghanéennes ont engagé plusieurs réformes pour peser davantage sur la filière. En 2025, la Commission des minerais a lancé la révision de la politique minière et du cadre juridique. Les pistes évoquées incluent une participation locale accrue et une meilleure prise en compte des impacts sociaux et environnementaux. Le gouvernement a également défendu des formes d’exploitation coopérative, en particulier pour encadrer l’activité minière à petite échelle.

Ces orientations répondent à une tension concrète. L’exploitation artisanale et l’extraction illégale ne se confondent pas, même si leur contrôle se chevauche parfois. Fermer une activité non autorisée peut freiner les dégâts et les pertes de recettes. Cela peut aussi priver des travailleurs de revenus si aucune voie légale, accessible et viable ne leur est proposée. Pour les mines industrielles, les exigences de conformité doivent, elles aussi, être appliquées de façon cohérente, quelle que soit l’origine de l’actionnaire.

De l’inspection ponctuelle à une présence continue

L’EPA dit vouloir passer d’inspections ponctuelles à une surveillance continue. Le changement compte surtout si les contrôles permettent de détecter rapidement une fuite, de vérifier les déclarations des opérateurs et de rendre publics les constats. Un préavis ouvre une procédure ; il ne prouve pas à lui seul qu’un dommage a été causé. De même, l’absence de conclusion publique sur Tarkwa ne permet pas de présumer une infraction.

Cette approche suppose des moyens : des équipes d’inspection, des analyses fiables et un suivi des sites dans le temps. Elle suppose aussi des informations accessibles aux communautés concernées. Sans données sur les incidents, leur gravité et les mesures correctives, les habitants restent dépendants des versions de l’entreprise ou de l’administration. Or les conséquences d’une fuite peuvent se faire sentir bien au-delà du site, notamment si des cours d’eau ou des terres cultivées sont concernés.

La vigilance dépasse les seules multinationales. Au Ghana, l’extraction artisanale et le « galamsey » — terme local désignant généralement l’exploitation minière illégale à petite échelle — occupent une place importante dans le débat public. Les autorités doivent agir contre les activités illicites, tout en distinguant les exploitants et en rendant les procédures de légalisation applicables. Cette difficulté est nationale, mais elle éclaire aussi les débats régionaux sur la formalisation de l’or et la traçabilité des ressources.

Un test pour la gouvernance minière ouest-africaine

Au sein de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le Ghana partage avec ses voisins des enjeux liés aux flux transfrontaliers de minerais, aux investissements et à la protection des milieux. Des contrôles plus crédibles peuvent contribuer à réduire les zones d’opacité, mais leur effet dépendra de leur application réelle et de la coopération entre administrations.

La suite se jouera dans les décisions de l’EPA : réponse de Cardinal Namdini au préavis, conclusions sur Tarkwa et suites données au dossier d’Earl International. Il faudra aussi observer comment la réforme minière se traduit dans les règles, les inspections et les retombées locales. Pour les Ghanéens, l’enjeu est double : préserver les ressources et s’assurer que leur exploitation finance durablement le pays, sans transférer les coûts environnementaux aux communautés qui vivent près des mines.

La Chambre ghanéenne des mines rapporte qu’en 2024 ses membres producteurs ont consacré 5,5 milliards de dollars aux achats locaux, soit 73,7 % de leurs revenus miniers. Cet indicateur décrit les membres de la Chambre, pas l’ensemble du secteur ni la répartition de ces dépenses entre régions. Il rappelle toutefois que l’enjeu ne se limite pas au montant des redevances : il concerne aussi les emplois, les compétences et les entreprises capables de prendre place dans la chaîne de valeur.