Construire davantage de logements ne dépend pas seulement du nombre de chantiers. Il faut aussi financer les équipements, produire les matériaux et rendre les maisons accessibles aux ménages. En République démocratique du Congo, le projet Tuseku entend s’appuyer sur une usine de panneaux muraux. Mais son démarrage reste suspendu à la réception d’un premier paiement public.
Un premier marché, pas encore une usine en activité
Le contrat initial porte sur 7 158 887 dollars pour construire et installer une usine dans la province de Kinshasa. Le ministère du Développement rural l’a attribué à Koto DRC après un appel d’offres. L’accord a été signé en juillet 2026, selon les annonces de Red Rock Resources et les informations publiées sur l’attribution du marché.
Le 30 septembre, la société britannique Red Rock Resources a déclaré que les instructions de paiement avaient été données et que les fonds étaient attendus début octobre. Elle a toutefois précisé qu’elle ne confirmerait leur versement qu’après réception effective, en raison de retards antérieurs. Le paiement ne doit donc pas être présenté comme acquis.
Le montant annoncé correspond au premier lot. Une décision d’attribution provisoire de juin évoquait aussi deux autres usines, pour un ensemble évalué à environ 21,5 millions de dollars. Cette enveloppe plus large ne signifie pas que les trois unités sont déjà définitivement attribuées ou financées. Le marché confirmé en juillet concerne la première usine.
Koto DRC est le partenaire local de Red Rock dans une coentreprise créée à parts égales en novembre 2024. Le projet Tuseku prévoit la fabrication de panneaux muraux destinés à accélérer la construction de logements. Selon la présentation du projet par l’entreprise, Koto construirait les installations, puis les exploiterait pendant 20 ans pour le compte de l’État congolais.
La promesse industrielle face aux besoins de logement
Le gouvernement a inscrit l’amélioration de l’habitat parmi ses priorités. Le Fonds national de l’habitat et l’Agence congolaise de la promotion immobilière figurent notamment dans le dispositif public consacré au logement. En septembre, le gouvernement a également demandé l’examen d’une transformation du FONHAB en banque publique de l’habitat, afin d’élargir les mécanismes de financement.
Le manque de logements abordables est particulièrement sensible à Kinshasa, où la croissance urbaine accroît la demande. Mais le besoin ne se limite pas à la capitale : le coût des matériaux, l’accès au crédit, la disponibilité des terrains et des infrastructures pèsent aussi sur les ménages des villes secondaires et des zones rurales. Une technologie de construction plus rapide ne résout pas à elle seule ces obstacles.
Le modèle économique présenté prévoit que les maisons soient remises à l’État, puis commercialisées à des prix annoncés comme abordables. Les bénéfices seraient répartis à hauteur de 60 % pour le ministère et 40 % pour Koto DRC. Ces modalités, communiquées autour du projet, devront être appréciées à l’aune des prix réellement proposés, des conditions d’accès et du nombre de logements effectivement livrés.
Red Rock évoque une capacité de plusieurs milliers de maisons par an et une ambition d’implanter des unités dans une quarantaine de sites. L’entreprise avance également un rythme de quatre à cinq maisons par jour et par usine. Ces projections restent à confirmer lorsque les équipements seront installés et que la production aura commencé. Pour les futurs bénéficiaires, la différence se mesurera surtout dans la qualité des logements, leur coût total et leur raccordement aux services essentiels.
Un partenariat public-privé à suivre dans la durée
Le dispositif s’inscrit dans un partenariat public-privé, c’est-à-dire un accord où une entreprise privée construit ou exploite un équipement lié à une mission publique. Ici, l’État doit contribuer au projet par le marché et organiser la mise à disposition des logements, tandis que Koto assure la réalisation et l’exploitation prévues au contrat.
La durée annoncée de 20 ans donne une importance particulière aux garanties contractuelles : calendrier des travaux, entretien des usines, contrôle des coûts et transparence des ventes. Le suivi des marchés publics et la publication des résultats seront déterminants pour distinguer les ambitions du programme de ses réalisations concrètes.
Un volet minier pourrait aussi être associé au montage. Red Rock dit examiner avec son partenaire des offres portant sur des permis de cuivre et de cobalt, présentées comme provenant d’organismes publics et d’un partenaire privé. La société indique que plusieurs zones sont à l’étude, mais que les procédures des administrations concernées conditionnent leur avancée. À ce stade, il s’agit d’une piste annoncée par l’entreprise, pas d’un financement minier confirmé pour les logements.
Une portée qui dépasse Kinshasa
La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui rassemble des États d’Afrique australe et centrale, et à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC). Le pays se trouve ainsi au croisement de plusieurs espaces régionaux. Le développement d’une filière locale de matériaux de construction pourrait intéresser d’autres marchés, mais aucune extension régionale n’est établie à ce stade.
Le prochain indicateur concret sera la confirmation du paiement, suivie de la commande et de l’installation des équipements. Viendront ensuite la mise en service de l’usine et les premières ventes, que Red Rock avait dit viser avant la fin de 2026. Ces étapes permettront de juger si Tuseku devient une capacité industrielle durable ou demeure, pour l’heure, un projet dont les résultats restent à démontrer.
Sources consultées : communications de Red Rock Resources, informations sur le paiement attendu et le projet Tuseku, détails de l’attribution des marchés à Koto, document budgétaire congolais sur le programme d’amélioration de l’habitat, annonce gouvernementale sur l’examen de la transformation du FONHAB.