À Nouakchott, une panne électrique ne s’arrête pas aux foyers plongés dans le noir. Elle peut aussi toucher l’accès à l’eau, les soins et l’activité des commerces. C’est dans ce contexte que le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a reconduit Mokhtar Ould Djay après la démission de son gouvernement, sur fond d’incendies dans des installations essentielles du réseau.

Un réseau éprouvé, une crise aux effets concrets

Les incendies des postes de transformation de Nouakchott-Nord et de Nouakchott-Ouest ont mis en évidence le rôle de ces équipements. Ils ne produisent pas l’électricité : ils contribuent à la transformer et à la distribuer vers les quartiers. Leur interruption a donc désorganisé l’alimentation de vastes secteurs de la capitale, avec des répercussions signalées aussi sur des localités reliées au réseau.

Le gouvernement a indiqué que les équipes techniques avaient rétabli le service progressivement et mobilisé des installations provisoires. Les autorités ont également présenté l’approvisionnement en eau et les établissements de santé comme des priorités pendant les coupures. La panne a ainsi rappelé qu’une infrastructure électrique défaillante peut rapidement affecter des services publics et des activités quotidiennes, au-delà du seul secteur de l’énergie.

La Mauritanie, pays d’Afrique de l’Ouest, n’est pas membre de la CEDEAO. Elle appartient à l’Union du Maghreb arabe, organisation régionale dont l’activité reste limitée, et entretient des liens de coopération avec ses voisins sahéliens. Pour autant, les difficultés de Nouakchott s’inscrivent dans un enjeu partagé dans la région : garantir la continuité de réseaux dont dépendent les services essentiels et les économies urbaines.

La démission n’a pas entraîné de changement à la Primature

Le 9 octobre 2026, après la démission de son gouvernement, Mokhtar Ould Djay a été chargé par le président de former une nouvelle équipe. Cette décision est intervenue quelques heures après sa démission, elle-même liée au rapport remis au chef de l’État sur les incendies d’août. Le Premier ministre, nommé en août 2024, conserve donc la responsabilité de conduire l’action gouvernementale, mais doit désormais proposer une nouvelle composition.

La présidence a demandé à la future équipe de poursuivre le programme présidentiel et de répondre aux difficultés économiques et sociales. La reconduction du chef du gouvernement maintient ainsi la continuité politique au sommet, tandis que la formation du cabinet peut permettre des ajustements. À ce stade, il ne faut pas confondre ce remaniement annoncé avec une décision sur les responsabilités précises liées aux incendies.

Le rapport de la commission d’enquête indépendante, remis au président le 8 octobre selon l’Agence mauritanienne d’information, doit guider les suites administratives et judiciaires. Les éléments communiqués par les autorités évoquent des manquements dans la prévention, la protection électrique, la supervision des travaux et la gestion des urgences. La surchauffe est présentée comme le scénario le plus probable. Les informations publiées ne font pas état de preuve de sabotage ou d’erreur opérationnelle. Ces conclusions doivent rester attribuées au rapport et ne préjugent pas, à elles seules, des décisions individuelles à venir.

Au-delà des nominations, l’enjeu de la responsabilité

La reconduction de Mokhtar Ould Djay ne répond pas à la question centrale pour les habitants : quelles mesures concrètes réduiront le risque de nouvelles coupures ? La commission a formulé des recommandations, et le président a demandé leur mise en œuvre. Le gouvernement a évoqué des suites administratives selon les responsabilités établies, ainsi que des démarches juridiques lorsqu’une infraction serait constatée.

La réponse attendue ne concerne pas seulement les décideurs et les opérateurs du réseau. À Nouakchott, les quartiers desservis par les postes touchés, les petites entreprises et les commerces peuvent subir des pertes ou des interruptions d’activité. Dans les zones reliées à la capitale, les conséquences peuvent aussi concerner des services dépendants de l’électricité, notamment l’accès à l’eau. L’impact varie donc selon les secteurs, les capacités de secours disponibles et la durée des coupures.

Le ministère de l’Énergie avait expliqué que des équipes nationales avaient rétabli le courant par étapes, avec des équipements temporaires et une redistribution des charges. Cette intervention rapide a limité certaines conséquences, mais elle ne remplace pas la remise en état durable des postes ni le renforcement de la maintenance. La question porte désormais sur le suivi des recommandations, la transparence des responsabilités et la capacité des installations à résister à un nouvel incident.

Un test de confiance pour les institutions

La prochaine étape est la présentation de la nouvelle équipe gouvernementale et la traduction des recommandations en décisions vérifiables. Les Mauritaniens pourront juger la réponse à partir de faits concrets : la réhabilitation des postes, les contrôles de sécurité, les moyens de prévention et la continuité des services lors d’une panne. La publication d’informations précises sur le calendrier et les travaux aiderait également à distinguer les engagements des mesures effectivement réalisées.

Cette séquence rappelle enfin que la sécurité énergétique ne dépend pas uniquement de la production. Le transport, la transformation, la distribution et l’entretien comptent tout autant. Dans un pays où la capitale concentre une part importante des services et de l’activité, la résilience du réseau constitue un enjeu national. Le maintien du Premier ministre donne une continuité à l’exécutif ; c’est l’application des recommandations qui dira si la crise débouche sur des changements durables.