En République démocratique du Congo, trois débats se croisent cette semaine : la mémoire d’un appareil sécuritaire controversé, les conditions d’un dialogue politique et la maîtrise des ressources minières. Ils posent une même question de fond : qui décide, et au bénéfice de qui ?

Une mémoire politique encore disputée

Kalev Mutond, qui a dirigé l’Agence nationale de renseignements (ANR) de 2011 à 2019 sous Joseph Kabila, est mort à Paris le 5 octobre 2026, à 69 ans. Radio Okapi et Actualite.cd rapportent son décès et son parcours. Ses proches indiquent qu’il séjournait en France pour des soins ; la cause de sa mort n’a pas été rendue publique. Radio Okapi revient sur le parcours de l’ancien responsable de l’ANR, tandis qu’Actualite.cd rapporte les circonstances connues de son décès.

Son nom reste associé à une période de forte tension politique. Des opposants et d’anciens détenus ont accusé les services placés sous sa direction d’arrestations arbitraires, de détentions illégales et de mauvais traitements. Ces accusations ne doivent pas être confondues avec des conclusions judiciaires établissant sa responsabilité personnelle dans chaque cas. Les réactions hostiles apparues après sa mort témoignent néanmoins du poids laissé par l’ANR dans la mémoire de nombreux Congolais.

Ce bilan appelle à distinguer la fonction de renseignement, nécessaire à la sécurité d’un État, des abus allégués dans son exercice. La mort d’un ancien dirigeant ne clôt ni le débat sur les responsabilités ni celui sur les garanties qui doivent encadrer les services de sécurité. Elle ravive aussi la question de la continuité institutionnelle depuis l’alternance de 2019.

Le dialogue, entre ouverture et garanties

Dans le même temps, les discussions sur un dialogue national mettent à l’épreuve la confiance entre le pouvoir, les oppositions et les organisations de la société civile. Le 3 octobre, à Lubumbashi, Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), a reçu une délégation de la présidence conduite par Anthony Nkinzo. La CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC), deux principales confessions chrétiennes du pays, se disent disponibles pour contribuer à la recherche de la paix, mais défendent un processus inclusif et assorti de garanties.

La rencontre et cette position ont été rapportées par le média de la CENCO et par des médias congolais. Les Églises portent depuis 2024 un « Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». Leur démarche vise à associer largement les acteurs et à examiner les causes profondes des crises, plutôt qu’à limiter les échanges à un accord entre responsables politiques. La CENCO présente les enjeux de son engagement pour le dialogue ; Congo Quotidien rend compte de la rencontre de Lubumbashi.

Reste à savoir qui participera, selon quelles règles et avec quel suivi. Pour les autorités, un dialogue peut ouvrir une voie politique face aux tensions nationales. Pour les opposants et les citoyens, sa crédibilité dépendra de la représentation des voix absentes, de la liberté de parole et de la mise en œuvre des engagements. La situation sécuritaire dans l’est du pays donne à ces discussions une portée qui dépasse les institutions de Kinshasa.

Cartographier le sous-sol ne suffit pas

Le 5 octobre, le gouvernement a lancé à Kinshasa le Programme de cartographie géophysique aéroportée et géologique. Il doit durer trente-six mois et mobiliser huit aéronefs, avec des premières opérations annoncées notamment au Kongo-Central, au Kwango, au Kwilu, dans le Grand Kasaï et le Grand Katanga. Le programme doit produire des données pour mieux repérer les formations géologiques et orienter les recherches minières. L’Agence congolaise de presse avait auparavant rapporté la signature du contrat lié au projet ; des médias congolais ont documenté son lancement et ses modalités. L’ACP avait annoncé la signature du contrat, et Enquete.cd détaille l’objectif de connaissance et de négociation.

Une carte plus précise peut aider l’État à mieux connaître son territoire et à négocier avec les investisseurs. Mais l’information géologique ne garantit, à elle seule, ni des contrats équilibrés ni des retombées locales. Il faudra aussi publier les données et les règles d’accès, renforcer l’expertise publique et associer les communautés concernées avant les projets d’exploration. Les effets ne seront pas les mêmes pour les administrations centrales, les entreprises, les sous-traitants locaux et les habitants des zones survolées.

Sous-traitance minière : faire respecter la règle

L’Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP) affirme intensifier ses contrôles dans les mines. Son directeur général, Juan Ted Beleshayi Kasanda, avance que près de 20 milliards de dollars échapperaient chaque année à l’économie congolaise dans ce secteur. Ce montant est une estimation attribuée au responsable, et non une perte indépendamment établie par les éléments disponibles. L’ARSP affirme avoir relevé des contrats avec des entreprises qu’elle juge non éligibles chez Sicomines et Ivanhoe Mines. L’autorité a notamment publié une décision visant des filiales d’Ivanhoe. La décision de l’ARSP détaille ses injonctions visant des contrats de sous-traitance.

La loi congolaise réserve l’accès à la sous-traitance aux entreprises répondant à des critères de détention et d’éligibilité nationaux. Le régulateur résume la règle par une répartition de 51 % pour les Congolais et 49 % pour les partenaires étrangers. L’objectif est de mieux ancrer les marchés dans l’économie locale. Toutefois, l’application de la règle doit s’accompagner de contrôles transparents, de recours possibles et d’une vérification des bénéficiaires réels. L’ARSP elle-même évoque le risque de prête-noms, qui permettrait de contourner l’esprit de la loi.

Pour les grandes compagnies, ces contrôles peuvent entraîner la révision de contrats et de fournisseurs. Pour les entreprises congolaises, ils peuvent ouvrir des marchés, à condition qu’elles disposent des compétences, des financements et des équipements nécessaires. Pour les travailleurs et les communautés minières, l’enjeu est de savoir si davantage de valeur restera effectivement dans le pays.

Un enjeu qui dépasse les frontières

La cartographie et la sous-traitance s’inscrivent dans un débat continental sur la transformation locale des ressources et le partage de leur valeur. La RDC, au cœur de l’Afrique centrale et membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), cherche à renforcer sa capacité de négociation dans une région où les chaînes minières traversent les frontières. Les annonces ne suffiront pas : les données géologiques, les décisions de régulation et les résultats des dialogues politiques devront être suivis dans la durée.