À Epworth, une adolescente peut renoncer à la contraception avant même d’avoir atteint le guichet. La peur d’être reconnue ou jugée transforme un service de santé disponible en service inaccessible. Une caravane aménagée en clinique mobile cherche à lever cet obstacle, alors que son financement est fragilisé.
À Epworth, la confidentialité fait partie des soins
Epworth se trouve à la périphérie de Harare, la capitale du Zimbabwe. Dans cette zone densément peuplée, une caravane installée discrètement dans l’enceinte d’un hôpital accueille des adolescentes et de jeunes adultes. Elle propose des contraceptifs, des conseils, des consultations et des soins contre les infections sexuellement transmissibles.
Le dispositif répond à un frein concret. Dans une clinique ordinaire, une jeune fille peut craindre de croiser une connaissance, d’être désapprouvée par le personnel ou que ses parents apprennent sa démarche. La confidentialité n’est donc pas un supplément de confort : elle conditionne l’accès aux soins.
Kelly Nhedega, aujourd’hui âgée de 18 ans, est tombée enceinte à 16 ans et a interrompu sa scolarité. Elle dit avoir récemment pu obtenir une contraception discrètement. Elle espère reprendre ses études et ne souhaite pas avoir d’autre enfant avant d’avoir réalisé ce projet.
Depuis 2021, la caravane aurait accompagné plus de 100 000 adolescents dans la zone d’Epworth, des communautés agricoles voisines et des quartiers informels, selon Population Services Zimbabwe (PSZ), l’organisation qui la gère. Ce chiffre, communiqué par l’opérateur, concerne les prestations cumulées et ne constitue pas une estimation indépendante du nombre de bénéficiaires uniques.
Une offre nationale confrontée aux obstacles du quotidien
Les données nationales confirment l’importance de la question. UNICEF indique que les grossesses adolescentes restent élevées au Zimbabwe. Une évaluation conduite avec des partenaires nationaux a aussi relevé que, de 2019 à 2022, 21 % des consultations prénatales recensées dans les établissements étudiés concernaient des adolescentes de 10 à 19 ans. Ce chiffre mesure les consultations enregistrées, et non la prévalence de grossesse dans toute la population.
Le gouvernement affirme avoir consacré 6,3 millions de dollars à l’achat de contraceptifs depuis 2022. Le ministre de la Santé, Douglas Mombeshora, a également annoncé un engagement supplémentaire de 2,25 millions de dollars par an en 2026 et 2027. Ces achats peuvent renforcer les stocks nationaux, mais ils ne règlent pas à eux seuls les questions de confidentialité, de distance, d’information ou de disponibilité de la méthode souhaitée.
La réalité diffère entre Harare et les zones rurales. Une adolescente vivant près d’un centre de santé peut encore manquer d’un lieu où parler librement. Dans les régions éloignées, le transport et la livraison jusqu’au dernier établissement compliquent davantage l’accès. Les cliniques mobiles rapprochent les services des communautés, mais elles dépendent de véhicules, de personnel et d’approvisionnements réguliers.
La baisse des financements met les services de proximité sous pression
PSZ a perdu une subvention américaine de 9 millions de dollars sur cinq ans, attribuée en 2023, après les réductions de programmes d’aide décidées par l’administration américaine en 2025. L’organisation indique que plus de six millions de dollars de cette enveloppe restaient à dépenser. Un financement suédois destiné à compenser une partie de la perte a pris fin en août, selon les informations rapportées par l’organisation.
Les conséquences possibles touchent d’abord les services de proximité, plutôt que l’existence des stocks nationaux en tant que telle. Si les tournées diminuent, les adolescentes et les jeunes mères qui dépendent de ces points de contact devront parcourir davantage de distance ou revenir dans des structures où elles redoutent le jugement. Les personnes aux revenus modestes et celles qui vivent loin des centres urbains disposent souvent de moins d’alternatives.
Les perturbations maritimes peuvent aussi retarder les livraisons internationales, mais aucun retard précis au Zimbabwe n’est établi par les éléments recoupés ici. L’exemple d’une livraison tardive en Zambie montre un risque régional, pas une preuve d’une rupture identique dans les établissements zimbabwéens.
Le défi régional : financer l’achat et l’accès réel
Le problème dépasse le Zimbabwe. En décembre 2025, la Fédération internationale pour la planification familiale a déclaré que 1 175 points de service avaient fermé ou n’avaient pas ouvert en Afrique à la suite de réductions de financements. Elle estimait à 5,9 millions le nombre de personnes affectées dans la région. Il s’agit d’un bilan portant sur les associations membres de la Fédération, et non sur l’ensemble des établissements de santé africains.
Pour les autorités zimbabwéennes, l’enjeu consiste désormais à transformer les engagements d’achat en accès effectif : conserver des services adaptés aux jeunes, assurer la livraison jusqu’aux cliniques et répondre aux besoins de confidentialité. Les organisations régionales, dont la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), peuvent favoriser la coopération sanitaire, mais les décisions budgétaires et l’organisation des soins restent d’abord nationales.
Le suivi des crédits promis pour 2026 et 2027, ainsi que la continuité des tournées mobiles, permettra de mesurer si les annonces financières compensent réellement le retrait de certains bailleurs. À Epworth, l’indicateur décisif ne sera pas seulement le nombre de contraceptifs achetés : ce sera aussi la possibilité, pour une adolescente, de les obtenir sans renoncer à ses études ni à sa vie privée.
Sources de contexte : données d’UNICEF Zimbabwe sur les grossesses adolescentes, évaluation nationale citée par l’UNFPA et bilan régional de l’IPPF sur les fermetures de services.