À Kolwezi, l’électricité conditionne autant l’activité des mines que les projets de transformation du cuivre et du cobalt. Une nouvelle liaison avec la Zambie pourrait accroître les volumes disponibles. Mais l’accord annoncé ne garantit pas encore que les financements sont réunis ni que les travaux commenceront bientôt.

Un corridor électrique entre deux bassins miniers

Le projet Kalumbila-Kolwezi Interconnector (KKIP) prévoit une ligne à haute tension reliant Kalumbila, en Zambie, à Kolwezi, dans la province congolaise du Lualaba. Il vise à renforcer les échanges entre les réseaux des deux pays et l’accès de la Copperbelt congolaise à l’électricité régionale.

Le Fonds d’investissement stratégique de la République démocratique du Congo (FIS-RDC), EnPower, Trafigura et Gridworks Development Partners ont signé un mémorandum d’investissement à Kinshasa le 6 octobre 2026. L’Agence congolaise de presse et le média congolais Actualité.cd ont également rapporté la signature et les principaux paramètres annoncés.

Les promoteurs évaluent le projet à environ 300 millions de dollars. La ligne, longue d’environ 190 à 200 kilomètres selon les descriptions publiées, serait conçue pour transporter jusqu’à 700 mégawatts de puissance thermique. Les partenaires évoquent des importations pouvant atteindre 550 MW vers la RDC. Ce sont des capacités annoncées, et non des volumes déjà livrés.

La conception prévoit une liaison de 330 kilovolts. Le projet pourrait ensuite être étendu, mais son calendrier et les conditions de cette extension restent à préciser. Les partenaires disent que les autorisations nécessaires ont été obtenues. Le bouclage financier et le début des travaux ne sont toutefois pas confirmés dans les informations disponibles.

Un financement encore à assembler

Le montage doit réunir des apports en capital et de la dette. Le FIS-RDC, EnPower et Gridworks ont exprimé leur intention d’investir au capital. Les montants engagés par chacun n’ont pas été publiés. Trafigura doit contribuer à organiser une part importante de la dette, tandis que des discussions portent sur une éventuelle participation d’acteurs zambiens.

Gridworks, spécialiste des réseaux électriques et filiale de l’institution britannique de financement du développement British International Investment, est présenté comme l’investisseur principal en fonds propres. EnPower développe le projet et participe aux échanges électriques régionaux. Trafigura intervient ici comme négociant en matières premières et arrangeur potentiel de financement, et non comme exploitant minier local.

Cette distinction compte. Un mémorandum et des intentions d’investissement ne constituent pas un financement définitivement mobilisé. Avant de mesurer les effets du projet, il faudra connaître la structure financière, les contrats de fourniture, les tarifs, les responsabilités d’exploitation et les échéances de construction.

Créé par décret le 2 octobre 2025, le FIS-RDC est un établissement public détenu par l’État et placé sous la tutelle du ministère des Finances. Le fonds présente cette opération comme sa première transaction. Sa participation peut attirer d’autres capitaux, mais elle soulève aussi une question de redevabilité : les Congolais devront pouvoir suivre les risques assumés par l’argent public et les retombées attendues.

La sécurité d’approvisionnement, enjeu régional

La RDC et la Zambie sont reliées au Southern African Power Pool (SAPP), le mécanisme régional qui facilite les échanges d’électricité entre pays d’Afrique australe. Cette intégration ouvre des options d’achat et de vente au-delà des frontières. Elle ne supprime cependant pas les pénuries lorsque plusieurs pays manquent simultanément de production ou de capacité de transport.

La sécheresse de 2024 a montré cette fragilité. Dans son rapport intégré de 2024, la compagnie publique zambienne ZESCO explique que le manque d’eau a réduit la production hydroélectrique et creusé le déficit d’électricité du pays. Pour la région minière congolaise, dépendre davantage d’importations peut donc diversifier l’approvisionnement, sans assurer à lui seul une énergie constante ou abordable.

Le KKIP est un projet déjà préparé depuis plusieurs années. En 2025, EnPower disait avoir signé avec ZESCO un contrat d’approvisionnement de 350 MW et obtenu un permis d’importation en RDC. Le montage et l’estimation financière ont depuis évolué. Les annonces récentes mentionnent une enveloppe d’environ 300 millions de dollars, contre 250 millions évoqués auparavant. Les détails permettant de comparer précisément les deux étapes n’ont pas été rendus publics.

Au-delà des mines, la question des bénéfices

Une meilleure alimentation électrique pourrait réduire les contraintes pesant sur les mines du Lualaba et du Haut-Katanga, et faciliter des activités industrielles plus énergivores, notamment le raffinage. Pour les entreprises, la fiabilité et le prix de l’électricité pèseront autant que la capacité annoncée. Une ligne de transport ne produit pas elle-même de courant : les volumes dépendront des centrales disponibles, des contrats et des règles de répartition entre acheteurs.

Les effets pour les ménages ne sont pas automatiques. Le projet est présenté d’abord comme une infrastructure destinée à la Copperbelt et aux secteurs minier et industriel. Pour que les villes et les activités économiques locales en bénéficient aussi, il faudra des connexions de distribution, des règles d’accès transparentes et des investissements complémentaires. Les retombées peuvent différer entre grands clients raccordés au réseau et habitants qui dépendent de services électriques moins réguliers.

À l’échelle régionale, cette liaison met en jeu la coopération entre la RDC et la Zambie autant que la capacité du SAPP à faire circuler l’électricité là où elle est demandée. La prochaine étape concrète sera le bouclage financier, accompagné de la publication des engagements, du calendrier et des modalités d’approvisionnement. C’est à ces éléments, davantage qu’aux capacités annoncées, que se mesurera la portée réelle du projet.

Sources consultées : Agence congolaise de presse sur le projet KKIP, Actualité.cd sur le mémorandum signé à Kinshasa, présentation officielle du FIS-RDC, présentation du Southern African Power Pool et rapport intégré 2024 de ZESCO.