Quand le gaz qui alimente les centrales thermiques s’interrompt, les effets peuvent se faire sentir bien au-delà des sites de production. Au Togo, la maintenance programmée du gazoduc ouest-africain met à l’épreuve la capacité du réseau à fournir de l’électricité aux ménages et aux entreprises, sans interrompre davantage le service.

Une dépendance énergétique qui dépasse les frontières

Le Togo est relié au gazoduc ouest-africain, exploité par la West African Gas Pipeline Company (WAPCo). Cette infrastructure transporte du gaz depuis le Nigeria vers le Bénin, le Togo et le Ghana. Elle relie ainsi plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest, mais rend aussi leur approvisionnement sensible aux travaux et aux contraintes affectant le réseau commun. La présentation de WAPCo sur le gazoduc régional décrit ses connexions avec Lomé et les pays voisins.

Cette dépendance concerne le gaz destiné aux centrales thermiques togolaises. Elle s’inscrit dans un système électrique où la production locale ne suffit pas toujours à couvrir les besoins et où les échanges régionaux comptent. La coopération énergétique ouest-africaine permet de partager des ressources, mais elle ne met pas les pays à l’abri d’une interruption sur une infrastructure essentielle.

Le sujet dépasse donc la seule gestion d’une compagnie nationale. Il touche à la sécurité énergétique, c’est-à-dire à la capacité de maintenir une alimentation suffisamment régulière malgré les aléas de production, de transport ou d’approvisionnement. Pour les consommateurs, le risque se traduit concrètement par des coupures possibles, dont l’ampleur dépendra des solutions de remplacement disponibles.

Du gaz interrompu, des combustibles plus coûteux

La Compagnie énergie électrique du Togo (CEET) a annoncé le 5 octobre que des travaux de maintenance de WAPCo entraîneraient une interruption temporaire du gaz naturel destiné aux centrales thermiques. La nouvelle période annoncée va du 7 au 22 octobre 2026. Selon plusieurs médias togolais, les travaux, initialement programmés entre le 28 août et le 21 septembre, avaient été reportés avant d’être reprogrammés. AfrikaHabari et Alerte24 rapportent les mêmes dates et le même motif.

Pour limiter la baisse de production, la CEET prévoit de recourir davantage à des combustibles liquides. Cette solution peut permettre de faire fonctionner une partie des capacités thermiques malgré l’arrêt des livraisons de gaz. Elle coûte toutefois plus cher, précise la compagnie dans les déclarations rapportées par les médias togolais.

La mesure ne garantit pas l’absence de coupures. La CEET prévient que certains quartiers ou localités pourraient connaître des interruptions au cours de la période. Elle dit vouloir en réduire l’ampleur, mais les éléments disponibles ne précisent ni les zones concernées ni un calendrier détaillé des coupures. Il serait donc prématuré d’annoncer un programme précis pour Lomé ou pour les régions.

Au moment où ces travaux commencent, le 7 octobre, la période annoncée est en cours et doit s’achever le 22 octobre. Le recours à un combustible de remplacement constitue un arbitrage : maintenir autant que possible l’offre électrique, au prix de charges de production supérieures, plutôt que réduire davantage la quantité d’électricité disponible. Les informations publiées ne permettent pas de mesurer le coût exact de cette opération ni son éventuel effet sur les comptes de la CEET.

Des conséquences différentes selon les usagers

Une coupure n’a pas le même effet pour tous. Dans les ménages, elle peut perturber la conservation des aliments, l’éclairage et les activités quotidiennes. Pour une petite entreprise, un atelier ou un commerce dépendant d’équipements électriques, même une interruption limitée peut ralentir la production ou entraîner des dépenses supplémentaires, notamment si un groupe électrogène est nécessaire.

Les écarts peuvent aussi se creuser entre les usagers capables de financer une solution de secours et ceux qui ne le peuvent pas. Une entreprise équipée peut parfois poursuivre une partie de son activité ; un ménage ou un petit commerce dispose de moins de marge. Et les coupures annoncées dans « certains quartiers ou localités » pourraient toucher différemment la capitale, Lomé, et les zones situées hors des grands centres, sans que la CEET ait, dans les informations rapportées, détaillé cette répartition.

La tension ne tient pas seulement à l’offre. Le début de l’année a déjà été marqué par des difficultés que la CEET avait associées, selon les comptes rendus disponibles, à la hausse de la demande des ménages et des activités économiques. Cela rappelle qu’un réseau doit gérer simultanément ses ressources, ses équipements et des besoins qui évoluent. Les sources consultées ne fournissent toutefois pas de données chiffrées permettant de quantifier cette hausse.

Un test pour la résilience énergétique régionale

La séquence met en lumière un défi commun aux pays reliés par le gazoduc : les infrastructures régionales apportent des ressources essentielles, mais exigent aussi une coordination et des solutions de secours. Le gazoduc de WAPCo dessert plusieurs États d’Afrique de l’Ouest. Une maintenance programmée n’équivaut pas à une panne imprévue, mais son effet sur les centrales souligne l’interdépendance des réseaux.

Pour le Togo, l’enjeu de fond consiste à rendre l’approvisionnement moins vulnérable aux interruptions temporaires, tout en répondant à la progression des besoins. Le budget énergétique pour 2026 a été présenté dans des médias comme visant notamment l’électrification de localités et le renforcement du secteur. Africa Business Insight rapporte une enveloppe annoncée de 126,6 millions de dollars. Ce montant relève d’un programme d’investissement distinct : il ne signifie pas que des capacités de remplacement seront disponibles pendant les travaux d’octobre.

Les prochains éléments à surveiller sont la fin effective de la maintenance le 22 octobre, la reprise des livraisons de gaz et le bilan des interruptions constatées. Ils permettront d’évaluer si le recours aux combustibles liquides a suffi à limiter les coupures, et quelles zones ont été les plus exposées. À plus long terme, la question régionale reste celle de la robustesse des interconnexions et des solutions dont disposent les pays lorsqu’une source d’énergie partagée devient temporairement indisponible.