À Goma, la diplomatie africaine s’est retrouvée face à une question concrète : comment faire respecter un cessez-le-feu quand les acteurs armés gardent leurs positions et que les habitants restent exposés aux combats ? La visite de facilitateurs de l’Union africaine a permis de renouer des contacts. Elle n’a, à ce stade, annoncé ni accord nouveau ni avancée vérifiable sur le terrain.

Une médiation au contact des acteurs

Le 5 octobre 2026, une délégation du Panel des facilitateurs de l’Union africaine a tenu des consultations à Goma, dans le Nord-Kivu. Elle était conduite par Sahle-Work Zewde, ancienne présidente de l’Éthiopie, avec Uhuru Kenyatta, ancien président du Kenya, et Mokgweetsi Masisi, ancien président du Botswana.

Les échanges ont réuni des représentants de la MONUSCO, la mission de maintien de la paix des Nations unies en RDC, du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU, du Comité international de la Croix-Rouge, d’un mécanisme conjoint de vérification sécuritaire et de l’AFC/M23. Dans son communiqué du 7 octobre, l’Union africaine indique que ces consultations visaient à recueillir leurs vues sur la paix, la sécurité et la situation humanitaire. Le panel doit transmettre ses conclusions au médiateur de l’UA et au gouvernement congolais.

La délégation a également poursuivi ses consultations à Kigali, selon le média congolais Actualite.cd. Cette étape souligne la dimension régionale du conflit : les relations entre Kinshasa et Kigali pèsent directement sur les perspectives de désescalade, tandis que les accusations de soutien rwandais à l’AFC/M23 restent contestées par Kigali. Il importe de distinguer ces accusations des éléments établis et de les attribuer à leurs auteurs.

Des processus de paix à relier

Cette initiative s’inscrit dans un paysage diplomatique chargé. Le processus de Doha vise le dialogue entre le gouvernement de la République démocratique du Congo et l’AFC/M23. En parallèle, les discussions de Washington portent sur les relations entre Kinshasa et Kigali. L’Union africaine cherche à coordonner ces voies plutôt qu’à les traiter comme des négociations séparées.

En juillet, le panel et un secrétariat conjoint avaient élaboré à Gaborone une feuille de route de six mois, couvrant la période de juillet à décembre 2026. Elle prévoit notamment la coordination politique et sécuritaire, l’accès humanitaire, le dialogue avec les groupes armés, la coopération économique régionale et la participation de la société civile, des femmes et des jeunes. L’enjeu est désormais de convertir ce cadre en engagements applicables et suivis.

La RDC appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), deux organisations régionales impliquées dans les efforts diplomatiques. La région des Grands Lacs ajoute un autre niveau de coordination, avec des frontières et des intérêts sécuritaires étroitement liés. L’Union africaine a donc annoncé, en juillet, vouloir harmoniser son action avec les démarches de Doha et de Washington ainsi qu’avec les organisations régionales.

Le cessez-le-feu, test immédiat

À Goma, le panel a appelé les parties à respecter strictement leurs engagements de cessez-le-feu, à coopérer avec les mécanismes de vérification et à éviter les actes susceptibles de compromettre les discussions. Il a aussi insisté sur la protection des civils, notamment des femmes et des filles, la prévention des violences sexuelles, la responsabilité en cas de violations et l’accès humanitaire sans entrave.

Ces appels donnent la mesure de l’écart entre la négociation et la vie quotidienne. Pour les habitants des zones affectées, la crédibilité d’un processus de paix se juge à la sécurité des déplacements, à la continuité des soins et de l’école, et à la possibilité de recevoir de l’aide. Pour les autorités à Kinshasa, l’enjeu reste aussi la souveraineté et l’intégrité territoriale. Pour les acteurs présents à Goma, la discussion porte sur leur place dans un règlement politique. Ces priorités ne se confondent pas.

Le contrôle de Goma par l’AFC/M23 donne à toute rencontre dans la ville une portée politique particulière. Mais une consultation avec le mouvement ne vaut ni reconnaissance de son autorité ni accord conclu avec Kinshasa. Le communiqué de l’UA réaffirme explicitement la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la RDC. Il précise également que ces principes doivent se traduire par des améliorations concrètes pour les communautés touchées.

Une étape, pas encore une percée

La présence de facilitateurs africains à Goma peut aider à maintenir un canal de dialogue et à rapprocher les calendriers diplomatiques. Toutefois, les déclarations publiques disponibles ne font état d’aucun accord signé pendant la visite, ni d’un mécanisme nouveau de retrait ou de désarmement. L’UA parle de consultations et de mesures de confiance à renforcer. Présenter cette étape comme une percée dépasserait donc les faits établis.

Le suivi se jouera dans la mise en œuvre de la feuille de route et dans la capacité des parties à faire vérifier leurs engagements. Il faudra aussi observer si les appels au cessez-le-feu et à l’accès humanitaire produisent des effets dans les zones concernées. Pour l’Union africaine, la difficulté est double : maintenir une médiation conduite par des acteurs africains et obtenir une coordination réelle avec les démarches extérieures et régionales déjà engagées.

Pour la RDC et ses voisins, l’enjeu dépasse une seule rencontre. Tant que les arrangements diplomatiques ne réduisent pas les risques pour les civils et ne clarifient pas les responsabilités des parties, la multiplication des processus peut rester sans résultat tangible. La prochaine échéance utile sera donc moins une nouvelle déclaration qu’un signe vérifiable de respect du cessez-le-feu et de continuité des discussions.

Sources de vérification : communiqué du Panel des facilitateurs de l’Union africaine, Actualite.cd sur les consultations à Goma et Kigali, Dépêche.cd sur la mission à Goma et feuille de route de l’Union africaine pour juillet-décembre 2026.