À Cotonou, la prochaine étape de la restitution du patrimoine béninois se joue désormais sur une liste de 35 pièces. Le dossier ne porte pas seulement sur des objets conservés dans des musées français. Il touche à la mémoire des anciens royaumes, à la transmission culturelle et à la capacité du Bénin à reprendre la maîtrise de son récit historique.
Une nouvelle phase après le retour des trésors d’Abomey
Le président béninois Romuald Wadagni et son homologue français Emmanuel Macron se sont rencontrés à Paris le lundi 5 octobre 2026. La culture figurait parmi les sujets abordés au cours de cette visite de travail, aux côtés de la coopération économique, de la sécurité, de l’énergie et de la formation. La rencontre a été confirmée par plusieurs sources béninoises et internationales, dont le quotidien béninois La Nation et TV5MONDE.
Le Bénin demande aujourd’hui le retour de 35 biens culturels conservés en France. Les pièces proviennent notamment d’Abomey, de Porto-Novo et de Kétou. Certaines sont liées aux anciens royaumes du territoire béninois. D’autres ont été transmises par le biais de dons ou intégrées aux collections publiques françaises au fil du temps.
Cette demande prolonge le processus engagé avec la restitution de 26 trésors royaux du Danhomè, en novembre 2021. Les œuvres, parmi lesquelles figuraient des trônes, des récades et des statues, avaient quitté le royaume d’Abomey dans le contexte de la conquête coloniale française à la fin du XIXe siècle. Le transfert de propriété avait été officialisé par la France avant l’arrivée des pièces à Cotonou.
Le gouvernement béninois avait alors présenté ce retour comme une première étape. Les autorités ont depuis renforcé les dispositifs consacrés au patrimoine, aux musées et à la recherche historique. Le site officiel de l’exposition consacrée à l’art du Bénin rappelle que les 26 œuvres sont arrivées à Cotonou le 10 novembre 2021, après la signature de l’acte de transfert à Paris.
Un comité scientifique pour documenter chaque pièce
Le nouveau dossier repose sur un comité scientifique national. Le gouvernement béninois indique que cette structure a été officiellement installée à Cotonou le 14 juillet 2026. Elle est conduite par Alain Godonou, spécialiste du patrimoine et des politiques muséales.
Le comité doit consolider les informations sur les 35 biens, établir leur provenance et préparer les échanges avec la partie française. Il doit également contribuer à la mise en place d’une commission scientifique conjointe. Cette méthode vise à distinguer les objets selon leur histoire, leur statut juridique et les conditions dans lesquelles ils ont quitté le Bénin.
La démarche est importante, car une restitution ne se limite pas à un transport d’œuvres. Elle suppose de vérifier les inventaires, les archives, les actes de donation et les circonstances de la collecte. Elle exige aussi de déterminer si chaque objet relève d’un pillage militaire, d’une appropriation contestée, d’un don ou d’une autre procédure.
Le ministère béninois chargé de la Culture précise que le comité doit élaborer une feuille de route et éclairer les futures décisions. La composition de la commission française devait encore être finalisée au début du mois d’octobre.
Le dieu Gou, pièce centrale de la demande
Parmi les biens réclamés figure une statue en fer représentant Gou, divinité liée au métal, à la forge et aux forgerons dans les traditions vodun. L’œuvre est associée au royaume du Dahomey et aurait été réalisée en hommage au roi Glèlè, père du roi Béhanzin.
Pour le Bénin, cette statue possède une portée particulière. Elle ne renvoie pas uniquement à l’histoire de l’art. Elle rappelle aussi le rôle politique et spirituel des objets royaux, ainsi que le lien entre pouvoir, artisanat et pratiques religieuses dans les sociétés de l’ancien Danhomè.
Le dieu Gou fait partie des œuvres déjà signalées comme prioritaires lors de la première campagne de restitution. Le gouvernement béninois le mentionnait aux côtés d’autres pièces majeures des trésors royaux. Cette continuité montre que Cotonou souhaite obtenir une réponse globale, et pas seulement le retour d’un nombre limité d’objets facilement détachables des collections françaises.
La liste comprendrait également des amulettes associées aux amazones du Dahomey, un chapelet de divination et le siège en bois du roi Toffa de Porto-Novo. Ces objets couvrent plusieurs espaces historiques du Bénin. Ils ne concernent donc pas uniquement Abomey, même si le royaume du Danhomè occupe une place centrale dans la mémoire nationale.
Un calendrier encore ouvert
D’après des informations rapportées au sujet du dossier, une première réponse française est attendue à la mi-octobre 2026. Cette échéance doit toutefois être distinguée d’une décision définitive. Des discussions pourraient suivre pendant plusieurs semaines, avant que Paris et Cotonou ne précisent le sort de chaque pièce.
La France doit composer avec le principe d’inaliénabilité de ses collections publiques. Ce principe empêche, en règle générale, le retrait définitif d’une œuvre appartenant au domaine public. La restitution de 26 biens au Bénin, autorisée par une loi spécifique en 2020, avait donc constitué une procédure exceptionnelle.
Le cadre français a depuis évolué. Une loi adoptée en 2026 sur la restitution de biens culturels issus d’appropriations illicites durant la période coloniale pourrait faciliter certains retours. Son application concrète dépend néanmoins de l’examen scientifique et juridique de chaque dossier. Les autorités françaises devront aussi préciser si les pièces demandées relèvent du périmètre retenu par ce nouveau dispositif.
Un enjeu national, régional et continental
Au Bénin, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de faire revenir des objets liés à l’histoire du pays. Il faut ensuite leur donner une place durable dans les musées, les écoles et les espaces de recherche. La restitution de 2021 avait déjà suscité un fort intérêt du public à Cotonou. Elle avait aussi relancé le débat sur la conservation, la médiation culturelle et l’accès des jeunes au patrimoine.
Les effets ne seront pas identiques selon les territoires. Porto-Novo, capitale politique du Bénin, est directement concernée par les pièces liées au roi Toffa. Abomey reste au cœur du patrimoine royal du Danhomè. Kétou, de son côté, rappelle la diversité des histoires régionales qui composent le pays. La politique muséale devra éviter de concentrer toute la mémoire nationale dans la seule zone méridionale.
À l’échelle ouest-africaine, le dossier s’inscrit dans les débats sur la circulation des biens culturels, la coopération scientifique et la souveraineté patrimoniale. Le Bénin est membre de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, qui réunit les pays de la région autour de projets économiques et politiques. Même si la restitution relève d’abord d’un dialogue bilatéral, son issue peut influencer les discussions entre États africains et institutions européennes.
Le prochain point de vigilance sera donc la réponse française attendue en octobre 2026. Il faudra ensuite observer la composition de la commission conjointe, le sort réservé à chacune des 35 pièces et les garanties prévues pour leur conservation au Bénin. Au-delà du nombre d’objets rapatriés, c’est la capacité des deux pays à établir une méthode transparente et durable qui déterminera la portée de cette nouvelle étape.