À Ouagadougou, le débat sur le développement ne se résume plus au volume des financements disponibles. Il porte désormais sur leur capacité à soutenir une économie plus productive, à créer des emplois et à renforcer l’autonomie du Burkina Faso dans un environnement régional instable.
C’est dans cette logique que le Burkina Faso et le Groupe de la Banque mondiale ont lancé, le vendredi 2 octobre 2026, un nouveau Cadre de partenariat-pays couvrant la période 2026-2031. Le document aligne l’appui de l’institution sur les priorités du Plan national de développement 2026-2030, baptisé RELANCE.
Un partenariat recentré sur trois leviers
Le nouveau cadre retient trois objectifs principaux. Le premier concerne la santé et l’éducation. Il vise à améliorer l’accès aux services sociaux essentiels et à renforcer le capital humain, c’est-à-dire les compétences, la santé et les connaissances qui permettent à une population de participer pleinement à l’activité économique.
Ce choix répond à une difficulté ancienne. Les tensions sécuritaires ont perturbé la continuité des services publics dans plusieurs zones du pays. Les conséquences touchent les élèves, les familles, les personnels de santé et les collectivités qui doivent maintenir des services malgré des moyens limités.
Le deuxième axe porte sur l’électricité. Pour les ménages, l’enjeu est celui de l’éclairage, de la conservation des produits et de l’accès aux équipements numériques. Pour les entreprises, il concerne directement les coûts de production, la transformation des matières premières et la capacité à fonctionner de manière régulière.
La Banque mondiale indique que l’accès à l’électricité concernait environ 34 % de la population burkinabè en 2024, contre 55 % en moyenne en Afrique subsaharienne. Ces données donnent la mesure du retard à combler, mais aussi de l’ampleur du marché potentiel pour les solutions solaires, les mini-réseaux et les infrastructures nationales.
Le troisième objectif vise l’agriculture. Le Burkina Faso souhaite accroître les rendements, améliorer la sécurité alimentaire et faire de la production agricole un moteur de transformation économique. L’enjeu dépasse la seule disponibilité des récoltes. Il inclut le stockage, la transformation locale, l’accès aux intrants, le financement et la commercialisation.
Le plan RELANCE comme boussole nationale
Le partenariat avec la Banque mondiale s’inscrit dans le Plan national de développement 2026-2030. Adopté au début de l’année 2026, ce référentiel présente la souveraineté économique et le développement endogène comme des priorités de l’action publique.
Le document gouvernemental met l’accent sur la relance productive, l’industrialisation, la valorisation des ressources nationales et le renforcement des infrastructures. Il tient également compte des déplacements forcés de populations, des besoins de relèvement et des contraintes liées à la situation sécuritaire.
Cette orientation explique la volonté de Ouagadougou d’obtenir une coopération davantage centrée sur des résultats concrets. La ministre déléguée chargée du Budget, Fatoumata Bako/Traoré, a résumé cette approche en estimant que la coopération devait accompagner l’ambition nationale sans s’y substituer.
De son côté, Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a indiqué que le nouveau cadre devait contribuer à transformer la résilience du Burkina Faso en possibilités d’emploi et de développement. La Banque mondiale présente le dispositif comme un appui à la création d’emplois, aux services sociaux, à l’électricité et à la productivité agricole.
L’électricité, test immédiat de la transformation
Le secteur électrique devrait rapidement servir de test à cette nouvelle coopération. En septembre 2026, les autorités burkinabè ont annoncé un projet de 104 milliards de francs CFA. Il doit renforcer les capacités opérationnelles de la Société nationale d’électricité du Burkina Faso, la SONABEL, ainsi que celles de l’Agence Faso Vêenem.
Cette agence publique a été créée pour contribuer à l’élargissement de l’accès à l’électricité. L’objectif affiché est de soutenir une offre plus disponible et mieux adaptée aux besoins des ménages, des services publics et des unités de production.
La réussite ne dépendra toutefois pas uniquement des investissements. Elle reposera aussi sur la maintenance des équipements, la sécurisation des lignes, la capacité de paiement des usagers et la desserte des zones éloignées des grands centres urbains.
À Ouagadougou et dans les principales villes, une amélioration de l’alimentation électrique pourrait soutenir les ateliers, les commerces et les petites industries. Dans les zones rurales, l’enjeu sera différent. Il concernera notamment l’irrigation, la conservation des produits agricoles, les centres de santé et les établissements scolaires.
Une coopération confrontée au risque sécuritaire
La situation sécuritaire reste le principal facteur de fragilité du programme. Elle affecte les déplacements, l’activité économique et l’accès aux services sociaux. Elle peut aussi augmenter le coût des projets et compliquer leur suivi dans les régions éloignées de la capitale.
Pour les populations déplacées ou revenues dans leurs localités, la priorité sera souvent immédiate : retrouver une école, un centre de santé, une source d’eau et des moyens de subsistance. Pour les entreprises, la question sera celle de la continuité de l’activité et de la protection des investissements.
Le budget national pour 2026 place ainsi la défense, l’éducation, la santé et le développement rural parmi les secteurs prioritaires. Cette combinaison montre que la sécurité et le développement sont traités comme des dossiers liés. Elle impose aussi de mesurer les résultats au-delà des annonces financières.
La Banque mondiale affirme que le précédent cadre, prolongé jusqu’en 2025, avait produit des résultats dans l’éducation, la santé, l’énergie et l’agriculture. Le nouveau dispositif devra maintenant démontrer que ces acquis peuvent être consolidés dans un contexte plus exigeant.
Un signal suivi dans l’espace ouest-africain
Le calendrier du partenariat intervient alors que le Burkina Faso poursuit une trajectoire politique et économique distincte au sein de l’Afrique de l’Ouest. Le pays participe à la Confédération des États du Sahel avec le Mali et le Niger, tandis que ses relations avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, organisation régionale chargée notamment de l’intégration économique, restent marquées par les recompositions récentes.
Cette situation donne au cadre 2026-2031 une portée qui dépasse la relation entre Ouagadougou et la Banque mondiale. Elle pose la question de la compatibilité entre la recherche de souveraineté économique, la mobilisation de financements extérieurs et l’intégration des marchés régionaux.
Le prochain enjeu sera donc la mise en œuvre. Il faudra suivre la répartition effective des ressources, l’avancement des projets électriques, la continuité des services sociaux et les résultats agricoles. Pour les Burkinabè, la crédibilité du partenariat se mesurera moins à ses trois axes qu’à ses effets visibles dans les écoles, les centres de santé, les exploitations et les entreprises.