À Ogun Waterside, dans le sud-ouest du Nigeria, un ancien projet gazier revient dans les plans d’aménagement d’un futur corridor portuaire. Mais sa relance ne se résume pas à rouvrir un dossier administratif : elle devra résoudre les mêmes difficultés qui ont éloigné ses premiers partenaires, notamment l’accès au gaz, le financement et la décision finale d’investissement.

Un projet ancien replacé dans un nouveau corridor industriel

La compagnie publique NNPC Ltd examine de nouveau le projet Olokola LNG, aussi appelé OKLNG. L’installation doit produire et exporter du gaz naturel liquéfié, un gaz refroidi à très basse température pour être transporté par navire.

Le projet est envisagé depuis 2005. Il devait initialement s’appuyer sur la NNPC, Chevron, Shell et BG Group. Toutefois, les partenaires internationaux se sont progressivement retirés après plusieurs années sans décision finale d’investissement. Chevron a confirmé son départ en août 2013, après le retrait de BG Group et celui de Shell. Le projet n’a donc jamais franchi le stade de la construction. Les archives du secteur gazier rappellent que l’absence de progrès et la réorientation des portefeuilles d’investissement figuraient parmi les raisons avancées à l’époque.

Le dossier revient aujourd’hui dans un environnement différent. L’État d’Ogun cherche à développer Ogun Waterside autour d’un port en eau profonde, d’une zone économique spéciale et d’activités industrielles. Le 24 septembre 2026, les autorités de l’État ont annoncé la signature de protocoles d’accord avec DP World pour ce futur ensemble portuaire et logistique.

Selon les éléments communiqués après une rencontre tenue le 30 septembre 2026 entre le gouverneur Dapo Abiodun et des responsables de la NNPC, la compagnie publique prendrait en charge l’acquisition des terrains nécessaires. L’État d’Ogun promet, de son côté, de faciliter les démarches foncières et administratives.

Le projet gazier serait ainsi intégré à un dispositif plus large. Le port doit servir de porte d’entrée et de sortie pour les marchandises. La zone industrielle doit attirer des activités de transformation. Le terminal de GNL ajouterait une capacité d’exportation énergétique à cet ensemble.

Des besoins fonciers importants, mais encore peu de certitudes industrielles

La NNPC estime les besoins fonciers à 1 728 hectares. Le projet nécessiterait également environ 2,5 kilomètres de façade atlantique. Jusqu’à trois jetées pourraient être aménagées pour accueillir les méthaniers, les navires qui transportent le GNL.

Ces données décrivent l’ampleur du site. Elles ne constituent pas encore une décision de construire. La capacité de production, le montant définitif de l’investissement, les nouveaux partenaires et le calendrier restent à préciser.

Le point le plus sensible concerne l’approvisionnement en gaz. Aucun gisement précis n’a été officiellement désigné pour alimenter le futur terminal. Or une usine de liquéfaction ne peut fonctionner sans flux réguliers de gaz naturel. Elle doit aussi disposer de contrats solides, d’infrastructures de collecte et de transport, ainsi que d’un cadre commercial suffisamment prévisible.

Cette question dépasse le seul cas d’Olokola. La Nigeria LNG Limited, qui exploite l’usine de Bonny Island, rencontre déjà des difficultés d’approvisionnement. Son directeur général, Adeleye Falade, a indiqué en août 2026 que la part du Nigeria sur le marché mondial du GNL était tombée à 5 %, contre 6 % quelques années auparavant. Il a averti qu’elle pourrait descendre jusqu’à 2 % si les problèmes de fourniture de gaz et d’extension des capacités persistent. Les déclarations rapportées par TheCable présentent cette baisse comme le résultat d’une croissance plus lente que celle des concurrents internationaux.

Le Nigeria dispose pourtant de réserves gazières considérables. Le défi consiste à les transformer en production régulière, en recettes publiques et en emplois industriels. Les retards dans les infrastructures, les contraintes réglementaires, les problèmes de sécurité et la concurrence entre exportation et consommation domestique compliquent cet objectif.

La relance devra éviter les blocages du passé

Olokola LNG avait déjà été présenté comme un projet structurant pour la stratégie gazière nigériane. Sa capacité envisagée atteignait alors plusieurs dizaines de millions de tonnes par an. À l’époque, le projet devait s’appuyer sur quatre trains de liquéfaction. Un train désigne une unité industrielle complète qui transforme le gaz naturel en GNL.

Mais les retards ont pesé sur la crédibilité du dossier. Le retrait successif des partenaires a montré que la taille d’un projet ne suffit pas à attirer durablement les investisseurs. Il faut aussi une gouvernance claire, un partage des risques accepté par chaque acteur et une base d’approvisionnement crédible.

La NNPC affirme désormais réexaminer les raisons du blocage. La société publique pourrait investir 10 milliards de dollars dans une première phase, selon des informations rapportées par la presse nigériane. Ce montant doit toutefois être considéré comme une estimation médiatique tant qu’il n’est pas confirmé par un plan d’investissement publié et détaillé.

Pour l’État d’Ogun, l’enjeu est également territorial. Ogun est déjà l’un des principaux pôles industriels du Nigeria grâce à sa proximité avec Lagos et à ses axes routiers. Ogun Waterside pourrait élargir cette base vers la côte atlantique. Les bénéfices attendus concernent la logistique, la construction, les services portuaires et l’industrie manufacturière.

Les retombées ne seront toutefois pas automatiques. Les communautés riveraines devront être associées aux discussions sur le foncier, l’accès au littoral et les compensations. Les travailleurs qualifiés pourraient bénéficier de nouveaux débouchés, tandis que les économies locales dépendantes de la pêche ou de petites activités commerciales devront être prises en compte dans l’aménagement.

Un test pour la stratégie gazière du Nigeria

À l’échelle régionale, le dossier s’inscrit dans la compétition entre pays exportateurs de GNL. Le Nigeria fait face à l’Angola, à l’Égypte, à l’Algérie et à de nouveaux projets en Afrique de l’Est. Dans ce marché, les retards peuvent faire perdre des contrats, des clients et des parts de marché.

La relance d’Olokola intervient aussi dans la trajectoire de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Le développement d’un grand port et d’une infrastructure gazière pourrait renforcer les échanges de la façade ouest-africaine. Il pourrait également soutenir l’industrie régionale, à condition que l’énergie produite ne soit pas réservée à l’exportation.

Le prochain indicateur sera la publication d’un schéma technique et financier complet. Il faudra notamment surveiller la source du gaz, la structure des partenaires, les garanties publiques, l’étude environnementale et la date d’une éventuelle décision finale d’investissement.

Pour Abuja, Olokola LNG représente donc plus qu’un ancien projet remis à l’agenda. Il s’agit d’un test de crédibilité pour la politique gazière du Nigeria. Pour Ogun, c’est une occasion de relier industrie, port et énergie. Pour les investisseurs, la question reste la même qu’en 2013 : le projet peut-il enfin passer des annonces à une construction effectivement financée ?