À Porto-Novo, le livre ne se limite pas aux rayonnages des librairies. Il devient aussi un espace de transmission, de débat et de mémoire. Dans ce paysage, Stephens Akplogan occupe une place singulière : écrivain, biographe, essayiste et acteur de l’édition, il travaille au croisement de la création littéraire et de la circulation des savoirs.

Son parcours illustre une évolution importante du secteur culturel béninois. Les professionnels du livre ne sont plus seulement des auteurs. Ils deviennent également éditeurs, accompagnateurs de projets, animateurs de rencontres et médiateurs entre les institutions, les chercheurs et le public.

Un parcours entre philosophie, enseignement et édition

Originaire de Porto-Novo, Stephens Akplogan a étudié la psychologie et les sciences de l’éducation à Cotonou, puis la philosophie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, au Sénégal. Cette double formation nourrit une écriture attentive aux trajectoires individuelles, aux idées et aux transformations de la société.

Il se présente comme un écrivain-biographe et revendique une production d’une quinzaine d’ouvrages. Son travail couvre plusieurs genres. Il comprend notamment l’essai, le roman et la biographie. Il enseigne également à l’Institut national des métiers d’art, d’archéologie et de la culture de l’Université d’Abomey-Calavi.

Depuis plusieurs années, il dirige les activités de L’Harmattan au Bénin. La collection consacrée au pays réunit des ouvrages de littérature, de sciences humaines et de réflexion politique. Le catalogue officiel de la maison d’édition présente aussi plusieurs livres signés par Stephens Akplogan, dont une biographie consacrée à l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo. La fiche éditoriale de l’ouvrage sur Edem Kodjo indique une publication en septembre 2025.

L’édition comme espace de discussion publique

Au Bénin, les activités de la maison d’édition ne se limitent pas à la publication et à la vente de livres. Elles comprennent aussi une librairie et un salon intellectuel. Ce lieu accueille des échanges autour des questions de société, de la culture et des savoirs spécialisés.

Les premières rencontres organisées dans ce cadre ont réuni des personnalités issues de la politique, de l’université, de la religion et de la culture. Cette programmation traduit une volonté : créer un dialogue régulier entre les producteurs de connaissances et un public plus large.

Cette fonction est importante dans un pays où les débats publics sont souvent concentrés dans les institutions politiques ou les médias. Un salon intellectuel peut offrir un autre rythme. Il permet de revenir sur une œuvre, d’expliquer une notion ou de confronter des expériences sans réduire la discussion à l’actualité immédiate.

La démarche rejoint également une initiative engagée avec l’Assemblée nationale. En août 2024, Stephens Akplogan avait présenté un projet visant à rendre les lois votées plus accessibles au public. L’objectif était de publier ces textes dans une forme plus lisible afin de faciliter leur circulation et leur compréhension. Le compte rendu de cette rencontre institutionnelle décrit cette orientation vers la médiation juridique.

Biographier pour préserver des trajectoires africaines

La biographie constitue le cœur le plus visible de son travail. Stephens Akplogan explique qu’il distingue la biographie de l’autobiographie accompagnée, souvent appelée « ghost-writing », lorsqu’une personne confie à un écrivain la rédaction de son propre récit.

Dans son cas, il affirme signer les biographies qu’il réalise. Il a travaillé sur plusieurs personnalités africaines, notamment l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo et le ministre congolais Henri Djombo. Il a également consacré des travaux à l’ancien archevêque de Cotonou Antoine Ganyé et à l’acteur béninois d’origine nigériane Djimon Hounsou.

La biographie ne consiste pas uniquement à aligner des dates. Elle oblige à replacer une vie dans son époque. Pour une personnalité politique, cela suppose de revenir sur les institutions, les crises et les décisions qui ont marqué son parcours. Pour un artiste ou un écrivain, il faut aussi restituer les influences, les ruptures et les milieux de création.

Cette approche donne à la biographie une portée documentaire. Elle contribue à conserver des témoignages, des archives et des interprétations qui pourraient disparaître. Elle permet aussi aux nouvelles générations de découvrir des figures qui ont participé à l’histoire politique, culturelle ou intellectuelle du continent.

Paul Hazoumé, une œuvre encore ouverte

Parmi les écrivains béninois, Paul Hazoumé occupe une place centrale dans la réflexion de Stephens Akplogan. Né à Porto-Novo en 1890 et mort à Cotonou en 1980, Paul Hazoumé fut à la fois écrivain, ethnologue, enseignant et homme politique. Son roman historique Doguicimi et ses travaux sur les sociétés du Dahomey ont marqué la littérature et les sciences sociales africaines. Une notice biographique consacrée à Paul Hazoumé rappelle l’importance de cette œuvre dans l’histoire littéraire africaine.

Stephens Akplogan lui a consacré plusieurs ouvrages. Il voit dans l’œuvre de Paul Hazoumé un projet à la fois anthropologique et philosophique. Selon cette lecture, ses textes ne décrivent pas seulement une société ancienne. Ils interrogent aussi la culture, la transmission, l’identité et la relation entre les expériences particulières et l’universel.

Cette relecture intervient dans un contexte où les littératures africaines cherchent à reprendre possession de leurs archives et de leurs catégories d’analyse. Le défi ne consiste pas à isoler les œuvres africaines du reste du monde. Il s’agit plutôt de les étudier à partir de leurs propres contextes historiques, linguistiques et intellectuels.

Un nouvel ouvrage de Stephens Akplogan consacré à Paul Hazoumé a été annoncé pour mars 2026. Il porte sur la littérature initiatique et la dialectique de l’universel. La notice éditoriale de ce livre confirme sa publication en français.

Un métier qui cherche son équilibre économique

Au-delà de la vocation, Stephens Akplogan défend l’idée que l’écriture peut constituer une activité professionnelle. Il parle d’une « écriture d’affaires », liée à la commande, au conseil éditorial et à l’accompagnement de personnalités ou d’organisations dans la conception de leurs ouvrages.

Cette position met en lumière une réalité souvent peu discutée : le secteur du livre africain repose sur plusieurs métiers complémentaires. L’auteur écrit. L’éditeur sélectionne et structure. Le correcteur améliore le texte. Le maquettiste prépare l’objet. Le libraire organise sa diffusion. Chacun participe à la création de valeur.

Dans l’espace ouest-africain, cette chaîne reste confrontée à des difficultés concrètes : coûts d’impression, distribution entre les pays, accès aux librairies et faiblesse des réseaux de lecture publique. Toutefois, les initiatives locales montrent aussi une volonté de bâtir des solutions adaptées aux réalités du marché régional.

Le parcours de Stephens Akplogan s’inscrit dans cette dynamique. Depuis le Bénin, pays membre de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, il travaille sur des figures béninoises, togolaises et congolaises. Son activité rappelle que la circulation des idées africaines ne passe pas uniquement par les grandes capitales éditoriales étrangères.

Elle peut aussi se construire à Cotonou, à Porto-Novo, à Dakar, à Lomé ou à Brazzaville, au fil des collaborations, des livres et des rencontres. L’enjeu, pour les prochaines années, sera de consolider ces passerelles afin que les œuvres africaines soient davantage produites, diffusées et discutées depuis le continent.