Entre la mémoire d’un grand-père disparu et la transmission d’une langue camerounaise, Rose Black transforme une chanson intime en récit familial. Avec « Ngeda (Live Session) », l’artiste donne une nouvelle ampleur à un titre chanté en bassa’a, tout en affirmant une identité musicale construite entre le Cameroun et la France.

Une prière familiale portée par plusieurs voix

La nouvelle session live s’ouvre sur la voix du père de Rose Black. Ce choix place immédiatement le morceau dans une histoire de filiation. La chanteuse y rend hommage à son grand-père, Jean Henri Mahop, à travers une interprétation qu’elle présente comme une prière.

Dans cette version enregistrée en public, les choristes entourent la voix principale et donnent au titre une dimension collective. Le souvenir n’est donc plus seulement celui d’une artiste. Il devient une parole partagée entre plusieurs générations.

La sortie de « Ngeda (Live Session) » est référencée au 2 octobre 2026 sur les plateformes musicales. Le morceau prolonge « Ngeda », publié en version studio le 8 novembre 2025. Les fiches de diffusion disponibles en ligne confirment la présence de Rose Black au chant et de plusieurs choristes dans la session live, sous une production indépendante portée par l’artiste. La fiche de diffusion de Ngeda (Live Session) indique notamment une durée de quatre minutes et trois secondes.

Le titre s’inscrit ainsi dans une temporalité en deux temps. La version studio a installé le récit. La session filmée le rend plus visible et plus incarné. Elle permet aussi à Rose Black de faire entendre la place de la famille dans son univers artistique.

Le bassa’a comme langue de création

Rose Black, de son vrai nom Bernadette Rose Ndiki Mahop, a grandi dans une famille de choristes. Cette origine explique en partie l’importance accordée aux harmonies vocales et au dialogue entre voix soliste et chœur.

Partie du Cameroun pour la France en 2018, elle y a commencé à enregistrer dès la même année. Son travail s’appuie sur une base afro-pop, à laquelle elle associe des éléments de néo-soul et des textures électroniques.

Mais la langue occupe une place croissante dans cette trajectoire. Le bassa’a, parlé notamment dans des zones du Centre et du Littoral camerounais, devient chez elle un outil de narration. Il ne sert pas seulement à colorer la musique. Il porte les émotions, les liens familiaux et les références spirituelles.

Cette démarche rejoint une réalité plus large de la création camerounaise. De nombreux artistes utilisent les langues nationales pour élargir leur public sans renoncer à la précision de leur récit. Le choix du bassa’a permet à Rose Black de s’adresser à la diaspora, tout en conservant une adresse directe aux auditeurs qui reconnaissent cette langue et ses sonorités.

« Voix Noire », un projet autour de la transmission

« Ngeda » appartient au projet « Voix Noire », lancé par Rose Black en 2025. L’ensemble associe chansons et narration autour de la mémoire des ancêtres, de la spiritualité et des expériences familiales.

Le projet s’est construit par étapes. « Massé » en constitue l’un des premiers chapitres. Puis « Mè Tama », publié en juillet 2025, a prolongé cette recherche. Le titre signifie « toute seule » en bassa’a. Il raconte la parole d’une orpheline qui s’adresse à Dieu et exprime le manque.

Cette continuité donne à « Ngeda » une portée particulière. Le morceau ne se limite pas à un hommage individuel. Il participe à une réflexion sur ce qui reste après la disparition d’un proche : les voix, les langues, les gestes et les récits transmis dans la famille.

La publication de « Mè Tama » avait déjà été signalée par le média culturel panafricain Aipate, qui présentait Rose Black comme une chanteuse camerounaise installée en France et décrivait le morceau comme une rencontre entre afrobeat et influences R&B. La présentation de Mè Tama par Aipate confirme la place de la langue bassa’a dans cette série de sorties.

Une esthétique entre héritage et indépendance

La session live a été tournée en extérieur. Rose Black y apparaît derrière un microphone vintage, près d’une Peugeot 404 cabriolet rouge. Ce décor établit un lien visuel entre plusieurs époques : la technologie actuelle de la diffusion musicale et les objets associés aux générations précédentes.

La voiture n’est pas seulement un élément de décor. Elle rappelle une période où les modèles Peugeot circulaient largement dans plusieurs pays africains, notamment dans les années 1960 et 1970. Dans le clip, cet objet ancien accompagne une chanson tournée vers la mémoire. Le passé devient ainsi un cadre, sans enfermer la création dans la nostalgie.

Rose Black défend par ailleurs un modèle d’artiste indépendante. Elle publie ses morceaux sous son propre nom et assure elle-même une partie de la chaîne de production. Les crédits de la session indiquent notamment Rose Ndiki à la composition et à l’écriture, ainsi qu’un travail de mixage et de mastering associé à son équipe. La fiche Apple Music du single Ngeda répertorie sa sortie studio en 2025.

Ce fonctionnement lui laisse une marge importante dans les choix de langue, de récit et d’image. Il implique aussi une responsabilité accrue pour une artiste qui doit organiser elle-même la diffusion, la promotion et la production de ses œuvres.

Un écho au-delà du Cameroun

Le parcours de Rose Black illustre les circulations actuelles de la musique camerounaise. L’artiste vit en France, mais son répertoire reste ancré dans une mémoire familiale et linguistique liée au Cameroun. Cette double inscription correspond à l’expérience de nombreux créateurs de la diaspora.

À l’échelle de l’Afrique centrale, cette démarche rappelle que la modernité musicale ne passe pas nécessairement par l’abandon des langues locales. Elle peut, au contraire, s’appuyer sur elles pour produire des œuvres capables de voyager.

La suite de « Voix Noire » sera donc à suivre sur deux plans. D’un côté, il faudra observer comment Rose Black développera son récit familial. De l’autre, la réception de ses chansons montrera jusqu’où une création en bassa’a peut circuler entre le Cameroun, la diaspora et les plateformes internationales.