La hausse des matières premières ne produit pas le même effet partout. Pour les pays africains qui importent leur pétrole et une grande partie de leurs denrées, elle alourdit la facture extérieure. Pour les économies minières, elle ouvre au contraire une fenêtre de revenus. Mais cette embellie dépend autant des prix que de la capacité des États à transformer la rente en réserves, en investissements et en recettes publiques.
Un choc favorable aux producteurs de métaux
Les dernières données de la Banque mondiale confirment la vigueur du mouvement. Dans sa série mensuelle « Pink Sheet », l’institution suit l’évolution des principaux marchés mondiaux de matières premières. Le cuivre a atteint 14 474 dollars la tonne en septembre 2026, contre 9 947 dollars en moyenne en 2025. Le métal a donc progressé de plus de 45 % en un an.
L’or a également changé d’échelle. Son prix moyen s’est établi à 4 319 dollars l’once en septembre 2026. Il reste ainsi très supérieur à la moyenne de 3 442 dollars enregistrée en 2025 et à celle de 2 388 dollars en 2024. L’aluminium et le zinc évoluent eux aussi à des niveaux élevés.
Cette évolution modifie les termes de l’échange, c’est-à-dire le rapport entre le prix des exportations et celui des importations. Les pays qui vendent du cuivre ou de l’or gagnent davantage pour chaque tonne exportée. Toutefois, le résultat final dépend de la production, des coûts miniers, des contrats et de la part effectivement captée par le budget national.
En RDC, plus de devises mais une rente à mieux capter
La République démocratique du Congo, dont la capitale est Kinshasa, se trouve au cœur de cette dynamique. Le cuivre et le cobalt représentent l’essentiel de ses exportations minières. Ils fournissent aussi une grande partie des devises nécessaires au financement des importations et au soutien du franc congolais.
Le Fonds monétaire international considère depuis plusieurs mois que les cours des minerais soutiennent la position extérieure congolaise. Dans ses projections, il retenait encore des prix du cuivre nettement inférieurs aux niveaux observés en septembre 2026. L’écart peut donc améliorer mécaniquement la valeur des exportations si les volumes restent stables.
Cette amélioration donne davantage d’oxygène à Kinshasa. Elle peut renforcer les réserves internationales, soutenir la monnaie et accroître les recettes fiscales liées au secteur extractif. Le FMI relevait déjà une stabilité du franc congolais depuis la fin de 2025, en partie liée à l’amélioration des revenus miniers.
Le mécanisme comporte cependant une limite. Un cours élevé ne garantit pas une hausse équivalente des recettes publiques. Les sociétés minières déduisent leurs coûts d’exploitation. Les contrats, les régimes fiscaux, les remboursements et la structure de propriété déterminent ensuite la part revenant à l’État.
La RDC doit donc arbitrer entre l’augmentation rapide des exportations et la consolidation d’une filière plus intégrée. Le débat ne porte plus seulement sur le volume extrait. Il concerne aussi la transformation locale, la transparence des contrats et la capacité à financer les infrastructures dans les provinces minières.
La Zambie veut convertir le cuivre en redressement durable
À Lusaka, la hausse du cuivre intervient dans une économie encore marquée par le défaut de paiement de 2020 et la restructuration de la dette. Le métal représente environ les deux tiers des recettes d’exportation zambiennes. Une variation des cours se transmet donc rapidement au compte courant, aux réserves et aux finances publiques.
Le FMI projetait un excédent courant d’environ 1,7 % du produit intérieur brut en 2026. Il estimait aussi qu’une baisse de 10 % du prix du cuivre pouvait suffire à faire basculer cet excédent vers un déficit. La remontée actuelle joue dans le sens inverse, mais elle ne supprime pas la vulnérabilité.
La Zambie vise une production de trois millions de tonnes de cuivre par an à l’horizon 2031. Pour atteindre cet objectif, elle doit attirer des capitaux, sécuriser son approvisionnement électrique et accélérer l’ouverture de nouvelles capacités. Le FMI souligne également l’importance de la transformation locale et de la diversification vers l’agro-industrie, le tourisme et le textile.
Pour les ménages zambiens, l’effet de la hausse n’est pas immédiat ni uniforme. Les régions minières peuvent bénéficier de l’emploi et des contrats de sous-traitance. Dans les zones rurales éloignées du Copperbelt, les gains restent plus indirects. Ils dépendent des dépenses publiques, de l’accès à l’électricité et des investissements dans les routes.
Au Ghana, l’or améliore les comptes mais expose le budget
Le Ghana offre une autre lecture de la flambée des métaux. À Accra, l’or représente désormais plus de la moitié des exportations, contre environ un cinquième en 2021. La hausse des cours s’est combinée à une progression de la production et à une formalisation accrue de l’or artisanal et des petites exploitations.
Selon le FMI, le Ghana a exporté environ 104 tonnes d’or artisanal en 2025, pour une valeur de 10,9 milliards de dollars, soit 9,5 % du PIB. Le dispositif public GoldBod, créé pour encadrer les achats et les exportations, a ainsi joué un rôle central dans l’entrée de devises.
Cette manne a contribué à l’amélioration du compte courant, au renforcement des réserves et à l’appréciation du cedi. Le FMI estime que la monnaie ghanéenne s’est appréciée de 41 % en termes nominaux face au dollar en 2025. La baisse de l’inflation et l’amélioration de la liquidité en devises ont aussi soutenu la stabilisation macroéconomique.
Le modèle reste toutefois coûteux. Le programme d’achat public d’or a généré des risques pour le bilan de la Banque du Ghana. Le FMI a également alerté sur la faiblesse des recettes fiscales issues de l’or artisanal, la contrebande et les dégâts environnementaux liés à l’exploitation illégale.
La question est donc celle de la gouvernance. Centraliser les achats peut réduire les sorties informelles et améliorer la traçabilité. Mais le dispositif doit publier ses coûts, ses marges et ses transferts au budget. Sans cette transparence, la hausse des exportations peut masquer une rente publique limitée.
Le risque d’un nouveau cycle de dépendance
La RDC, la Zambie et le Ghana ne sont pas les seuls pays africains à profiter des cours actuels. L’Afrique du Sud, le Mali et le Burkina Faso bénéficient également de la vigueur de l’or, avec des effets différents selon leurs volumes, leurs régimes fiscaux et leur stabilité institutionnelle.
Le contraste est plus net avec les importateurs de pétrole et de produits alimentaires. Pour eux, la flambée des matières premières renchérit les transports, l’électricité et les produits de base. Les banques centrales doivent alors contenir l’inflation, tandis que les gouvernements cherchent à protéger les ménages sans aggraver leurs déficits.
Pour les producteurs miniers, le principal enjeu consiste à éviter une dépendance accrue à des cours qu’ils ne contrôlent pas. La hausse peut financer des infrastructures, renforcer les réserves et réduire la pression sur la dette. Elle peut aussi retarder les réformes si les recettes semblent faciles.
La prochaine étape sera donc décisive. Les investisseurs observeront la production de cuivre en RDC et en Zambie. Les marchés suivront la capacité du Ghana à rendre GoldBod soutenable. Les populations, elles, mesureront surtout les effets sur l’emploi, les prix et les services publics. C’est à cette échelle que se jugera la portée réelle de l’embellie minière.