À Madagascar, le projet Volobe Amont revient au centre des discussions énergétiques après une décennie de préparation. Le 30 septembre 2026, l’État malgache et les partenaires de cette centrale hydroélectrique ont formalisé un accord autour de six leviers destinés à rendre le projet plus réalisable. Cette étape ne vaut pas encore bouclage financier. Elle cherche cependant à débloquer les conditions qui freinent encore le chantier.

Un projet lié à la crise structurelle de l’électricité

Volobe Amont doit être construit sur le fleuve Ivondro, dans l’est de Madagascar. Sa puissance prévue atteint 120 mégawatts. La centrale devrait produire environ 750 gigawattheures par an, selon les données communiquées par EDF Renouvelables et les partenaires du projet.

L’enjeu dépasse donc la seule construction d’un barrage. Il concerne la stabilité du réseau, le coût de production et la capacité de la JIRAMA, la société publique malgache chargée de l’électricité et de l’eau, à servir les ménages et les entreprises.

La Banque mondiale estime que seuls 36 % de la population malgache disposent actuellement d’un accès fiable à l’électricité. L’institution relie cette situation à plusieurs facteurs : la dépendance aux groupes fonctionnant au diesel, les pertes techniques et commerciales du réseau, ainsi que des tarifs qui ne couvrent pas toujours les coûts du service. Ces difficultés touchent directement les activités économiques, mais aussi les foyers qui doivent composer avec une alimentation irrégulière.

Dans ce contexte, une production hydroélectrique régulière pourrait réduire le recours aux centrales thermiques. Elle ne suffira toutefois pas à elle seule. Le transport de l’électricité, la maintenance du réseau et la situation financière de la JIRAMA resteront déterminants.

Six leviers pour rapprocher le projet du financement

L’accord signé au Palais d’État d’Iavoloha est l’aboutissement d’une table ronde organisée en août 2026. Des ateliers techniques et institutionnels ont ensuite approfondi les options retenues. Le communiqué de la Compagnie Générale d’Hydroélectricité de Volobe présente ces six leviers comme un cadre commun pour poursuivre le développement du projet.

Les discussions portent notamment sur la participation de l’État au capital, la fiscalité applicable, les conditions commerciales, le financement et les infrastructures associées. Elles doivent aussi clarifier les responsabilités de chaque partie avant l’ouverture complète de la phase de construction.

La participation publique prévue représente 20 % de la société de projet au moment du bouclage financier. La structure actuelle réunit AXIAN Energy à hauteur de 37,5 %, EDF Renouvelables à 37,5 % et Africa50 à 25 %. Cette répartition a été confirmée lors de l’entrée d’EDF dans le consortium, en avril 2025, comme le rappelle Africa50.

Le choix d’un actionnariat associant un groupe panafricain, un acteur malgache et un opérateur international traduit une volonté de réunir des compétences différentes. Africa50 apporte son expérience dans le financement d’infrastructures africaines. AXIAN connaît le marché malgache. EDF Renouvelables doit contribuer à l’expertise technique et à la gestion du futur ouvrage.

Le contrat de vente de l’électricité demeure toutefois un point central. La JIRAMA devra acheter la production de Volobe à un prix compatible avec ses capacités financières. Le tarif final devra aussi permettre aux investisseurs de couvrir leurs coûts et de rembourser les financements. Cet équilibre est essentiel, car un prix trop élevé alourdirait le déficit de la société publique, tandis qu’un prix trop bas pourrait fragiliser le montage financier.

Une infrastructure attendue par les ménages et les entreprises

Les promoteurs annoncent une production capable d’alimenter plus de deux millions de Malgaches. Ils estiment également que la centrale pourrait accroître la capacité nationale de production d’environ 20 %. Ces projections doivent encore être mises en regard de l’état réel du réseau et de la progression de la demande, notamment à Antananarivo, à Toamasina et dans les zones industrielles.

Les bénéfices ne seront pas identiques selon les territoires. Les centres urbains pourraient profiter plus rapidement d’une meilleure disponibilité du courant, car ils sont déjà connectés aux principaux réseaux. Les zones rurales, elles, dépendront de l’extension des lignes et de solutions décentralisées, comme les mini-réseaux solaires ou les petits systèmes hybrides.

Le chantier pourrait aussi créer des emplois pendant la construction. Africa50 évoque jusqu’à 1 000 emplois directs. Les retombées locales dépendront cependant des marchés attribués aux entreprises malgaches, de la formation proposée et des infrastructures réalisées autour du site.

Le projet devra enfin respecter des exigences environnementales et sociales. Un aménagement hydroélectrique modifie les usages de l’eau et peut affecter les communautés installées près du cours d’eau. La transparence sur les études d’impact, les compensations et les mécanismes de réclamation sera donc aussi importante que le financement.

Un test pour la crédibilité économique de Madagascar

Le calendrier de Volobe s’inscrit dans une période politique et économique délicate. La transition dirigée par Michaël Randrianirina cherche à maintenir les grands projets d’investissement tout en rassurant les partenaires extérieurs. Le dossier énergétique est suivi de près dans ce cadre, notamment depuis les échanges consacrés à Volobe lors de la mission européenne du chef de l’État malgache en septembre 2026, rapportés par le média malgache Newsmada.

Pour les investisseurs, la prochaine étape sera la traduction concrète des six leviers. Il faudra notamment confirmer le tarif d’achat de l’électricité, finaliser les engagements de l’État, sécuriser les garanties et arrêter le plan de financement. La sélection des entreprises chargées de l’ingénierie, de l’approvisionnement et de la construction devra ensuite s’insérer dans ce calendrier.

À l’échelle régionale, Volobe intéresse aussi l’Afrique australe. Madagascar est membre de la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe, qui encourage l’interconnexion des réseaux et la coopération énergétique entre ses États membres. Le projet reste principalement destiné au marché malgache, mais sa réussite renforcerait la place de l’île dans les discussions régionales sur les énergies renouvelables.

La portée continentale du dossier tient surtout à son modèle. Madagascar possède un potentiel hydroélectrique important, mais peine encore à transformer cette ressource en capacité opérationnelle. Volobe montrera si un partenariat réunissant capitaux africains, expertise privée et participation publique peut produire une électricité plus fiable sans aggraver les déséquilibres financiers de l’opérateur national.

Le projet franchit donc une étape politique et contractuelle, mais pas encore la dernière étape financière. Le prochain indicateur sera la conclusion des accords commerciaux et des garanties. C’est à ce moment que l’ambition de produire une énergie moins coûteuse pourra être confrontée aux réalités du réseau, du budget public et de la demande malgache.