En Zambie, chaque mégawatt solaire compte désormais double. Il doit répondre à une demande électrique en hausse, tout en réduisant l’exposition du pays aux variations de la production hydroélectrique. Dans ce contexte, le projet Kafue Solar franchit une étape décisive après plusieurs années de préparation.
Un projet solaire qui entre enfin dans sa phase d’exécution
Le projet Kafue Solar a atteint son bouclage financier fin septembre 2026. Cette étape permet de passer du développement à la construction. L’installation sera située près de Kafue, dans la province de Lusaka, à proximité de la capitale zambienne.
Développé par Globeleq, le site comprendra deux centrales photovoltaïques voisines de 20 MWac chacune. Sa capacité contractuelle atteindra donc 40 MWac, pour une puissance installée de 56 MWp. Le mégawatt-crête désigne la puissance maximale théorique des panneaux dans des conditions standard, tandis que le MWac correspond à la puissance effectivement délivrée en courant alternatif.
Le projet devrait produire environ 123 GWh d’électricité par an. ZESCO, l’entreprise publique zambienne chargée de la production, du transport et de la distribution d’électricité, achètera l’énergie produite. La première injection est annoncée pour octobre 2027, sous réserve du respect du calendrier de construction.
Le financement associe notamment la banque néerlandaise de développement FMO et British International Investment, l’institution britannique destinée au financement du développement. Les conditions précises de la dette et des fonds propres n’ont pas été détaillées publiquement dans leur totalité.
Kafue Solar est issu du programme GET FiT Zambia. Ce mécanisme, mis en place par le ministère zambien de l’Énergie avec l’appui de la banque allemande KfW, vise à attirer des producteurs privés grâce à des appels d’offres compétitifs et à des contrats d’achat d’électricité structurés.
Le projet avait été attribué à Globeleq en 2019. Il aura donc fallu environ sept ans entre cette attribution et le bouclage financier, une durée qui illustre les délais souvent nécessaires pour sécuriser les autorisations, les contrats, le raccordement au réseau et les garanties financières d’un projet énergétique.
La diversification devient une priorité nationale
Pour la Zambie, Kafue Solar ne représente pas seulement une nouvelle centrale. Le projet s’inscrit dans une réorientation plus large du système électrique national. La sécheresse de 2024 a rappelé les risques liés à une forte dépendance à l’hydroélectricité, qui occupe historiquement une place centrale dans le bouquet électrique zambien.
Lorsque les barrages produisent moins, les conséquences touchent directement les ménages, les commerces et les industries. Les entreprises minières du Copperbelt, notamment, ont besoin d’une alimentation plus régulière pour maintenir leurs activités. Dans les zones rurales, les interruptions affectent aussi les services essentiels, les petites entreprises et les chaînes de froid.
L’énergie solaire peut contribuer à réduire cette vulnérabilité, mais elle ne règle pas seule la question de la stabilité du réseau. Sa production varie selon l’ensoleillement. La Zambie devra donc renforcer ses lignes de transport, améliorer la gestion de la demande et associer le solaire à des capacités de stockage ou à d’autres sources pilotables.
Le gouvernement vise une hausse importante de la capacité nationale de production au cours des prochaines années. Le ministère de l’Énergie a indiqué que Kafue Solar faisait partie d’un portefeuille GET FiT de 120 MW. ZESCO a, de son côté, signalé que plusieurs centaines de mégawatts solaires se trouvaient à différents stades de développement.
Le projet doit également générer des retombées locales pendant sa construction. Globeleq annonce plus de 200 emplois temporaires sur le chantier. L’effet durable dépendra toutefois de la part des entreprises zambiennes dans les travaux, de la formation de techniciens locaux et de la capacité du réseau à acheminer l’électricité vers les centres de consommation.
Globeleq élargit son empreinte autour de Lusaka
Kafue Solar n’est pas une opération isolée. En mars 2026, Globeleq a finalisé l’acquisition de 51 % de Lunsemfwa Hydro Power Company, connue sous le sigle LHPC. Les 49 % restants sont détenus par Wanda Gorge Investments, une société d’investissement basée en Zambie.
LHPC exploite deux centrales hydroélectriques totalisant 56 MW. L’entreprise développe également une installation solaire de 27 MWp et dispose d’une licence de négoce au sein du Southern African Power Pool, le marché régional de l’électricité qui relie les opérateurs de plusieurs pays d’Afrique australe.
Cette acquisition donne à Globeleq une présence directe dans l’hydroélectricité zambienne et un accès renforcé aux échanges régionaux. Elle complète le projet Kafue, centré sur le solaire, au lieu de reproduire une seule technologie dans le portefeuille national.
Le groupe a aussi lancé Leopards Hill, près de Lusaka, en avril 2026. Ce complexe doit associer 250 MWp de panneaux solaires à une batterie de 150 MW, capable de stocker jusqu’à 600 MWh. Le stockage doit permettre de déplacer une partie de l’électricité produite en journée vers les périodes de forte demande.
Globeleq porte par ailleurs le projet éolien de Mpika, annoncé à 300 MW. Ces actifs restent à des niveaux de maturité différents. Le calendrier, les contrats d’achat et les conditions de financement devront encore être confirmés pour chacun d’eux.
Un enjeu qui dépasse les frontières zambiennes
L’implantation de Globeleq intervient dans un marché régional marqué par des déficits d’électricité et par une demande soutenue des secteurs minier, industriel et urbain. La Zambie peut produire davantage pour son propre réseau, mais aussi renforcer ses échanges avec ses voisins grâce au Southern African Power Pool.
Cette perspective reste conditionnée par la capacité des interconnexions et par la solidité financière des acheteurs d’électricité. Un projet peut être techniquement prêt sans pouvoir livrer son énergie si les lignes manquent ou si les contrats commerciaux restent fragiles.
Le prochain rendez-vous sera le financement définitif de Leopards Hill, que Globeleq vise d’ici la fin de 2026. La réussite de cette opération dira si la Zambie parvient à transformer l’intérêt des investisseurs en capacités effectivement raccordées.
À court terme, Kafue Solar servira donc de test concret. Le pays devra démontrer qu’il peut réduire les délais, sécuriser ses infrastructures et faire fonctionner ensemble producteurs privés, opérateur public et marché régional. Pour les Zambiens, l’enjeu ne se limite pas à ajouter des panneaux : il s’agit d’obtenir une électricité plus disponible, plus prévisible et mieux répartie entre les centres urbains, les régions productives et les territoires ruraux.