À Gaborone, la question n’est plus seulement de savoir combien de temps les diamants financeront l’économie. Elle consiste désormais à préparer l’après-diamant, sans renoncer à la valeur créée par cette industrie. Le cuivre, le nickel, le cobalt et le manganèse offrent une piste, mais ils ne garantissent pas encore une nouvelle prospérité.
Un virage minier dans une économie sous pression
Le Botswana reste l’un des grands producteurs mondiaux de diamants. Pourtant, le ralentissement de la demande et la baisse des ventes ont rappelé la fragilité d’un modèle très concentré. Les diamants ont représenté environ 80 % des exportations du pays au cours des dernières années, ainsi qu’un quart de son produit intérieur brut selon les données citées par le Fonds monétaire international.
Cette dépendance pèse directement sur les recettes publiques, l’emploi et les investissements. Elle explique l’urgence de diversifier les activités productives. Le gouvernement botswanais cherche donc à développer d’autres segments miniers, mais aussi à renforcer la transformation locale et les secteurs non extractifs.
Le défi s’inscrit dans un environnement régional particulier. Le Botswana appartient à la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui réunit notamment l’Afrique du Sud, la Zambie, la Namibie et la Tanzanie. Cette proximité place le pays au contact de plusieurs bassins miniers déjà structurés, tout en lui offrant des débouchés logistiques et industriels.
Selebi confirme le potentiel du cuivre et du nickel
Le projet de Selebi, dans l’est du Botswana, vient de franchir une nouvelle étape. NexMetals Mining a annoncé, le 1er octobre 2026, une révision à la hausse des ressources minérales du site. L’estimation fait apparaître 495 400 tonnes de cuivre et 316 800 tonnes de nickel contenus dans les ressources identifiées.
La société indique que le tonnage total a progressé de 72 % par rapport à l’estimation publiée en 2024. Le cobalt figure également dans le potentiel géologique du projet. Ce métal est utilisé dans certaines chimies de batteries et demeure recherché par les industriels qui cherchent à sécuriser leurs approvisionnements.
Ces chiffres décrivent une ressource minérale. Ils ne correspondent pas encore à une production commerciale. Avant toute décision d’exploitation, NexMetals devra préciser les coûts, les méthodes de traitement, les infrastructures nécessaires et la rentabilité du projet. Les prochaines études économiques seront donc déterminantes.
Selebi possède néanmoins un avantage important. Le site a déjà été exploité par le passé. Les anciennes mines de Selebi et de Selebi North ont fonctionné jusqu’en 2016 sous l’égide de BCL, une entreprise minière et métallurgique détenue par l’État botswanais. Cette histoire industrielle peut faciliter certains travaux, même si la remise en état des installations et le financement d’une relance restent complexes.
Le projet voisin de Selkirk suit une trajectoire comparable. NexMetals y a signalé une hausse de 70 % du potentiel minéral défini en juin 2026. Le cuivre, le nickel et le cobalt y sont également associés. Pour l’instant, Selkirk se trouve encore à un stade d’évaluation. Le passage de l’exploration à la mine exigera des données techniques et financières plus solides.
Le manganèse ouvre une autre voie
La diversification ne repose pas uniquement sur le cuivre et le nickel. Le projet K.Hill, porté par Giyani Metals, vise la production de produits à base de manganèse destinés aux batteries pour véhicules électriques et aux systèmes de stockage d’énergie.
L’étude de faisabilité définitive publiée en mai 2026 évalue à environ 535 millions de dollars l’investissement initial nécessaire. Le modèle prévoit une exploitation et une unité de traitement capables de produire du manganèse de qualité batterie. Cette orientation distingue le projet d’une simple extraction de minerai brut.
K.Hill doit encore franchir plusieurs étapes avant une éventuelle décision finale d’investissement. Il faudra sécuriser le financement, confirmer les autorisations, organiser l’accès à l’eau et à l’énergie, puis établir les conditions commerciales avec les futurs acheteurs. La lettre d’intention pouvant atteindre 225 millions de dollars, évoquée avec l’Export-Import Bank des États-Unis, constitue un signal financier, mais elle ne vaut pas encore financement définitif.
Le projet pourrait toutefois contribuer à une ambition plus large : faire du Botswana un fournisseur de matériaux intermédiaires plutôt qu’un simple exportateur de ressources. Cette transformation est essentielle pour créer davantage d’emplois qualifiés et retenir une part plus importante de la valeur sur le territoire.
Des terres rares aux chaînes de valeur africaines
Les travaux d’exploration de Tsodilo Resources à Gcwihaba complètent ce paysage. La société étudie un potentiel en terres rares et en plusieurs minerais considérés comme stratégiques pour l’industrie numérique, les énergies renouvelables et les équipements électriques.
À ce stade, ces indications ne permettent pas de conclure à l’existence d’une future mine. Elles montrent cependant que le sous-sol botswanais pourrait être plus diversifié que ne le suggère son image de pays principalement associé aux diamants.
Cette évolution intervient alors que les États-Unis, la Chine, l’Union européenne et le Japon cherchent à réduire les risques liés à leurs chaînes d’approvisionnement. Le cuivre, le nickel, le cobalt, le manganèse et les terres rares sont devenus des ressources stratégiques. La concurrence entre investisseurs peut donc améliorer l’accès aux capitaux, mais elle renforce aussi le pouvoir de négociation des pays producteurs.
Le Botswana devra utiliser cette position avec prudence. Une nouvelle dépendance à quelques minerais critiques ne réglerait pas le problème actuel. Elle le déplacerait. La diversification devra donc inclure la transformation locale, la formation, la transparence des contrats et une meilleure articulation avec les entreprises botswanaises.
Le véritable test sera la production
Le pays a déjà renoué avec la production de cuivre au début des années 2020, notamment grâce aux opérations de Khoemacau et de Motheo. Toutefois, ses volumes restent modestes face à ceux de la République démocratique du Congo et de la Zambie, deux acteurs majeurs de la production africaine de cuivre.
Le Botswana dispose néanmoins d’atouts reconnus par les investisseurs : une longue expérience institutionnelle, un cadre minier établi et une réputation de stabilité relative en Afrique australe. Ces avantages ne suffiront pas si les projets ne deviennent pas compétitifs.
La prochaine étape consistera à convertir les estimations géologiques en décisions industrielles. Pour Selebi et Selkirk, cela signifie publier des études économiques crédibles et définir un calendrier de développement. Pour K.Hill, l’enjeu sera de réunir le capital nécessaire et de démontrer la viabilité d’une production de manganèse adaptée aux exigences des fabricants de batteries.
La réussite se mesurera aussi à l’impact local. Les habitants de Selebi-Phikwe attendent des emplois et une activité durable après la fermeture des anciennes mines. Les communautés proches de K.Hill devront bénéficier d’informations claires sur l’occupation des terres, l’eau et les retombées économiques. Dans les zones rurales, ces questions pèseront autant que les annonces faites dans les salles de marché.
Pour le Botswana, les minerais critiques représentent donc une possibilité, pas encore une garantie. Le pays peut tirer parti de la demande mondiale sans abandonner ses exigences de gouvernance. Sa place dans la nouvelle carte minière africaine dépendra moins du nombre de ressources annoncées que de sa capacité à produire, transformer et distribuer équitablement la valeur créée.
Pour suivre les données techniques du projet Selebi, consulter la présentation officielle de la mine de Selebi. Les éléments financiers de K.Hill sont détaillés dans la fiche du projet de manganèse au Botswana. Le contexte de dépendance aux diamants est également documenté dans le rapport du FMI sur l’économie botswanaise.