Aux Seychelles, le tourisme donne le ton à l’économie nationale. Après une année 2025 très dynamique, le ralentissement attendu en 2026 rappelle toutefois la fragilité d’un modèle fortement exposé aux liaisons aériennes, aux marchés internationaux et aux chocs géopolitiques.

Le Fonds monétaire international prévoit une croissance réelle de 1 % cette année, contre 5,8 % en 2025. Cette estimation préliminaire a été communiquée après une mission d’évaluation post-financement menée à Victoria du 21 au 30 septembre 2026.

Une économie seychelloise freinée après un rebond historique

Les Seychelles avaient connu une nette accélération en 2025. La croissance avait bénéficié d’une progression de 13 % des arrivées touristiques, selon la Banque mondiale. Le nombre de visiteurs avait alors dépassé le niveau de 2019, avant la crise sanitaire.

Le FMI estime désormais que cette dynamique ne se prolongera pas au même rythme. La baisse des arrivées observée au début de 2026 a directement pesé sur l’hébergement, la restauration, les transports et les activités liées aux visiteurs. Dans un archipel où les importations et les services touristiques occupent une place centrale, le choc se diffuse rapidement au reste de l’économie.

Le Fonds attribue principalement ce recul aux conséquences du conflit au Moyen-Orient. Les perturbations des liaisons aériennes ont affecté les déplacements internationaux, notamment entre mars et juin. Cette période correspond à une partie importante de la saison touristique seychelloise.

Les données nationales confirment néanmoins une amélioration progressive. La Seychelles News Agency, citant les statistiques du Bureau national des statistiques, indiquait que les arrivées restaient inférieures de 11,4 % sur les sept premiers mois de 2026 par rapport à la même période de 2025. En revanche, juillet avait marqué un premier redressement mensuel.

Le mouvement s’est poursuivi en août. Les Seychelles ont accueilli 34 987 visiteurs durant ce mois, soit 14,1 % de plus qu’en août 2025, selon les chiffres rapportés par la presse nationale. Ce rebond ne suffit pas encore à effacer les pertes du premier semestre, mais il alimente l’hypothèse d’une reprise graduelle au second semestre.

Inflation contenue, mais pression sur les entreprises publiques

Le ralentissement de l’activité ne s’est pas accompagné d’une forte poussée des prix. L’inflation en rythme annuel s’établissait à 0,9 % en août, d’après le FMI. Cette modération s’explique notamment par le faible transfert vers les consommateurs de la hausse des prix internationaux des matières premières.

Ce résultat repose toutefois en partie sur le rôle joué par les entreprises publiques. Certaines ont absorbé une partie de la hausse des coûts grâce à des mécanismes de subvention. Cette stratégie a limité l’impact immédiat sur les ménages, mais elle a fragilisé les bilans de ces entreprises.

Le FMI souligne que cette situation a également réduit les dividendes versés au budget de l’État. Le problème dépasse donc la seule question des prix. Il touche les recettes publiques, les marges de manœuvre budgétaires et la capacité des sociétés concernées à financer leurs investissements.

Pour les ménages, l’effet est contrasté. La stabilité des prix protège le pouvoir d’achat à court terme. Mais un ralentissement du tourisme peut réduire les revenus dans les hôtels, les restaurants, les transports et les petits commerces. Les travailleurs indépendants et les entreprises informelles peuvent être plus rapidement exposés que les salariés des secteurs protégés.

Des réserves extérieures encore solides

Le secteur extérieur est resté globalement stable malgré le choc touristique. Les réserves de change couvrent environ quatre mois d’importations, selon les conclusions de la mission du FMI. La roupie seychelloise est également demeurée relativement stable face au dollar américain.

Cette situation offre un amortisseur important à l’économie. Les Seychelles dépendent fortement des achats à l’étranger pour leur alimentation, leur énergie, leurs équipements et une partie de leurs biens de consommation. Des réserves suffisantes permettent de financer ces importations et de limiter les tensions sur la monnaie.

La stabilité extérieure ne signifie cependant pas l’absence de risques. Une baisse prolongée des recettes touristiques pourrait réduire les entrées de devises. Elle pèserait alors sur les comptes extérieurs et sur les ressources disponibles pour financer les importations, surtout si les prix de l’énergie ou du transport augmentent.

Après le programme du FMI, une nouvelle phase pour Victoria

La mission intervient après l’achèvement, en 2026, d’un programme de 26 mois soutenu par le FMI. Celui-ci associait le Mécanisme élargi de crédit, qui accompagne les réformes macroéconomiques, et le Mécanisme pour la résilience et la durabilité, consacré notamment aux enjeux climatiques.

Le programme visait à renforcer les recettes publiques, améliorer la gestion de la dette, préserver la stabilité financière et accroître la capacité d’adaptation face au changement climatique. Pour les autorités seychelloises, l’enjeu est désormais de maintenir ces acquis sans étouffer l’investissement ni affaiblir les secteurs productifs.

Le débat porte aussi sur la qualité de la croissance touristique. Une étude examinée par les autorités recommande de privilégier les visiteurs à plus forte contribution économique, de diversifier l’offre et d’améliorer les compétences disponibles dans le secteur. Cette orientation cherche à augmenter les revenus liés au tourisme sans pousser mécaniquement le nombre d’arrivées.

La question est stratégique pour un territoire insulaire. La croissance touristique dépend de la capacité aérienne, de l’environnement, de l’accès à l’eau, de la gestion des déchets et de la disponibilité de la main-d’œuvre. Elle doit donc être évaluée en fonction de ses recettes, mais aussi de ses coûts sociaux et écologiques.

Un signal suivi dans l’océan Indien

Le cas seychellois intéresse l’ensemble de l’Afrique de l’Est et de l’océan Indien. Les économies insulaires partagent une exposition élevée aux chocs extérieurs, notamment dans le tourisme, les transports maritimes, l’énergie et l’alimentation. Elles doivent également composer avec les effets du changement climatique sur les infrastructures et les littoraux.

Pour les Seychelles, la priorité des prochains mois sera de vérifier si le redressement observé en juillet et en août se confirme. Le niveau des arrivées, la connectivité aérienne, les recettes par visiteur et la solidité des entreprises publiques seront les principaux indicateurs à surveiller.

Le conseil d’administration du FMI doit examiner l’évaluation post-financement des Seychelles en décembre 2026. Cette étape permettra de préciser la lecture du Fonds sur la trajectoire économique de Victoria et sur les réformes nécessaires pour transformer le rebond touristique de 2025 en croissance plus régulière.