À Kinshasa, le recensement général de la population entre dans une étape visible : les agents chargés de cartographier les quartiers, les villages et les bâtiments commencent leur travail à partir du mardi 29 septembre 2026. Pour la République démocratique du Congo, l’enjeu dépasse le simple comptage. Il s’agit de remplacer des estimations anciennes par des données utilisables pour planifier les services publics.

Une opération préparée depuis plusieurs années

Le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat, ou RGPH2, intervient quarante-deux ans après le premier recensement national réalisé en 1984. Depuis, la population congolaise a fortement augmenté, tandis que les administrations ont souvent dû travailler avec des projections démographiques plutôt qu’avec un décompte récent.

Les autorités congolaises ont lancé les préparatifs au sein de l’Institut national de la statistique et du Bureau central du recensement. Le dispositif associe également plusieurs partenaires techniques, dont le Fonds des Nations unies pour la population, la Banque mondiale, l’UNICEF, le PNUD et la Banque africaine de développement.

Une table ronde organisée à Kinshasa le 23 mars 2026 a permis d’annoncer plus de 200 millions de dollars de contributions. Le budget initial du processus avait été évalué à environ 192 millions de dollars. La Banque africaine de développement a annoncé, de son côté, une contribution de 80 millions de dollars.

Cette mobilisation financière répond à une difficulté centrale : un recensement national doit couvrir un territoire immense, marqué par des écarts d’accessibilité, des infrastructures inégales et une situation sécuritaire instable dans plusieurs provinces.

La cartographie avant le dénombrement

La phase qui débute le 29 septembre ne consiste pas encore à compter définitivement chaque habitant. Les opérateurs cartographes doivent d’abord identifier les zones d’habitation, les lieux d’activité et les principaux bâtiments, notamment les écoles, les centres de santé, les commerces et les équipements administratifs.

Cette étape sert à découper le territoire en aires de dénombrement. Chacune regroupera un nombre défini de ménages afin de faciliter le travail des agents lors de la collecte principale. Les équipes doivent commencer par Kinshasa, avant d’étendre progressivement leurs opérations aux autres provinces.

Le Bureau central du recensement prévoit une collecte numérique. Des applications installées sur des tablettes doivent permettre d’enregistrer les informations géographiques, les ménages et les infrastructures. Des tests ont déjà été conduits dans plusieurs quartiers de Kinshasa, ainsi qu’à Masi-Manimba, dans la province du Kwilu.

Le site officiel du RGPH2 de la République démocratique du Congo présente la cartographie censitaire comme une étape destinée à délimiter les aires de dénombrement et à actualiser les documents hérités de 1984. Les anciennes cartes ne sont plus suffisamment adaptées à une collecte moderne.

Des chiffres attendus pour mieux gouverner

La cartographie doit durer environ trois mois. Elle fournira déjà des informations utiles sur la répartition des habitations et des activités. Elle préparera surtout le dénombrement prévu en 2027, au cours duquel les agents recueilleront les données individuelles des habitants.

Le calendrier communiqué par les autorités prévoit une opération de comptage d’environ deux semaines en juillet 2027. Plus de 100 000 personnes pourraient être mobilisées pour parcourir les territoires, les villes et les zones rurales.

Le recensement doit permettre de préciser l’âge, le sexe, l’activité et la localisation des habitants. Il devrait aussi améliorer la connaissance des ménages, des logements et des équipements collectifs. Ces informations sont essentielles pour dimensionner les écoles, les centres de santé, les réseaux d’eau, les routes et les programmes de protection sociale.

À Kinshasa, l’enjeu est particulièrement sensible. La capitale connaît une croissance urbaine rapide et une forte densité dans plusieurs communes. Pourtant, le nombre exact de ses habitants reste sujet à des estimations variables. Une base statistique plus solide aiderait à mieux répartir les investissements entre la capitale, les autres villes et les territoires ruraux.

Un test pour l’État et pour la confiance publique

La réussite de l’opération dépendra autant de la méthode que de la confiance des habitants. Les autorités locales, les chefs de quartier, les services de sécurité et les responsables communautaires ont été sensibilisés à leur rôle dans le processus, selon Radio Okapi.

Cette coordination devra éviter plusieurs difficultés : les doublons, les zones oubliées, les déplacements de population et les erreurs de localisation. Elle devra aussi rassurer les ménages sur l’usage des informations recueillies. Un recensement crédible suppose des règles claires sur la confidentialité et la protection des données.

La question sécuritaire pèsera également sur le calendrier. Les organisateurs affirment vouloir couvrir les zones affectées par les violences armées, notamment dans certaines parties du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Dans ces territoires, l’accès des agents dépendra toutefois de l’évolution de la situation et des arrangements locaux permettant leur protection.

Les populations déplacées représentent un autre défi. Certaines familles vivent loin de leur lieu d’origine, dans des sites temporaires, chez des proches ou dans des centres urbains. Leur prise en compte exigera une organisation spécifique afin d’éviter qu’elles ne soient absentes des résultats ou comptées plusieurs fois.

Une donnée nationale dans une région en mouvement

Pour la République démocratique du Congo, le RGPH2 arrive dans une période où les besoins de planification sont considérables. Le pays doit répondre à la croissance urbaine, à la demande d’emplois, à l’expansion des services sociaux et aux déplacements liés aux crises dans l’est.

Le recensement aura aussi une portée régionale. La RDC est membre de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui intervient notamment sur les questions de coopération économique et de sécurité régionale. Elle entretient également des liens étroits avec la Communauté d’Afrique de l’Est, dont elle est membre depuis 2022. Des données démographiques actualisées peuvent éclairer les politiques de mobilité, de commerce et d’aménagement dans ces espaces voisins.

À l’échelle de l’Union africaine, l’opération rappellera une exigence commune : les politiques publiques ne peuvent reposer durablement sur des estimations trop éloignées de la réalité. Le prochain point de passage sera la fin de la cartographie censitaire, puis la préparation du dénombrement annoncé pour juillet 2027. C’est à ce moment que la promesse statistique devra se transformer en résultats vérifiables.