Pour une petite entreprise ivoirienne, obtenir un crédit d’investissement reste souvent plus difficile que trouver un marché. La nouvelle ligne de refinancement accordée à COFINA doit précisément renforcer ce maillon entre le microcrédit et la banque classique.

Un financement régional pour élargir le crédit aux entreprises

La Banque ouest-africaine de développement (BOAD), l’institution de financement de l’espace UEMOA, a approuvé une ligne de refinancement de 10 milliards de francs CFA en faveur de COFINA Côte d’Ivoire. La décision a été prise lors de la 152e session du conseil d’administration de la banque, tenue le 24 septembre 2026 à Lomé, au Togo.

Cette enveloppe doit soutenir des crédits à moyen terme destinés aux petites et moyennes entreprises (PME) et aux petites et moyennes industries (PMI). Elle vise aussi l’inclusion financière, les projets verts et l’entrepreneuriat féminin. La BOAD n’a pas détaillé la part réservée à chacun de ces axes.

Dans les faits, la ressource ne sera pas versée directement à chaque entreprise. Elle doit renforcer la capacité de COFINA à distribuer des prêts. L’objectif est de financer des investissements qui nécessitent davantage de temps pour produire des revenus : équipements, extension d’activité, transformation, services numériques ou encore solutions énergétiques.

La décision publiée par la BOAD inscrit cette opération dans une série de financements destinés au secteur privé et à l’inclusion financière dans l’espace ouest-africain.

La mésofinance au cœur du dispositif

Créée en 2014, COFINA Côte d’Ivoire se présente comme un acteur de la mésofinance. Ce segment s’adresse aux entrepreneurs dont les besoins dépassent le microcrédit, mais qui ne remplissent pas toujours les conditions exigées par les banques commerciales.

Le modèle répond à une réalité fréquente. Une entreprise peut déjà avoir des clients, des revenus et une activité régulière, sans disposer de garanties suffisantes ou d’états financiers assez anciens pour obtenir un prêt bancaire classique. Elle se retrouve alors entre deux portes : trop grande pour le microcrédit, mais encore trop fragile pour la banque.

Les données publiées par COFINA Côte d’Ivoire indiquent qu’à la fin de 2025, l’institution comptait plus de 90 000 clients. Son total de bilan atteignait 139 milliards de francs CFA. Son encours de crédits s’élevait à 76 milliards, contre 69 milliards de dépôts.

La nouvelle ligne représente donc environ 13 % de l’encours de crédits affiché par COFINA à cette date. Cette comparaison donne une idée de son importance pour l’institution. Elle ne signifie toutefois pas que les 10 milliards seront distribués immédiatement, ni qu’ils bénéficieront à un nombre déterminé d’entreprises.

Un besoin encore largement non couvert

Le financement demeure l’un des principaux freins à la croissance du secteur privé ivoirien. Les résultats de l’Enterprise Survey 2023 de la Banque mondiale permettent de mesurer cette difficulté à partir des réponses des entreprises.

Les chiffres détaillés dans la matière disponible montrent que 27,6 % des petites entreprises citent l’accès au financement comme leur principale contrainte, contre 17,8 % des entreprises de taille moyenne. Près de 70 % des investissements des petites entreprises reposeraient encore sur leurs ressources internes. Les banques restent donc une source limitée pour financer l’achat d’équipements ou l’agrandissement d’une activité.

Cette dépendance aux ressources propres ralentit les projets. Elle favorise aussi une croissance par étapes, souvent plus lente. Dans l’économie formelle, elle limite la capacité d’embauche et d’investissement. Dans l’économie informelle, elle peut empêcher une entreprise de franchir le seuil nécessaire pour se structurer, déclarer ses activités ou accéder à de nouveaux marchés.

Le problème n’est pas seulement le montant disponible. Les garanties demandées, la durée des prêts, le coût du crédit et la qualité des documents comptables pèsent également dans la décision. Pour une entreprise installée à Abidjan, l’accès aux services financiers peut être plus simple que pour une activité située dans une ville secondaire ou une zone rurale.

Femmes entrepreneures et projets verts sous surveillance

La BOAD cite l’entrepreneuriat féminin parmi les priorités de la ligne. Cet axe répond à un déficit persistant d’accès aux services financiers. Les entrepreneures rencontrent souvent des difficultés supplémentaires pour fournir des garanties, faire reconnaître leurs revenus ou financer des activités qui restent de petite taille.

La finance verte constitue l’autre volet annoncé. Elle peut concerner les équipements solaires, la réduction de la consommation d’énergie, la gestion des déchets ou l’adaptation des activités agricoles aux contraintes climatiques. Toutefois, l’annonce ne précise ni les critères d’éligibilité ni les mécanismes de suivi environnemental.

Cette précision sera importante. Sans objectifs mesurables, les notions d’inclusion et de finance verte risquent de rester générales. La répartition effective des prêts, les secteurs bénéficiaires et la part accordée aux entreprises dirigées par des femmes permettront d’évaluer la portée réelle du dispositif.

Une stratégie déjà engagée dans l’espace UEMOA

La nouvelle opération prolonge les partenariats noués par COFINA avec des institutions de développement. En 2020, le groupe avait annoncé une première ligne de refinancement de 5 milliards de francs CFA accordée par la BOAD à sa filiale ivoirienne. Elle ciblait notamment les PME à impact environnemental et social, ainsi que des solutions d’électrification solaire hors réseau.

En 2023, COFINA avait également obtenu une ligne de 10,5 milliards de francs CFA de la Banque européenne d’investissement. Cette ressource devait soutenir les PME liées aux chaînes de valeur agricoles ivoiriennes, avec une attention portée aux femmes et aux investissements durables.

Cette répétition des financements montre que le besoin est structurel. Elle souligne aussi le rôle croissant des institutions financières non bancaires dans le financement du secteur privé ouest-africain. Dans l’UEMOA, où le franc CFA est partagé par huit pays, les banques régionales de développement cherchent à mieux orienter l’épargne vers les entreprises locales.

Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu sera désormais de transformer cette ressource longue en crédits réellement accessibles. Il faudra suivre les conditions proposées, les délais de décaissement et la répartition entre Abidjan, les autres villes et les zones rurales. La prochaine étape sera donc moins l’annonce de la ligne que la preuve de son impact sur les investissements et la croissance des PME ivoiriennes.