À Ekurhuleni, à l’est de Johannesburg, les enquêteurs travaillent désormais sur onze scènes liées à la découverte de corps de femmes en l’espace d’environ deux mois. La dernière victime a été retrouvée dimanche 27 septembre 2026 dans un terrain vague près de Rhokana Road, à Springs. Son identité et les causes de sa mort restent inconnues.
Une nouvelle découverte dans une zone déjà sous tension
Selon les éléments communiqués par la police sud-africaine, un véhicule d’une société de sécurité a repéré le corps vers midi lors d’une patrouille. Les agents ont alerté les autorités, qui ont sécurisé les lieux et ouvert une nouvelle enquête.
La victime doit encore être identifiée. Les examens médico-légaux devront établir les circonstances précises du décès. À ce stade, la police n’a pas confirmé de lien entre cette affaire et les dix autres dossiers recensés dans la municipalité d’Ekurhuleni.
La découverte intervient après celle d’une femme retrouvée près du cimetière de Mooifontein, dans le secteur de Thembisa South, le 26 septembre. Dans ce dossier, la police avait indiqué que les circonstances demeuraient incertaines. Une autopsie devait permettre de déterminer la cause exacte de la mort.
Le commissaire provincial de la police du Gauteng, Tommy Mthombeni, a annoncé la mise en place d’un groupe de commandement réunissant des responsables de la police, des spécialistes du renseignement criminel et des enquêteurs expérimentés. Cette structure doit suivre l’avancement des différents dossiers et coordonner les moyens mobilisés.
Les autorités avancent toutefois avec prudence. La proximité géographique de plusieurs découvertes et certaines similitudes ont justifié une alerte destinée aux femmes de la région. Mais aucun élément public ne permet encore d’affirmer qu’un seul auteur, ou un même groupe, serait responsable de tous les décès.
Des enquêtes séparées, une inquiétude commune
Les premiers éléments disponibles montrent que les corps n’ont pas tous été retrouvés dans les mêmes circonstances. Certains se trouvaient dans des espaces ouverts, près de routes principales, de voies ferrées ou de zones peu fréquentées. Ces lieux compliquent la préservation des indices et alimentent le sentiment d’insécurité des habitants.
Plusieurs victimes seraient âgées d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années. La police a également évoqué, dans certains dossiers, des signes possibles d’agression sexuelle. Ces informations restent liées aux premiers constats et devront être confirmées par les analyses médico-légales.
Une arrestation a déjà eu lieu dans l’une des affaires. Deux femmes ont comparu devant le tribunal de première instance de Boksburg le 21 septembre. Leur dossier a été renvoyé au 1er octobre, date prévue pour l’examen de leur demande de libération sous caution. Un homme initialement interpellé dans la même enquête a ensuite été relâché sans être inculpé.
Les enquêteurs n’ont pas établi de relation entre ces deux suspectes et les autres décès. Cette distinction est essentielle. Dans une série d’affaires qui provoque une forte émotion, elle évite de transformer une hypothèse criminelle en conclusion prématurée.
Le gouvernement sud-africain tente parallèlement de mesurer l’impact de cette crise sur les victimes et leurs proches. Entre le 1er et le 16 septembre, le centre national d’assistance consacré aux violences fondées sur le genre a reçu 6 782 appels. La moyenne quotidienne a atteint 424 appels, soit une hausse de 21 % par rapport à la même période du mois précédent.
Le 16 septembre, le centre a enregistré 589 appels, son niveau le plus élevé sur la période. Ces chiffres ne constituent pas un bilan des violences commises. Ils indiquent plutôt une hausse des demandes d’aide, des signalements et des besoins de soutien psychologique ou social.
Une crise qui dépasse la seule réponse policière
En Afrique du Sud, les violences fondées sur le genre s’inscrivent dans une crise ancienne. Elles touchent les quartiers urbains, les espaces périurbains et les zones rurales. Elles concernent aussi bien les femmes vivant seules que celles dépendant d’un entourage familial, conjugal ou professionnel.
À Ekurhuleni, la géographie urbaine joue un rôle important. La municipalité rassemble des centres industriels, des quartiers résidentiels, des zones d’habitat dense et de vastes espaces non bâtis. Les déplacements quotidiens entre domicile, travail, commerces et transports exposent différemment les femmes selon leurs horaires, leurs revenus et les moyens de transport disponibles.
Les habitantes des quartiers éloignés des centres de police peuvent rencontrer davantage de difficultés pour signaler une disparition ou accéder rapidement à une assistance. Dans l’économie informelle, les horaires irréguliers et les trajets tardifs compliquent aussi la prévention. À l’inverse, les zones mieux équipées bénéficient davantage de caméras, de patrouilles privées et de réseaux associatifs.
La sécurité privée peut contribuer à repérer des scènes de crime, comme dans le dernier dossier. Elle ne peut cependant pas remplacer une présence publique régulière, des enquêtes correctement financées et une chaîne judiciaire capable de traiter les plaintes jusqu’au procès.
Le centre national de lutte contre les violences fondées sur le genre est accessible au 0800 428 428. Il propose une orientation vers des travailleurs sociaux et des services d’accompagnement. Ce dispositif ne règle pas la question de l’impunité, mais il constitue un point d’entrée pour les survivantes, les familles et les témoins.
Le Gauteng sous pression, la SADC en arrière-plan
Le Gauteng concentre une grande partie de l’activité économique sud-africaine. Pretoria, capitale nationale, et Johannesburg attirent des travailleurs venus de plusieurs provinces et de pays voisins. Cette mobilité renforce les échanges, mais elle met aussi la pression sur les services de police, les transports et les dispositifs sociaux.
La question dépasse donc Ekurhuleni. Dans la Communauté de développement de l’Afrique australe, ou SADC, les États coopèrent sur les enjeux de sécurité, de circulation et de protection des populations. Les violences faites aux femmes restent toutefois traitées principalement à l’échelle nationale, avec des capacités très différentes selon les pays et les collectivités.
Pour les autorités sud-africaines, les prochaines étapes sont clairement identifiées : déterminer l’identité des victimes, établir les causes des décès, comparer les éléments recueillis sur chaque scène et vérifier les liens éventuels entre les dossiers. La pression publique sera forte, mais la solidité des preuves restera décisive.
À court terme, les familles attendent surtout des réponses sur leurs proches disparues. Les habitantes d’Ekurhuleni demandent, elles, une présence visible dans les zones isolées et une information régulière. Pour la police comme pour le gouvernement, l’enjeu sera de transformer l’émotion nationale en enquêtes fiables, en protection concrète et en poursuites judiciaires fondées sur des faits.