À Walvis Bay comme à Windhoek, l’uranium revient au centre des discussions sur l’avenir minier de la Namibie. Le projet Etango franchit une étape décisive avec l’arrivée de CNNC Overseas Limited, une filiale du groupe nucléaire public chinois CNNC. L’opération rapproche le pays d’une nouvelle production, mais elle renforce aussi la place de la Chine dans une filière déjà largement structurée par des capitaux asiatiques.

Un projet situé au cœur du bassin uranifère namibien

Etango se trouve dans la région d’Erongo, à proximité de plusieurs grandes exploitations d’uranium namibiennes. Cette zone minière s’étend entre le désert du Namib et le corridor logistique qui relie les sites industriels au port de Walvis Bay.

La Namibie produit de l’uranium depuis 1976, avec l’entrée en activité de la mine de Rössing. Le pays accueille également Husab, exploitée par Swakop Uranium, ainsi que Langer Heinrich, relancée par l’australienne Paladin Energy. L’uranium constitue donc déjà une composante structurante des exportations minières namibiennes.

Cette concentration industrielle donne à Etango une portée qui dépasse le seul périmètre de Bannerman Energy, société australienne cotée en Australie et en Namibie. Le projet doit s’insérer dans un environnement où les infrastructures, la main-d’œuvre spécialisée et les chaînes logistiques existent déjà.

La Chine sécurise une nouvelle participation

Le 9 septembre 2026, Bannerman Energy a annoncé que les conditions préalables à l’investissement stratégique de CNOL avaient été satisfaites ou levées. La finalisation juridique de la coentreprise devait intervenir avant la fin du mois de septembre.

L’accord conclu en février prévoit un investissement chinois initial de 294,5 millions de dollars, auquel peut s’ajouter un remboursement pouvant atteindre 27 millions de dollars pour couvrir une partie des dépenses déjà engagées. L’enveloppe totale peut ainsi atteindre 321,5 millions de dollars.

Selon les modalités communiquées par Bannerman, CNOL doit détenir 45 % de la société commune chargée du projet. Bannerman conservera 55 %. Cette coentreprise contrôlera elle-même 95 % du projet Etango, tandis que les 5 % restants sont liés à un mécanisme de financement porté par la One Economy Foundation.

La différence entre la participation dans la coentreprise et la part économique directe dans le projet explique certaines variations de pourcentage annoncées dans les communications publiques. Le point central reste toutefois le même : CNOL finance la construction en échange d’une participation importante et d’un accès privilégié à la future production.

L’accord prévoit en effet que CNOL pourra acheter 60 % de l’uranium produit pendant la durée de vie de la mine. Bannerman conservera la commercialisation des 40 % restants. Cette clause d’enlèvement, c’est-à-dire un engagement d’achat à long terme, donne au projet un débouché industriel avant même son entrée en production.

Un financement sans dette, mais une décision encore attendue

Pour Bannerman, l’intérêt immédiat de l’opération est financier. Le capital chinois doit permettre de construire Etango sans recourir à un emprunt classique. L’entreprise australienne affirme ainsi avoir levé le principal obstacle au financement de la phase de construction.

Cette structure réduit la pression liée au remboursement d’une dette. Elle ne supprime pas pour autant les risques d’un projet minier de grande ampleur. Les coûts de construction, les délais, les autorisations, les conditions du marché de l’uranium et la disponibilité des infrastructures resteront déterminants.

La prochaine échéance majeure sera la décision finale d’investissement, connue sous l’acronyme FID. Cette décision doit confirmer que le projet est techniquement, réglementairement et financièrement prêt à passer à la construction complète. Bannerman la vise au quatrième trimestre 2026.

Des travaux préliminaires ont déjà commencé sur le site. Toutefois, ils ne valent pas encore lancement intégral de la mine. La FID devra notamment préciser le calendrier industriel, le budget définitif et les conditions de mise en production.

Une présence chinoise déjà solidement installée

L’entrée de CNOL à Etango ne constitue pas un premier pas chinois dans l’uranium namibien. CNNC détient déjà une participation majoritaire dans Rössing, l’une des plus anciennes mines du pays. Le groupe possède aussi 25 % de Langer Heinrich, aux côtés de Paladin Energy.

Un autre acteur chinois, China General Nuclear Power Group, contrôle par ailleurs Swakop Uranium et la mine de Husab. La présence chinoise couvre donc plusieurs maillons de la production uranifère namibienne, même si les entreprises concernées ne relèvent pas toutes du même groupe.

Cette implantation répond aux besoins croissants de la Chine. Le pays développe rapidement son parc nucléaire et cherche à sécuriser des approvisionnements de long terme. Pour Pékin, l’accès direct à une production africaine limite l’exposition aux marchés spot, où les prix peuvent varier fortement.

Pour la Namibie, le partenariat offre un apport de capitaux et la perspective d’une nouvelle activité industrielle. Il pose aussi des questions sur la répartition de la valeur, le contenu local, les recettes publiques et l’emploi. Les bénéfices ne dépendront donc pas uniquement du montant investi, mais aussi des conditions négociées avec l’État et des retombées dans la région d’Erongo.

Un enjeu pour l’Afrique australe

Etango s’inscrit dans la trajectoire de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la SADC, qui cherche à renforcer les échanges et les corridors régionaux. La production devra rejoindre les installations de traitement, les réseaux routiers et ferroviaires, puis le port de Walvis Bay.

Cette logistique intéresse également les pays voisins. Le corridor namibien relie l’Atlantique à plusieurs marchés enclavés d’Afrique australe. Une nouvelle mine pourrait donc soutenir des services de transport, de maintenance et d’ingénierie au-delà du seul site uranifère.

Le dossier illustre enfin une tendance continentale : les pays africains riches en minerais stratégiques négocient avec des partenaires capables de financer rapidement les projets. L’enjeu est désormais de transformer ces investissements en capacités locales durables, sans réduire les économies nationales à l’exportation de minerais bruts.

À court terme, les regards se porteront sur la clôture effective de la transaction avant la fin septembre 2026, puis sur la FID annoncée pour le quatrième trimestre. Ces deux étapes diront si Etango devient une nouvelle mine namibienne ou reste encore un projet avancé dans l’attente de son véritable démarrage.