À New York, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a placé la réforme du multilatéralisme au centre de son message. À Dakar, cette séquence diplomatique prend une dimension particulière : le Sénégal préside désormais la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, l’organisation ouest-africaine chargée de coordonner l’intégration économique et politique de la région.
Le Sénégal veut peser dans le débat sur l’avenir de l’ONU
Dans un entretien accordé à RFI et France 24 en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Bassirou Diomaye Faye a défendu l’idée d’une Organisation des Nations unies toujours indispensable, malgré ses blocages et ses limites.
Le chef de l’État sénégalais a notamment soutenu la candidature de son prédécesseur Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU. Il estime que l’ancien président dispose d’une expérience internationale utile pour porter les intérêts africains et défendre une réforme de l’architecture financière mondiale.
Cette candidature intervient dans un contexte de compétition diplomatique. La succession du secrétaire général Antonio Guterres ouvre une nouvelle bataille pour la représentation des différentes régions du monde. Pour plusieurs États africains, l’enjeu ne se limite pas au choix d’une personnalité. Il concerne aussi la place du continent dans les instances de décision mondiales.
Le Sénégal plaide depuis plusieurs années pour une gouvernance internationale plus équilibrée. Dans son discours à l’Assemblée générale, Bassirou Diomaye Faye a également insisté sur la multiplication des conflits et sur la nécessité de ne pas laisser le Sahel à l’écart des priorités internationales. Le texte officiel de son intervention est disponible dans les archives des Nations unies.
Une diplomatie sénégalaise au carrefour des tensions ouest-africaines
La position de Dakar s’inscrit dans une région marquée par les divisions. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel. Cette rupture a fragilisé les mécanismes régionaux de dialogue, de sécurité et de circulation des biens.
Le Sénégal tente désormais de maintenir un canal de discussion avec l’ensemble des pays ouest-africains. Depuis le sommet de Freetown, le 19 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye exerce la présidence de la Conférence des chefs d’État de la CEDEAO. L’organisation veut mesurer son utilité à des résultats concrets : emploi, commerce régional, énergie fiable et accès à une alimentation abordable.
Cette responsabilité donne à Dakar une visibilité nouvelle. Elle impose aussi une ligne d’équilibre. Le Sénégal doit défendre la cohésion régionale sans ignorer les critiques adressées à la CEDEAO, notamment sur ses réponses aux coups d’État et sur le sentiment d’éloignement entre les institutions régionales et les populations.
La nomination du général sénégalais Birame Diop à la présidence de la Commission de la CEDEAO, à compter du 1er septembre 2026, renforce encore le poids du Sénégal dans l’organisation. La priorité annoncée reste toutefois économique : développer les chaînes de valeur régionales, réduire les barrières commerciales et améliorer les infrastructures. Ces orientations figurent dans le compte rendu officiel du sommet de la CEDEAO.
Au Maroc, la victoire du PAM ouvre une phase de négociations
Au Maroc, les élections législatives du 23 septembre 2026 ont placé le Parti Authenticité et Modernité, le PAM, en tête avec 97 sièges selon les résultats provisoires. Cette avance ne suffit pas à gouverner seul. Le parti doit réunir une coalition d’au moins 198 députés pour obtenir une majorité à la Chambre des représentants.
La prochaine étape sera donc celle des alliances. Fatima Zahra El Mansouri, coordinatrice de la direction collégiale du PAM, a indiqué qu’aucune formation n’était exclue des discussions. Elle a également mis en avant plusieurs priorités : le pouvoir d’achat, la jeunesse et le rapprochement entre les institutions et les citoyens.
Le résultat électoral comporte un autre signal. Le Parti de la justice et du développement, le PJD, a effectué une remontée après son lourd recul lors du scrutin précédent. Cette progression est interprétée comme l’expression d’un vote de mécontentement dans une partie de l’électorat.
Le taux de participation pèsera aussi sur la légitimité de la future majorité. La mécanique institutionnelle peut produire une coalition stable. Elle ne règle pas automatiquement la question de la confiance politique, notamment chez les électeurs qui se sont abstenus.
Le Maroc entre ainsi dans une période de recomposition parlementaire. Le futur gouvernement devra conjuguer les engagements économiques du royaume, les attentes sociales et les disparités persistantes entre territoires. Les arbitrages auront des effets différents selon les grandes villes, les zones rurales et les catégories dépendantes des revenus publics.
Au Mali, les mines sous pression avant une possible grève
Au Mali, le secteur minier fait face à une menace d’arrêt de travail à partir du 28 septembre 2026. Plusieurs comités syndicaux ont déposé des préavis concernant des sociétés minières et des services de l’administration chargés des mines.
Les revendications portent sur les salaires, les primes, la protection sociale et les conditions de travail. Des organisations syndicales demandent aussi le règlement de dossiers liés aux heures supplémentaires et à la situation du personnel de certaines structures publiques.
Le risque est important pour l’économie malienne. L’or représente une source majeure de recettes publiques et de devises. Une interruption, même partielle, pourrait perturber les exportations, les rentrées fiscales et les paiements destinés au fonctionnement de l’État.
Mais le conflit ne se résume pas à un face-à-face entre syndicats et entreprises. Dans les zones minières, l’activité soutient des milliers d’emplois directs et indirects. Les travailleurs formels, les sous-traitants, les transporteurs et les petits commerçants ne seraient pas touchés de la même manière par un arrêt prolongé.
Le gouvernement malien devra donc éviter une rupture qui affaiblirait à la fois les recettes publiques et les communautés dépendantes des sites miniers. Les discussions des prochains jours diront si un compromis peut être trouvé avant le 28 septembre.
Trois dossiers révélateurs des rapports de force africains
La séquence met en lumière trois enjeux liés. Au Sénégal, la diplomatie cherche à renforcer la voix africaine dans les institutions mondiales. Au Maroc, la recomposition parlementaire pose la question de la confiance entre électeurs et pouvoir. Au Mali, la dépendance aux ressources minières rappelle l’importance du dialogue social.
Ces dossiers montrent aussi que les décisions prises dans les capitales ont des effets très concrets. Elles concernent les ménages face au coût de la vie, les jeunes en quête d’emploi, les travailleurs des secteurs stratégiques et les territoires éloignés des centres de pouvoir.
La suite dépendra de plusieurs échéances : les négociations autour de la candidature de Macky Sall à l’ONU, la formation de la majorité marocaine et l’issue des discussions sociales dans les mines maliennes. Ces développements permettront de mesurer si les annonces diplomatiques et politiques débouchent sur des résultats visibles pour les populations.