À Luanda, le débat minier angolais change de niveau. Il ne s’agit plus seulement d’extraire davantage de diamants, de cuivre ou de terres rares. L’enjeu consiste désormais à transformer une partie de ces ressources sur place, sans créer une industrie dépendante d’une électricité encore inégalement distribuée.
Cette équation se trouve au cœur de la réflexion engagée par les autorités angolaises autour du Code minier. Adopté en 2011, ce texte doit être évalué après quinze années d’application. Le gouvernement veut préserver la stabilité juridique tout en adaptant les règles aux nouveaux marchés des minerais stratégiques.
Un code minier à ajuster sans fragiliser les investisseurs
Le 23 septembre 2026, à Luanda, le ministre des Ressources minérales, du Pétrole et du Gaz, Diamantino Azevedo, a annoncé le lancement d’une étude sur la compétitivité du secteur minier angolais. Cette analyse doit identifier les dispositions à maintenir, à clarifier, à améliorer ou à modifier.
Le chantier intervient alors que l’Angola cherche à réduire sa dépendance aux hydrocarbures. Le pétrole reste le principal produit d’exportation du pays. Toutefois, sa production recule depuis plusieurs années. Les mines sont donc appelées à contribuer davantage à la diversification de l’économie.
Le ministre a insisté sur la sécurité juridique. Les droits déjà accordés aux opérateurs ne doivent pas être remis en cause, a-t-il expliqué. Cette garantie vise à maintenir la confiance des investisseurs, alors que les projets miniers nécessitent souvent plusieurs années de prospection, de construction et de montée en puissance.
Dans le même temps, les autorités veulent réduire les formalités qui n’apportent pas de valeur réelle. La simplification administrative ne signifierait pas une baisse des exigences, selon Diamantino Azevedo. Elle viserait plutôt à raccourcir les procédures et à rendre les responsabilités plus lisibles pour les entreprises et les administrations.
Le gouvernement angolais devra cependant arbitrer entre plusieurs impératifs. Il lui faudra attirer des capitaux, renforcer les contrôles, protéger les intérêts de l’État et améliorer la part de valeur conservée dans le pays. Ces objectifs ne progressent pas toujours au même rythme.
L’énergie, condition préalable à la transformation locale
La transformation des minerais demande davantage que des gisements. Elle exige une alimentation électrique régulière, des routes, des lignes ferroviaires, des compétences techniques et un accès aux marchés. Pour le ministre, l’énergie constitue donc l’une des conditions centrales du développement minier.
Les données disponibles montrent l’ampleur du défi. En 2023, la capacité électrique installée de l’Angola atteignait environ 6 200 mégawatts. Pourtant, le taux national d’accès à l’électricité ne dépassait pas 43 %. La Banque mondiale souligne aussi l’écart entre les zones urbaines et rurales, avec une couverture nettement plus faible dans les campagnes.
Cette moyenne nationale masque de fortes disparités territoriales. Luanda est la seule province à dépasser 50 % d’accès, d’après les données présentées par les autorités du secteur. Dans plusieurs provinces éloignées de la capitale, le réseau reste limité. Dans l’est du pays, où se trouvent notamment les zones diamantifères des Lunda, les taux d’accès demeurent particulièrement bas.
Cette situation complique la création d’unités de traitement près des sites d’extraction. Une mine peut produire un minerai, mais une usine de concentration ou de raffinage a besoin d’une énergie continue. Les interruptions augmentent les coûts, réduisent la productivité et peuvent décourager les investissements industriels.
Le problème ne se limite pas à la production électrique. Le réseau de transport doit également acheminer l’électricité depuis les grands barrages vers les provinces minières. Or, la croissance de la capacité de production n’a pas toujours été suivie par une extension équivalente des lignes à haute tension.
Caculo Cabaça doit renforcer le système, mais ne réglera pas tout
Le projet hydroélectrique de Caculo Cabaça occupe une place importante dans la stratégie énergétique de l’Angola. Installé sur le fleuve Kwanza, il doit ajouter 2 172 mégawatts au réseau national. Le premier groupe de production est désormais annoncé pour le milieu de l’année 2027.
Les autorités présentent cette infrastructure comme un levier pour l’industrialisation et l’élargissement de l’accès à l’électricité. En juin 2026, l’exécution physique du chantier dépassait 50 %, selon des informations relayées par le Centre de presse de la présidence angolaise à partir d’un communiqué du ministère de l’Énergie et des Eaux.
La mise en service de Caculo Cabaça pourrait donc améliorer l’offre disponible. Elle ne supprimera toutefois pas automatiquement les écarts entre Luanda, les corridors industriels et les régions rurales. Il faudra encore achever les interconnexions, renforcer la distribution et assurer la viabilité financière du secteur.
Le projet s’inscrit aussi dans une ambition régionale. L’Angola participe au Southern African Power Pool, le réseau électrique d’Afrique australe. Une production accrue pourrait soutenir les échanges avec les pays voisins. Cependant, ces exportations ne pourront devenir une priorité durable que si les besoins des ménages et des industries angolaises sont mieux couverts.
Le cuivre illustre les limites du modèle actuel
Le débat sur la transformation locale apparaît déjà dans le secteur du cuivre. Lors de l’inauguration de la mine de Tetelo, en octobre 2025, Diamantino Azevedo avait indiqué qu’une raffinerie ne serait envisagée que lorsque les réserves et les volumes justifieraient un tel investissement.
Dans l’intervalle, le concentré de cuivre est destiné à l’exportation. Ce produit contient davantage de valeur qu’un minerai simplement extrait et broyé, mais il reste en amont des étapes de raffinage. L’Angola conserve donc une partie de la valeur créée, sans encore maîtriser l’ensemble de la chaîne.
Cette prudence économique peut se comprendre. Une fonderie ou une raffinerie nécessite des volumes réguliers, une énergie fiable, des infrastructures logistiques et des débouchés commerciaux. Construire une usine sans garantir ces conditions exposerait l’État et les investisseurs à des coûts élevés.
Le choix angolais consiste ainsi à avancer par étapes. Le pays doit d’abord améliorer la connaissance de son sous-sol, sélectionner les minerais les plus prometteurs et mesurer la taille réelle des réserves. Il devra ensuite déterminer quelles transformations sont réalistes selon chaque minerai et chaque région.
Une compétition africaine autour des minerais stratégiques
La révision du Code minier intervient dans un contexte de concurrence accrue. Les minerais nécessaires aux batteries, aux réseaux électriques et aux technologies numériques attirent de nouveaux investissements sur le continent. L’Angola cherche à se positionner sur ce marché sans abandonner ses filières historiques, notamment le diamant.
Le pays dispose déjà d’un avantage géographique avec l’accès aux corridors de Lobito et de Moçâmedes. Ces axes peuvent relier les zones de production aux ports et faciliter les exportations vers les marchés africains et internationaux. Leur efficacité dépendra toutefois de la qualité des connexions intérieures et de la coopération avec les pays voisins.
À l’échelle de la Communauté de développement de l’Afrique australe, la question dépasse donc la seule réforme d’un texte national. Elle concerne la capacité des États membres à transformer leurs ressources, à partager certaines infrastructures et à négocier une place plus favorable dans les chaînes de valeur mondiales.
Pour l’Angola, les prochaines étapes seront déterminantes. L’étude de compétitivité doit préciser les règles à réviser, les minerais à privilégier et les infrastructures à renforcer. Le succès de cette stratégie se mesurera moins au nombre de permis délivrés qu’à la capacité du pays à créer des emplois qualifiés, des recettes durables et une activité industrielle alimentée par une énergie accessible au-delà de Luanda.