À Abidjan, la technologie ne se limite plus aux applications mobiles ou aux services numériques. Elle devient un levier de financement, d’industrialisation et d’emploi. C’est sur ce terrain que la Côte d’Ivoire prépare la deuxième édition de l’Ivoire Tech Forum, prévue du 11 au 13 novembre 2026 au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire.
L’enjeu dépasse toutefois l’organisation d’un rendez-vous professionnel. Pour les startups ivoiriennes, le véritable défi reste l’accès aux capitaux, aux compétences et aux marchés. Pour l’État, il s’agit désormais de transformer un écosystème encore concentré à Abidjan en une capacité d’innovation plus large, capable de rayonner dans l’espace ouest-africain.
Abidjan veut installer un rendez-vous technologique régional
Le lancement officiel de l’édition 2026 a eu lieu le mardi 22 septembre à Abidjan. Le ministre de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, Djibril Ouattara, a présenté le forum comme un outil destiné à rapprocher les porteurs de projets, les investisseurs, les grandes entreprises et les partenaires internationaux.
Le thème retenu est « Innover pour transformer, accélérer la croissance par les technologies émergentes ». Le programme doit notamment aborder l’intelligence artificielle, la robotique, l’informatique quantique, les technologies immersives, les technologies vertes et les nouvelles énergies.
Le ministère annonce aussi une Deal Room, c’est-à-dire un espace consacré aux rencontres structurées entre startups et financeurs. Des sessions entre entreprises, un Village de l’Innovation, un hackathon, une compétition de présentation de projets, des masterclasses et des panels sont également prévus.
Une « Ivoire Tech Week » doit compléter le forum. Cette programmation élargie vise à faire vivre les échanges durant toute la semaine, plutôt qu’à concentrer les contacts sur trois journées. Le dispositif doit réunir entrepreneurs, chercheurs, responsables publics, entreprises technologiques, investisseurs, fonds de capital-risque et membres de la diaspora.
Cette ambition a été confirmée par le ministère ivoirien de la Transition numérique. Elle a également été rapportée par l’Agence de Presse Africaine, qui a confirmé la date du forum et son orientation régionale.
Une deuxième édition après une forte mobilisation
La première édition s’était tenue à Abidjan en juillet 2025. Elle avait initialement été pensée pour accueillir environ 500 personnes. À sa clôture, les organisateurs ont toutefois annoncé 3 212 participants sur trois jours.
Ce bilan a été communiqué par le Centre d’information et de communication gouvernementale, puis relayé par Abidjan.net. Le chiffre est donc documenté par plusieurs canaux institutionnels et médiatiques ivoiriens.
Cette fréquentation a donné au gouvernement un argument pour élargir le format. La nouvelle édition ne veut plus seulement exposer des innovations. Elle cherche à faciliter des transactions, des partenariats commerciaux et des levées de fonds.
Le forum s’inscrit ainsi dans une logique différente d’un simple salon. Une startup peut y présenter une solution, mais elle doit aussi pouvoir rencontrer un client, négocier avec un investisseur ou identifier un partenaire pour changer d’échelle.
Le financement reste le test décisif
La multiplication des événements ne suffit pas à construire un écosystème technologique solide. Le point critique reste le financement des entreprises après leur lancement. Beaucoup de jeunes pousses parviennent à développer un prototype, mais peinent ensuite à financer leur croissance, leur conformité réglementaire ou leur expansion régionale.
Le gouvernement ivoirien veut répondre à cette difficulté par plusieurs chantiers. Le Startup Act, cadre juridique destiné à mieux accompagner les jeunes entreprises innovantes, constitue l’un des principaux instruments annoncés.
La loi ivoirienne n° 2023-901 sert déjà de base à l’opérationnalisation de ce dispositif. En juillet 2026, le ministère a lancé les programmes Ivoire Tech Next 15 et Ivoire Tech Scale Up. Le premier cible des startups numériques en développement. Le second accompagne des petites et moyennes entreprises technologiques déjà établies.
Selon le ministère de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, 30 entreprises doivent bénéficier d’un accompagnement sur 24 mois. Le dispositif prévoit un appui à la gouvernance, l’intégration d’outils d’intelligence artificielle, la mise en relation avec des entreprises et des financeurs, ainsi qu’une ouverture vers les marchés de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest.
La création d’une plateforme de labellisation des startups ivoiriennes est également annoncée. Un label public peut aider les investisseurs à mieux identifier les entreprises structurées. Il peut aussi faciliter l’accès à certains avantages fiscaux ou programmes d’accompagnement. Son efficacité dépendra toutefois de critères transparents, de délais prévisibles et d’un traitement accessible aux entreprises installées hors d’Abidjan.
Un écosystème encore concentré dans la capitale économique
Le défi territorial est important. Abidjan concentre les sièges sociaux, les investisseurs, les grandes entreprises, les écoles spécialisées et la plupart des événements professionnels. Cette concentration facilite les rencontres, mais elle crée aussi un écart avec les entrepreneurs implantés à Bouaké, Korhogo, San Pedro ou dans d’autres villes ivoiriennes.
Le ministère prévoit donc un réseau national d’infrastructures d’innovation. L’objectif affiché est de donner aux entrepreneurs un meilleur accès aux équipements, aux compétences et aux financements, y compris en dehors d’Abidjan.
Pour les jeunes entreprises, cet ancrage local peut réduire les coûts de déplacement et rapprocher l’innovation des besoins des territoires. Les secteurs concernés sont nombreux : agriculture, logistique, santé, éducation, commerce, énergie et services publics.
La question est aussi sociale. Une stratégie numérique ne produit des emplois durables que si elle développe les compétences. Elle doit donc associer les universités, les centres de formation, les entreprises et les collectivités. Elle doit également mieux intégrer les femmes, les jeunes et les profils issus de la diaspora.
La portée ouest-africaine sera observée de près
La Côte d’Ivoire évolue dans un espace régional où les startups circulent déjà entre plusieurs marchés. L’UEMOA offre un cadre monétaire et économique commun à huit pays. La CEDEAO, qui regroupe quinze États ouest-africains, reste l’espace politique et commercial le plus large de la région, malgré les tensions institutionnelles récentes.
Dans ce contexte, Abidjan cherche à renforcer son rôle de carrefour francophone. La réussite du forum dépendra moins du nombre de participants que des résultats obtenus après les rencontres : contrats signés, financements mobilisés, partenariats conclus et entreprises capables d’exporter leurs solutions.
L’édition 2026 permettra aussi d’évaluer la cohérence entre les annonces publiques et leur mise en œuvre. Les observateurs suivront notamment le fonctionnement concret du Startup Act, le déploiement de la labellisation et l’accès des startups aux dispositifs hors de la capitale économique.
Le rendez-vous de novembre donnera enfin une indication sur la capacité de la Côte d’Ivoire à passer d’une stratégie d’attractivité à une stratégie de production technologique. Pour Abidjan, l’objectif est clair : attirer les capitaux et les talents. Pour les entrepreneurs ivoiriens, le résultat attendu est plus concret : obtenir les moyens de grandir, de créer des emplois et de vendre leurs solutions sur les marchés africains.