À Niamey, le développement de l’uranium ne se joue plus seulement dans les galeries du nord du pays. Il dépend désormais de la capacité des opérateurs à réunir des financements, à sécuriser les acheminements et à inscrire leurs projets dans la nouvelle trajectoire minière du Niger.
Le projet Dasa, situé à environ 105 kilomètres au sud d’Arlit, franchit une nouvelle étape financière. Global Atomic Corporation a annoncé, le 23 septembre 2026, le lancement d’une offre publique de parts destinée à réunir 50 millions de dollars canadiens, soit environ 35,4 millions de dollars américains. L’opération doit soutenir l’avancement du projet et les besoins courants de l’entreprise.
Un projet avancé, mais encore dépendant des capitaux
L’offre est menée par Red Cloud Securities, chargé d’organiser le placement auprès des investisseurs. Le prix annoncé s’établit à 0,50 dollar canadien par unité. La clôture de l’opération est prévue le 1er octobre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires, notamment celles liées à la Bourse de Toronto, où Global Atomic est cotée.
Pour l’entreprise, cette levée doit couvrir sa contribution restante au financement de Dasa. Elle doit aussi lui donner le temps d’arbitrer entre plusieurs solutions avant de mobiliser une facilité de dette approuvée par une agence américaine de financement du développement.
Le conseil d’administration de la DFC, l’agence fédérale américaine chargée de financer certains projets privés à l’étranger, a approuvé le 16 septembre une facilité pouvant atteindre 414,2 millions de dollars américains. Cette enveloppe n’est toutefois pas encore disponible. Sa mise à disposition dépend de la finalisation des documents contractuels et du respect de plusieurs conditions.
Dans une déclaration relayée par l’entreprise, son président Stephen Roman a présenté l’offre comme une première étape pour financer la part résiduelle du projet. Il a également souligné que l’accord avec la DFC pourrait ouvrir des solutions ne reposant pas uniquement sur l’émission de nouvelles actions.
Cette nuance est importante. Une levée de fonds par émission d’actions apporte rapidement des liquidités, mais elle peut réduire la part relative des actionnaires existants. Une facilité de dette limite cet effet, tout en créant des obligations de remboursement et des exigences supplémentaires pour le prêteur.
Dasa veut relancer une filière en net recul
Le projet arrive dans un secteur nigérien de l’uranium qui a fortement perdu en volume au cours de la dernière décennie. Selon les données actualisées de la World Nuclear Association, la production du Niger est passée de 4 116 tonnes d’uranium en 2015 à 962 tonnes en 2024. Elle a diminué presque chaque année depuis 2015, avec 2 020 tonnes en 2022 et 1 130 tonnes en 2023.
Cette baisse ne résulte pas d’un seul facteur. Le marché mondial a connu une longue période de prix déprimés après l’accident de Fukushima. Les difficultés logistiques, les interruptions d’approvisionnement et les tensions autour des actifs miniers ont aussi pesé sur la production nationale.
La situation de la Somaïr, opérateur historique d’Arlit, illustre ces fragilités. Les relations entre les autorités nigériennes et Orano se sont fortement dégradées depuis le changement de pouvoir du 26 juillet 2023. Le dossier a ensuite évolué vers une remise en cause du contrôle de la société et de la gestion des stocks d’uranium.
Dans ce contexte, Dasa n’est pas une simple extension de la production existante. Le projet est porté par SOMIDA, une société détenue à 80 % par Global Atomic et à 20 % par l’État du Niger. Cette répartition donne à Niamey une participation directe dans le futur actif, conformément au cadre minier nigérien.
Des travaux déjà engagés sur le site
Global Atomic affirme que le développement souterrain de Dasa se poursuit depuis novembre 2022. Les travaux ont atteint le quatrième niveau de la mine. Des infrastructures de ventilation, d’électricité et de gestion de l’eau sont également en cours d’installation.
La construction de l’usine de traitement progresse en parallèle. Selon les informations publiées par l’entreprise, les terrassements de la première phase sont réalisés à plus de 95 %. Plusieurs équipements à long délai de fabrication ont été produits ou livrés sur le site. Un hébergement de 260 places doit aussi accueillir les salariés et les équipes de construction.
Le calendrier reste néanmoins lié au bouclage financier. Les annonces de production doivent donc être lues comme des objectifs industriels, et non comme une garantie de démarrage. L’entreprise vise les premières livraisons d’uranium à partir de 2028, sous réserve de l’achèvement des travaux, du financement complet et des conditions d’exploitation.
L’étude de faisabilité publiée par Global Atomic prévoit une production totale de 68,1 millions de livres d’U3O8 sur une durée d’exploitation d’environ 23 ans. L’U3O8, souvent appelé yellowcake après transformation, est le concentré d’uranium utilisé comme étape intermédiaire avant la fabrication du combustible nucléaire.
Un enjeu pour le Niger et pour le corridor sahélien
Pour le Niger, l’enjeu dépasse le seul montant recherché. Une nouvelle mine pourrait créer des emplois directs, renforcer les sous-traitants locaux et élargir les recettes publiques. Elle pourrait aussi réduire la dépendance du pays à une production concentrée autour d’un opérateur historique.
Les retombées ne seront toutefois pas identiques pour tous les territoires. Les emplois qualifiés et les contrats industriels se concentreront autour du site et des centres urbains. Les populations des zones proches attendront surtout des infrastructures, des services et des mécanismes clairs de partage des revenus. La transparence sur les paiements, l’eau et les risques environnementaux restera donc déterminante.
Le contexte régional ajoute une contrainte logistique. Le Niger a officiellement quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, le 29 janvier 2025, avec le Burkina Faso et le Mali. Cette rupture n’empêche pas les échanges, mais elle oblige les opérateurs à sécuriser davantage leurs itinéraires commerciaux et leurs relations avec les pays de transit.
Après la fermeture de certains axes autour du coup d’État de 2023, Global Atomic a indiqué avoir utilisé une route alternative depuis le port de Lomé, au Togo, à travers le Burkina Faso. La fiabilité de ces corridors pèsera directement sur les coûts de construction et, plus tard, sur l’exportation du concentré.
La prochaine échéance est financière : la clôture annoncée de l’offre le 1er octobre 2026. Il faudra ensuite suivre la mise en place effective de la facilité de la DFC, le rythme des travaux et les décisions de l’État nigérien sur la gouvernance du secteur. Pour Dasa comme pour la filière nationale, le défi sera de transformer une ressource stratégique en production durable, avec des bénéfices visibles au Niger.