À Abuja, le débat économique nigérian change de tonalité. Après plusieurs années de pression sur le marché des changes, le pays dispose désormais d’un coussin extérieur capable de financer plusieurs mois d’importations. Cette amélioration donne davantage d’espace à la Banque centrale du Nigeria, mais elle ne règle pas encore les difficultés ressenties par les ménages et les entreprises.

Un niveau de réserves qui renforce la position extérieure

Les réserves extérieures brutes du Nigeria atteignaient 55,25 milliards de dollars le 18 septembre 2026, selon les données présentées par la Banque centrale du Nigeria lors de la réunion de son Comité de politique monétaire. Le gouverneur Olayemi Cardoso a présenté ce montant comme le niveau le plus élevé depuis plus de 18 ans.

À ce niveau, les réserves couvriraient environ 11,3 mois d’importations de biens et de services. Il s’agit d’un indicateur important pour un pays qui dépend encore largement des recettes en devises issues des hydrocarbures, des transferts de la diaspora et des investissements internationaux.

La progression est nette depuis le début de l’année. Le stock s’élevait à 48,35 milliards de dollars à la fin du premier trimestre 2026, puis à 51,39 milliards à la fin du mois de juin. La hausse observée en quelques mois traduit donc un renforcement graduel, et non un mouvement ponctuel.

Cette évolution a été rapportée par plusieurs médias nigérians, notamment Premium Times et The Punch. Le recoupement confirme le montant annoncé, la date du 18 septembre et la durée de couverture des importations.

Les comptes extérieurs profitent d’un excédent plus large

Le redressement des réserves s’inscrit dans une amélioration plus large des comptes extérieurs. L’excédent courant a atteint 7,54 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, contre 4,49 milliards au trimestre précédent. La progression s’établit à 67,92 %.

Le compte courant mesure les échanges de biens et de services, mais aussi certains revenus et transferts avec le reste du monde. Un excédent signifie que les entrées de devises ont dépassé les sorties sur la période considérée.

La balance des paiements, qui inclut également les mouvements financiers, a pour sa part affiché un excédent de 3,51 milliards de dollars au deuxième trimestre. Elle était positive de 2,38 milliards au premier trimestre. Ces données provisoires ont été relayées par TheCable et par ThisDay.

Les recettes d’exportation, les transferts de la diaspora et l’évolution des importations ont contribué à cette amélioration. Toutefois, les données disponibles invitent à la prudence. Une partie des entrées financières repose aussi sur des capitaux de portefeuille, plus rapides à entrer et à sortir que les investissements directs. La solidité des réserves dépendra donc de la capacité du Nigeria à stabiliser des sources de devises durables.

Le naira bénéficie d’un environnement moins tendu

Le renforcement des réserves réduit la pression sur le marché des changes. La Banque centrale dispose de davantage de marges pour répondre aux besoins en devises des importateurs et limiter les mouvements désordonnés du naira. Elle ne peut toutefois pas contrôler seule le taux de change, qui dépend aussi de l’offre et de la demande sur le marché.

Les autorités nigérianes observent également une appréciation de la monnaie nationale depuis 2025. Le ministre des Finances et coordinateur de la politique économique, Taiwo Oyedele, a affirmé en septembre que le naira s’était apprécié de plus de 12 % entre le premier semestre 2025 et le premier semestre 2026.

Cette évolution peut alléger le coût des importations libellées en dollars. Elle peut aussi améliorer la visibilité des entreprises qui achètent des équipements ou des matières premières à l’étranger. En revanche, ses effets ne sont pas identiques pour tous les acteurs. Les exportateurs peuvent voir leurs recettes converties en nairas diminuer, tandis que les entreprises dépendantes des intrants importés bénéficient d’un change plus stable.

Pour les ménages, l’amélioration extérieure ne se traduit pas automatiquement par une baisse des prix. Le coût du transport, de l’alimentation, du logement et de l’énergie dépend également de la production nationale, de la logistique et des revenus disponibles.

Une désinflation encore fragile

L’inflation globale est revenue à 15,39 % en août 2026, contre 15,43 % en juillet, d’après les chiffres du Bureau national des statistiques du Nigeria. La baisse reste limitée, mais elle prolonge le ralentissement observé au cours des derniers mois.

L’inflation alimentaire s’est établie à 19,57 % sur un an. Or, les produits alimentaires occupent une place centrale dans le budget de nombreuses familles nigérianes. La modération de l’indice général ne signifie donc pas encore un retour à une situation confortable pour les consommateurs.

La pression est aussi différente selon les territoires. Les grandes villes profitent davantage de l’amélioration de l’approvisionnement en devises et de la concurrence entre fournisseurs. Dans les zones rurales, les coûts de transport, les difficultés de stockage et les variations de la production agricole peuvent continuer à soutenir les prix.

Le prochain test sera la transmission à l’économie réelle

Le Nigeria entre ainsi dans une phase plus favorable sur le plan extérieur. Des réserves plus élevées, un excédent courant renforcé et une détente relative sur le marché des changes peuvent soutenir la confiance des investisseurs et des entreprises.

Le principal enjeu sera désormais la transmission de cette amélioration à l’économie réelle. La Banque centrale devra préserver les réserves sans alimenter de nouvelles tensions inflationnistes. Le gouvernement devra, de son côté, convertir les recettes extérieures en investissements productifs, en infrastructures et en capacités locales de production.

Cette trajectoire intéresse aussi la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO. Le Nigeria représente la première économie de la région et joue un rôle central dans les échanges, les paiements et la stabilité financière ouest-africaine. Un naira plus prévisible peut faciliter certaines transactions régionales, mais une appréciation durable devra être conciliée avec la compétitivité des exportations nigérianes.

Les prochains mois permettront de vérifier si le niveau de réserves se maintient, si l’inflation poursuit son recul et si les excédents extérieurs reposent sur une base suffisamment diversifiée. Pour Abuja, le défi n’est plus seulement de reconstituer les dollars disponibles. Il consiste maintenant à transformer cette marge de sécurité en croissance plus régulière et en pouvoir d’achat mieux protégé.