À Sokoro, l’électricité ne se mesure plus seulement à la lumière qui s’allume. Elle se voit dans un moulin qui fonctionne plus longtemps, dans des boissons vendues fraîches et dans une salle de classe qui reste lisible lorsque la pluie assombrit le ciel. Dans ce village du nord de la Côte d’Ivoire, la mise en service de la centrale solaire Ferké Solar commence déjà à modifier les habitudes.

Dans le nord ivoirien, l’énergie devient un outil de travail

Sokoro compte environ 500 habitants. Le village se trouve à l’entrée de Ferkessédougou, dans la région du Tchologo, au nord de la Côte d’Ivoire. L’activité locale repose largement sur le petit commerce, la transformation des céréales et les travaux agricoles. Dans ce type d’économie, une coupure ne représente pas seulement un désagrément. Elle peut interrompre une vente, immobiliser une machine ou réduire directement le revenu de la journée.

Lamoussa, qui exploite un moulin, explique que les interruptions d’électricité perturbaient régulièrement son activité. Elles pouvaient aussi endommager les moteurs. Avant l’amélioration constatée ces dernières semaines, il affirme qu’il lui arrivait de gagner à peine 1 000 francs CFA dans une journée.

Depuis la mise sous tension de la centrale, il observe moins de coupures pendant la journée. Son moulin tourne davantage et ses recettes atteindraient désormais 8 500 francs CFA certains jours. Cette évolution reste un témoignage individuel. Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer la stabilité de l’ensemble du réseau. Elle montre toutefois le lien direct entre qualité de l’alimentation électrique et revenus dans les petites activités.

Dans la boutique de Méyérégué, l’électricité apporte une autre possibilité : conserver et vendre des produits frais. La commerçante utilise deux réfrigérateurs lorsque la demande augmente. Elle peut ainsi proposer des boissons fraîches, notamment lors des cérémonies et des rassemblements, qui rythment la vie sociale dans la région.

Pour les commerces ruraux, cette capacité de conservation élargit l’offre et limite les pertes. Elle crée aussi une activité plus régulière. Cependant, l’accès à l’électricité ne suffit pas à garantir la rentabilité. Le coût des équipements, leur entretien et le pouvoir d’achat local restent déterminants.

Une centrale de 52 MWc au service d’un objectif national

La centrale Ferké Solar est implantée à Sokoro 2, dans le département de Ferkessédougou. Elle a été officiellement mise sous tension le 3 juillet 2026. Le projet repose sur une capacité annoncée de 52 mégawatts-crête, une unité qui mesure la puissance maximale théorique produite par les panneaux dans des conditions standard.

La centrale doit injecter près de 90 gigawattheures d’électricité par an dans le réseau national, selon les données communiquées autour du projet. Cette contribution reste limitée à l’échelle de la Côte d’Ivoire. Elle s’inscrit néanmoins dans une série d’investissements destinés à diversifier la production électrique du pays.

Le projet a été développé dans le cadre d’un partenariat public-privé. Les informations officielles indiquent que la centrale sera exploitée par PFO Énergies avant son transfert à l’État. La convention de concession avait été approuvée par le gouvernement ivoirien en 2024.

Cette installation prolonge le mouvement engagé avec la centrale solaire de Boundiali, également située dans le nord du pays. Les autorités ivoiriennes veulent porter la part des énergies renouvelables à 45 % du mix électrique à l’horizon 2030. La feuille de route nationale évoque désormais une cible de 46,3 % à l’horizon 2035.

Ces chiffres incluent plusieurs sources, notamment l’hydroélectricité, le solaire et la biomasse. Le solaire occupe toutefois une place croissante dans les nouveaux projets. Il permet d’ajouter rapidement des capacités de production, en particulier dans les zones où l’ensoleillement est favorable.

À l’école, un gain immédiat pour les apprentissages

L’amélioration de l’alimentation électrique concerne aussi l’école primaire publique de Sokoro. Lorsque le ciel se couvre pendant les après-midi pluvieux, les élèves peuvent désormais continuer à consulter leurs documents dans de meilleures conditions.

Zié Konaté, membre de la direction de l’établissement, explique que les salles devenaient auparavant trop sombres lorsque la pluie réduisait la lumière naturelle. Il estime que la disponibilité de l’électricité permet désormais de poursuivre les cours plus régulièrement.

L’école dispose également d’une salle informatique équipée d’une trentaine d’ordinateurs. Plus de 200 élèves doivent pouvoir y être initiés aux outils numériques. L’enjeu dépasse donc l’éclairage des salles. Il concerne aussi l’accès à des compétences devenues essentielles pour les études, l’administration et l’emploi.

Cette évolution doit cependant être suivie dans le temps. L’usage d’une salle informatique dépend de la maintenance des ordinateurs, de la formation des enseignants et de la disponibilité d’une connexion adaptée. L’électricité crée la possibilité. Elle ne remplace pas les autres conditions nécessaires à un enseignement numérique durable.

Un enjeu local, mais aussi régional

La centrale de Ferkessédougou s’inscrit dans une politique nationale qui cherche à répondre à deux besoins simultanés : accompagner la croissance de la demande et réduire la dépendance aux centrales thermiques. La Côte d’Ivoire reste un acteur majeur du système électrique ouest-africain. Elle exporte déjà de l’électricité vers plusieurs pays voisins et participe au marché régional porté par le West African Power Pool, le système d’interconnexion électrique de la CEDEAO.

Dans ce cadre, chaque nouvelle capacité peut renforcer la sécurité d’approvisionnement nationale et régionale. Mais l’intégration de davantage de solaire pose aussi une question technique. La production varie selon l’ensoleillement. Le réseau doit donc disposer de moyens de pilotage, de transport et, à terme, de stockage pour maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande.

La CEDEAO travaille précisément à renforcer les interconnexions et à créer un marché régional de l’électricité plus fiable. La Côte d’Ivoire est concernée par plusieurs projets destinés à améliorer les échanges avec ses voisins, notamment le Ghana. La réussite de ces infrastructures dépendra autant des investissements que de la coordination entre les sociétés nationales d’électricité.

Pour Sokoro, le premier indicateur reste concret : un moulin qui s’arrête moins souvent, un réfrigérateur qui peut fonctionner et une classe qui demeure éclairée. Pour la Côte d’Ivoire, Ferké Solar représente une étape supplémentaire dans la construction d’un réseau plus diversifié. Le prochain défi sera de transformer cette amélioration locale en service stable, abordable et durable pour l’ensemble des territoires, des centres urbains aux zones rurales.