Dans le nord de la Côte d’Ivoire, le projet Boundiali change d’échelle. Aurum Resources veut désormais financer des travaux préparatoires avant même la fin de l’étude de faisabilité définitive. Cette stratégie rapproche le gisement d’une décision industrielle, sans encore garantir la construction de la mine.
Un financement pour passer de l’exploration aux premiers travaux
La société australienne Aurum Resources a annoncé, le 23 septembre 2026, des engagements fermes pour une levée de 52,5 millions de dollars australiens, soit environ 37 millions de dollars américains. L’opération repose sur l’émission de 95,45 millions d’actions nouvelles au prix de 0,55 dollar australien par titre.
Le placement associe des investisseurs déjà présents au capital et de nouveaux souscripteurs institutionnels. Après sa finalisation, la trésorerie d’Aurum devrait atteindre environ 95 millions de dollars australiens. La transaction devait être conclue le 29 septembre 2026, sous réserve des conditions habituelles de règlement.
Une partie de cette enveloppe doit financer des équipements dont les délais de livraison sont longs. Aurum prévoit aussi de préparer la route d’accès au site, d’acquérir les terrains destinés à l’usine de traitement et au parc à résidus, puis de poursuivre les forages.
Ces dépenses ne constituent pas encore le lancement de la construction. Elles servent plutôt à réduire les délais si la prochaine étude confirme la viabilité technique et économique du projet. Elles témoignent toutefois d’un changement de phase pour Boundiali, qui n’est plus présenté comme une simple cible d’exploration.
Boundiali, un projet aurifère situé dans un secteur stratégique
Le projet se trouve dans le nord de la Côte d’Ivoire, à proximité de la ville de Boundiali et à environ une centaine de kilomètres de Korhogo. Il s’inscrit dans la ceinture birimienne ouest-africaine, un ensemble géologique qui traverse plusieurs pays producteurs d’or de la région.
La Côte d’Ivoire cherche depuis plusieurs années à accroître sa production minière et à diversifier son économie. Cette politique accompagne l’extension de mines existantes et la préparation de nouveaux complexes aurifères. Pour Abidjan, l’enjeu consiste aussi à mieux capter les recettes publiques, les emplois qualifiés et les activités de sous-traitance associées aux projets miniers.
Dans ce cadre, Boundiali intéresse les autorités ivoiriennes, mais son développement reste soumis au droit minier national, aux autorisations environnementales et aux exigences liées à l’occupation des terres. Les certificats d’évaluation environnementale et sociale obtenus pour plusieurs périmètres constituent une étape administrative importante. Ils ne remplacent cependant pas les autorisations d’exploitation et de construction.
Des ressources en hausse, mais une partie seulement convertie en réserves
Aurum estime désormais les ressources minérales de Boundiali à 3,22 millions d’onces d’or. Cette estimation, établie selon le référentiel JORC 2012, correspond à environ 107,5 millions de tonnes de minerai à une teneur moyenne proche d’un gramme d’or par tonne.
Il faut distinguer une ressource minérale d’une réserve exploitable. La première mesure un potentiel géologique à différents niveaux de confiance. La seconde intègre davantage de contraintes techniques, économiques, environnementales et réglementaires.
La société a ainsi déclaré une première réserve probable de 1,21 million d’onces, contenue dans 42,1 millions de tonnes à une teneur moyenne de 0,9 gramme par tonne. Cette réserve ne couvre donc pas l’ensemble des ressources recensées sur les différents gisements de Boundiali.
L’étude de préfaisabilité publiée en juin 2026 prévoit une exploitation à ciel ouvert et une usine capable de traiter environ six millions de tonnes de minerai par an. Le scénario étudié vise une production totale d’environ 1,5 million d’onces sur onze ans. La production moyenne atteindrait près de 185 000 onces par an pendant les cinq premières années.
Ces paramètres restent des projections. Ils devront être réévalués dans l’étude de faisabilité définitive, qui doit préciser les coûts, le calendrier, les besoins énergétiques, la gestion de l’eau et les mesures de réhabilitation du site.
Le principal défi reste le financement de la construction
La levée annoncée donne à Aurum une marge de manœuvre pour avancer sur les infrastructures et les travaux de terrain. Elle ne couvre pas, à elle seule, le coût de construction de la future mine.
L’étude de préfaisabilité évalue le capital de préproduction à 342 millions de dollars américains. Ce montant devra être confirmé ou corrigé par l’étude définitive. Aurum devra ensuite prendre une décision finale d’investissement et réunir les ressources nécessaires auprès de ses actionnaires, de prêteurs ou de partenaires industriels.
Le placement entraîne aussi une dilution pour les actionnaires existants, puisque le nombre total d’actions augmente. En contrepartie, l’entreprise dispose d’une trésorerie renforcée pour accélérer le projet et poursuivre les forages. Le marché devra donc évaluer l’équilibre entre cette dilution immédiate et la possibilité de transformer Boundiali en actif producteur.
La prochaine mise à jour des ressources, attendue au début du quatrième trimestre 2026, sera particulièrement suivie. Elle doit intégrer les résultats d’une vaste campagne de forage. La faisabilité définitive est, elle, annoncée pour la fin de l’année 2026. Aurum vise une décision finale d’investissement au quatrième trimestre, puis une première production au premier semestre 2028, si les étapes techniques et administratives sont franchies.
Un dossier qui dépasse les frontières ivoiriennes
Boundiali s’inscrit dans la compétition ouest-africaine pour attirer les capitaux miniers et développer les chaînes de valeur locales. La Côte d’Ivoire appartient à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, la CEDEAO, qui facilite la coopération régionale entre ses membres, même si les politiques minières restent principalement nationales.
Pour les populations du nord ivoirien, l’impact dépendra moins du montant annoncé que des retombées concrètes. Les emplois directs dans la mine seront limités par rapport aux besoins locaux. En revanche, les marchés pour les transporteurs, les entreprises de maintenance, les fournisseurs de matériaux et les services pourraient bénéficier d’une activité durable.
Les autorités devront également surveiller les effets sur les terres agricoles, les ressources en eau et les villages voisins. La transparence des indemnisations, la sécurité des travailleurs et la participation des communautés pèseront sur l’acceptabilité du projet.
Le financement du 23 septembre marque donc une accélération, pas une arrivée. Les prochaines étapes seront décisives : nouvelle estimation des ressources, étude de faisabilité définitive, autorisations d’exploitation et décision finale d’investissement. C’est à ce moment que Boundiali pourra être jugé comme une future mine industrielle, et non plus seulement comme un important potentiel aurifère.