À Odienné, dans le nord-ouest de la Côte d’Ivoire, l’exploration aurifère change d’échelle. Awalé Resources veut désormais tester méthodiquement ses permis détenus à 100 %, au-delà des zones déjà associées à une ressource minérale. L’objectif est clair : savoir si le district peut accueillir plusieurs découvertes, et non un seul gisement isolé.

Un programme régional de 15 mois dans le Denguélé

La société canadienne Awalé Resources a annoncé, le 22 septembre 2026, le lancement d’un programme d’exploration de 8,5 millions de dollars américains sur ses terrains entièrement contrôlés à Odienné. La campagne doit s’étendre sur quinze mois.

Le dispositif prévoit environ 71 500 mètres de forage et 15 635 échantillons géochimiques de surface. Ces opérations doivent couvrir plusieurs cibles, notamment les secteurs de Sienso, Seydou et Sama. Elles comprennent aussi des travaux de géophysique aérienne et au sol, destinés à classer les anomalies avant les forages.

Le programme combine plusieurs méthodes. Awalé prévoit 23 940 mètres de forage à la tarière, 15 000 mètres en circulation inverse, 22 560 mètres de forage au diamant et 10 000 mètres de forage à circulation d’air. Une enveloppe de 15 000 mètres restera disponible pour vérifier rapidement de nouvelles découvertes.

Une partie des opérations a déjà commencé. La société indique avoir recueilli 8 509 échantillons de termitières et de sols sur les zones de Seydou et de Sama. Un premier programme de 1 440 mètres de forage à circulation d’air est également prévu sur l’anomalie 1 de Seydou.

Les forages sur la découverte de Fremen doivent reprendre après la saison des pluies. Awalé prévoit environ 5 960 mètres de forage au diamant au quatrième trimestre 2026, dont quatorze trous pour mesurer l’extension de cette minéralisation. Les résultats de sept sondages précédents restent attendus.

Odienné, un portefeuille minier encore largement inexploré

Le projet d’Odienné couvre environ 2 346 kilomètres carrés, répartis sur sept permis et demandes de permis dans la région du Denguélé. Le site se trouve à environ 600 kilomètres au nord-ouest d’Abidjan et à près de 400 kilomètres de Yamoussoukro, la capitale ivoirienne.

Une partie du portefeuille fait l’objet d’une coentreprise avec Newmont, l’un des principaux groupes aurifères mondiaux. Cette zone représente environ 797 kilomètres carrés. Awalé en assure la gestion opérationnelle, tandis que Newmont finance les travaux prévus dans le cadre du partenariat.

Cette coentreprise abrite déjà une ressource minérale inférée de 1,71 million d’onces équivalent or. Elle correspond à 32,4 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 1,64 gramme par tonne équivalent or. L’estimation concerne les gisements de BBM, Charger et Empire.

Une ressource « inférée » constitue une première estimation géologique fondée sur des données encore limitées. Elle ne garantit donc ni la rentabilité d’une future mine ni la conversion automatique en réserves exploitables. Des forages complémentaires et des études techniques doivent encore préciser les volumes, les teneurs et les conditions d’extraction.

Le nouveau programme vise précisément les terrains situés en dehors de la coentreprise. Awalé veut y appliquer la même méthode que celle utilisée pour identifier BBM, Charger et Empire : cartographie, géochimie, géophysique, forage ciblé puis définition progressive des zones minéralisées.

La découverte de Fremen illustre cette stratégie. Située sur le permis de Sienso, détenu à 100 % par Awalé, elle se trouve sur le même axe géologique que BBM. Les premiers forages ont confirmé une minéralisation aurifère proche de la surface sur une zone d’environ un kilomètre, au sein d’un corridor plus large.

Des financements privés qui renforcent la concurrence autour du district

Le financement du programme intervient après plusieurs mouvements capitalistiques dans l’actionnariat d’Awalé. En juillet 2026, Predictive Discovery, également désignée par son code boursier PDI, a annoncé un investissement stratégique de 10 millions de dollars américains. L’opération devait lui donner une participation d’environ 12,3 % dans Awalé avant les éventuels droits de souscription d’autres investisseurs.

Awalé a pour sa part présenté cette opération comme un placement privé de 14,15 millions de dollars canadiens. Les fonds doivent principalement servir à accélérer l’exploration des terrains détenus à 100 % à Odienné. Fortuna Mining et Newmont figurent également parmi les groupes ayant investi dans Awalé ou soutenu son développement financier.

Ces opérations montrent l’intérêt croissant du secteur minier pour le nord-ouest ivoirien. Elles ne constituent toutefois pas une preuve de découverte commerciale. Dans l’exploration, un financement important permet d’augmenter le nombre de sondages et la vitesse des travaux, mais le risque géologique demeure entier.

Quels effets pour l’économie locale et la filière ivoirienne ?

À court terme, l’activité devrait surtout bénéficier aux entreprises locales mobilisées pour la logistique, le transport, la préparation des sites, l’échantillonnage et les services de terrain. L’impact dépendra cependant de la part des contrats attribuée aux opérateurs ivoiriens et de la durée réelle des campagnes.

Pour les communautés proches des permis, la phase d’exploration n’a pas le même effet qu’une exploitation minière. Elle génère moins d’emplois permanents et moins de revenus directs. En revanche, elle peut modifier l’accès aux terres, aux pistes et aux zones agricoles. La qualité du dialogue local et le respect des procédures environnementales seront donc déterminants.

Pour l’État ivoirien, l’enjeu est double. Le pays cherche à diversifier sa production minière, déjà portée par l’or et le manganèse, tout en attirant des capitaux privés. Mais une découverte ne devient un projet minier qu’après plusieurs étapes : définition d’une ressource plus fiable, études économiques, évaluation environnementale, autorisations et décision d’investissement.

Le contexte régional compte aussi. La Côte d’Ivoire appartient à la CEDEAO, l’organisation qui regroupe les pays d’Afrique de l’Ouest. Les flux de travailleurs, de services, de capitaux et de matériel minier dépassent donc les frontières nationales. Une montée en puissance d’Odienné pourrait renforcer la place de la Côte d’Ivoire dans un espace aurifère régional déjà très concurrentiel.

Les prochains indicateurs à surveiller

Les résultats des forages de Fremen seront les premiers éléments importants. Ils devront montrer si la minéralisation se prolonge en profondeur et sur plusieurs kilomètres. Les échantillons de Seydou et de Sama permettront ensuite de déterminer si d’autres anomalies méritent des campagnes de forage plus lourdes.

Il faudra aussi suivre la situation des permis de GB et de Tienko. Awalé prévoit d’y réaliser 12 015 échantillons de surface et 4 400 mètres de forage à la tarière, sous réserve de l’attribution des autorisations nécessaires.

Enfin, la prochaine étape structurante sera la transformation des indices en ressources minérales mieux définies. Tant que cette progression n’est pas acquise, Odienné reste un vaste projet d’exploration prometteur, mais pas encore une mine. La campagne annoncée doit précisément permettre de réduire cette incertitude.

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