Les 6 et 7 décembre 2013, François Hollande réunissait à Paris le Sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique. L’événement était considérable : 53 pays africains étaient représentés, aux côtés du secrétaire général des Nations unies, des dirigeants européens et de grandes institutions internationales.

Mais en marge des discussions entre chefs d’État, une autre réunion avait été organisée. À l’initiative de Valérie Trierweiler, les Premières dames et conjointes de chefs de délégation se retrouvaient le 6 décembre autour d’un sujet qui ne figurait alors que rarement au premier rang de l’agenda diplomatique : l’utilisation des violences sexuelles comme arme de guerre.

La démarche n’était pas seulement symbolique. Autour de Valérie Trierweiler étaient notamment réunies des Premières dames africaines, des responsables d’ONG et Zainab Hawa Bangura, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU chargée de la lutte contre les violences sexuelles dans les conflits. Des témoignages de victimes furent présentés et un film de la réalisatrice camerounaise Osvalde Lewat consacré aux violences en République démocratique du Congo fut projeté.

À l’issue de la rencontre, les participantes signèrent un appel commun dénonçant la « persistance intolérable des violences sexuelles dans les conflits ». Elles demandaient notamment une politique de « tolérance zéro », un meilleur accès des victimes à la justice, la formation des professionnels de la sécurité et de la justice et une plus grande participation des femmes aux processus de paix et de reconstruction.

De Gao à Bukavu, un engagement de terrain

Cette initiative n’arrivait pas de nulle part. Quelques mois auparavant, Valérie Trierweiler avait déjà fait de l’Afrique l’un des terrains privilégiés de son engagement humanitaire. En mai 2013, elle s’était rendue au Mali, notamment à Gao, où elle avait assisté au lancement d’un programme destiné au retour des populations déplacées par la guerre.

Elle s’était surtout engagée sur la situation des femmes victimes de violences sexuelles en République démocratique du Congo. Le 30 mai 2013, devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève, elle avait appelé la communauté internationale à lutter contre l’impunité des auteurs. Quelques semaines plus tard, elle se rendait à Bukavu, dans l’est de la RDC, auprès de femmes victimes de violences sexuelles, avant de poursuivre son déplacement au Burundi pour une conférence des Nations unies consacrée au rôle des femmes dans la région des Grands Lacs.

Ces déplacements donnaient une dimension concrète à son engagement. Il ne s’agissait plus seulement de recevoir des associations à Paris ou de soutenir une cause depuis l’Élysée, mais d’aller sur le terrain, au contact des victimes et des organisations qui les accompagnaient. À une époque où les violences sexuelles commises dans les conflits africains commençaient seulement à s’imposer comme un enjeu diplomatique international de premier plan, Valérie Trierweiler avait choisi d’utiliser son exposition pour contribuer à les rendre visibles.

Une diplomatie sans mandat, mais pas sans influence

L’épisode pose aussi une question plus large : à quoi peut servir une Première dame ? La fonction n’existe juridiquement dans aucun texte et ne confère aucun pouvoir diplomatique. Valérie Trierweiler elle-même en avait conscience : les épouses et compagnes de chefs d’État réunies à Paris ne disposaient d’aucun mandat politique. Leur capacité d’action reposait d’abord sur la visibilité que leur procurait leur position.

Mais c’était précisément l’intérêt de cette diplomatie parallèle. Sans se substituer aux gouvernements, elle pouvait braquer les projecteurs sur des sujets moins présents dans les communiqués officiels, mobiliser des associations, des responsables internationaux et des médias, et donner une audience politique à la parole de victimes qui en étaient souvent privées. Le rassemblement de 2013 au musée d’Orsay illustrait cette capacité à transformer une fonction essentiellement protocolaire en caisse de résonance.

Il serait excessif d’attribuer à ces initiatives des résultats que seule l’action des États et des organisations internationales pouvait produire. Mais leur utilité était ailleurs : contribuer à installer durablement un sujet dans le débat public. En plaçant les violences sexuelles dans les conflits au cœur d’une réunion internationale organisée parallèlement à un sommet de chefs d’État, Valérie Trierweiler participait à cette mise à l’agenda.

Quand la fonction servait aussi les causes africaines

Treize ans plus tard, cet épisode mérite d’être relu à la lumière de ce qu’est devenue la relation entre la France et l’Afrique. Celle-ci s’est profondément transformée, sur fond de recul de l’influence française dans plusieurs pays, de montée de nouveaux partenaires et d’une volonté croissante des sociétés africaines d’être considérées autrement qu’à travers les crises, l’aide au développement ou les anciennes relations de dépendance.

L’initiative de 2013 appartenait évidemment à une autre période. Elle avait cependant une particularité : elle partait d’un sujet africain concret et donnait la parole à celles qui le vivaient. Valérie Trierweiler ne prétendait pas conduire la politique africaine de la France. Elle choisissait un combat, rencontrait ses acteurs et mettait la puissance médiatique attachée à sa fonction au service de celui-ci.

C’est peut-être ce que l’on retient aujourd’hui de cette séquence. Une Première dame ne dispose ni d’un ministère, ni d’une administration, ni d’un mandat électif. Mais elle bénéficie d’une capacité rare à attirer l’attention. Encore faut-il décider de ce que l’on en fait.

En 2013, de Gao à Bukavu et du Conseil des droits de l’homme de Genève à Paris, Valérie Trierweiler avait fait un choix clair : consacrer une partie de cette visibilité à l’Afrique et particulièrement aux femmes victimes des conflits. À l’heure où l’on s’interroge régulièrement sur l’utilité et le rôle des Premières dames, cette histoire rappelle qu’une fonction sans pouvoir institutionnel peut néanmoins devenir, lorsqu’elle s’empare d’une cause, un véritable instrument de mobilisation.