Dans le sud de la RDC, une forêt très étendue mais encore peu instrumentée

Dans le sud de la République démocratique du Congo, la forêt ne se contente pas de pousser. Elle stocke de l’eau, relâche de la vapeur, absorbe du carbone et réagit aux saisons. Pourtant, une grande partie de ce fonctionnement reste mal documentée. C’est précisément là que se joue l’intérêt de la future tour à flux annoncée dans les forêts du Miombo, un ensemble forestier et de savanes boisées présent dans le sud du pays, notamment au Katanga.

Le Miombo n’est pas un décor périphérique. C’est l’une des grandes formations boisées d’Afrique australe et centrale. La FAO le décrit comme un type de végétation dominant dans plusieurs pays de la région, tandis que des travaux de référence rappellent qu’il couvre une part considérable du continent, même si les estimations varient selon les méthodes et les périmètres retenus. En RDC, cette formation s’inscrit dans un espace déjà marqué par l’agriculture, les prélèvements de bois-énergie et une forte pression minière dans l’arc cuprifère du sud-est.

Le sujet dépasse donc la seule science forestière. Il touche à la gestion de l’eau, à la sécurité des moyens de subsistance et à la capacité des institutions congolaises à produire des données propres sur leurs écosystèmes. À Kinshasa, ces enjeux s’inscrivent désormais dans la dynamique de la COMIFAC, la Commission des forêts d’Afrique centrale, et dans les discussions plus larges sur la place du Bassin du Congo dans les politiques climatiques mondiales.

Ce que mesure une tour à flux, et pourquoi le bassin du Congo en manque

Une tour à flux ressemble à un pylône scientifique qui dépasse la canopée. Ses capteurs enregistrent en continu les mouvements de l’air et la concentration de gaz comme le dioxyde de carbone et la vapeur d’eau. Ce dispositif permet de calculer les échanges entre la forêt et l’atmosphère, donc de savoir si l’écosystème capte plus de carbone qu’il n’en rejette sur une période donnée. Les stations de ce type servent aussi à suivre d’autres gaz à effet de serre, comme le méthane et le protoxyde d’azote.

L’intérêt scientifique est majeur dans le bassin du Congo. Yangambi, dans la province de la Tshopo, accueille depuis 2020 la première tour à flux du bassin, présentée par plusieurs institutions partenaires comme la première structure de ce type dans le cœur du massif congolais. Des sources de recherche et des organismes de coopération indiquent qu’elle mesure en continu les échanges de CO2, de méthane, de protoxyde d’azote et de vapeur d’eau.

C’est justement ce manque de stations qui justifie le nouveau projet dans le Miombo. One Forest Vision, initiative de coopération scientifique consacrée aux forêts tropicales, explique vouloir renforcer les systèmes de mesure, notamment les tours à flux et les stations hydrométéorologiques, pour produire des données comparables à l’échelle du bassin. Son site officiel rappelle que ces réseaux restent « particulièrement incomplets » en Afrique centrale.

Au Katanga, le carbone ne se lit pas sans l’eau

Le vrai enjeu n’est pas seulement de compter le carbone. Il est aussi d’observer l’eau. Dans un milieu comme le Miombo, la disponibilité hydrique conditionne la photosynthèse, la respiration des végétaux et des sols, ainsi que la résistance de la forêt aux sécheresses. Quand les sols s’assèchent, les arbres ferment davantage leurs échanges avec l’atmosphère pour limiter leurs pertes d’eau. Le bilan carbone se modifie alors à son tour. Les scientifiques cherchent précisément à suivre ce basculement.

Cette lecture est essentielle pour la RDC. Le sud du pays ne correspond pas à la forêt dense humide du nord. Les saisons y sont plus contrastées, les sols différents, les usages du territoire plus fragmentés. On ne peut donc pas extrapoler automatiquement ce qui est mesuré à Yangambi au reste du pays. La future station du Miombo doit aider à corriger ce biais, en documentant un écosystème plus sec, plus exposé aux perturbations et plus directement lié aux activités humaines locales.

Pour les habitants, l’enjeu est concret. Le Miombo fournit du bois, du charbon, des produits forestiers et des services liés à l’eau. Pour les opérateurs miniers et les pouvoirs publics, la question est autre : comment concilier extraction, infrastructures et maintien des fonctions écologiques ? À Lubumbashi, l’Université de Lubumbashi occupe ici une place centrale. Le projet est porté avec elle, dans une logique de formation d’ingénieurs, de chercheurs et d’étudiants capables d’assurer l’installation, l’entretien et l’analyse des données sur le long terme.

Cette dimension de formation est importante. Sans techniciens capables de calibrer les capteurs, d’entretenir le pylône et de vérifier la qualité des séries de mesures, la tour perd vite sa valeur scientifique. One Forest Vision présente d’ailleurs la montée en compétence locale comme un pilier de son action. Dans le cas congolais, l’enjeu n’est donc pas seulement d’importer une machine, mais de consolider une chaîne de savoirs sur place.

Une pièce de plus dans la diplomatie forestière africaine

Le projet s’insère aussi dans une séquence politique plus large. La RDC a lancé à la veille de la COP30 de Belém, tenue du 10 au 21 novembre 2025, une dynamique de préparation nationale autour de ses priorités climatiques et de son programme « La Forêt c’est Nous ». Les documents officiels du gouvernement congolais mentionnent un processus multisectoriel à Kinshasa pour consolider cette préparation.

Dans ce contexte, la nouvelle tour à flux du Miombo n’est pas une infrastructure isolée. Elle participe d’une stratégie plus large : produire des données africaines sur les forêts africaines, puis les utiliser dans les politiques publiques, la recherche et les négociations climatiques. Le Bassin du Congo, deuxième massif tropical de la planète après l’Amazonie, occupe une place stratégique dans cette équation. Les institutions régionales comme la COMIFAC rappellent que la gestion durable de ces écosystèmes concerne toute l’Afrique centrale, pas seulement un pays.

La portée continentale est claire. Ce qui se mesure au sud de la RDC peut aider à comprendre comment les forêts sèches et les forêts claires d’Afrique centrale résistent au réchauffement, aux sécheresses et aux pressions d’usage. C’est une question scientifique, mais aussi politique. Dans une région où les décisions restent souvent prises avec peu de données de terrain, chaque station durable change la qualité du débat. Le prochain rendez-vous se jouera désormais moins dans les discours que dans la capacité à faire vivre, saison après saison, ces instruments de mesure.

Pour suivre le cadre scientifique de cette initiative, on peut consulter le site de One Forest Vision et celui de la COMIFAC en RDC.